Liban : une augmentation des vulnérabilités

Caritas International Belgique Liban : une augmentation des vulnérabilités

© Isabel Corthier - Au camp de Moussa Thaleb à Zahle, presque 5 ans de vie sous tente pour de nombreux réfugiés.

© Isabel Corthier - Au camp de Moussa Thaleb à Zahle, presque 5 ans de vie sous tente pour de nombreux réfugiés.

27/08/2019

Le Liban est le pays qui accueille le plus de réfugiés par habitant au monde. Le pays du cèdre souffre en effet des conséquences de la situation sécuritaire instable de la région, en plus d’être menacé par une crise économique. Des efforts supplémentaires sont nécessaires tant pour les réfugiés que pour la population libanaise elle-même.

Avec une population de plus de 6 millions d’habitants pour une superficie de 10.000 kilomètres carrés, le Liban est trois fois plus petit que la Belgique et est l’un des plus petits pays de la région. Un petit pays qui a pendant des années ouvert son cœur aux réfugiés des pays voisins comme la Syrie et la Palestine. Près de 40 % de la population au Liban est migrante.

Le Liban sous pression

Il y a près de 450.000[1] réfugiés palestiniens et près d’un million de réfugiés syriens enregistrés au Liban. Leur nombre réel est probablement plus élevé[2]. L’afflux massif de syriens ces dernières années a mis une pression importante sur les services publics libanais qui étaient déjà négligés ainsi que sur le marché de l’emploi et les prix des loyers.

En 2018, la dette publique de l’État libanais s’élevait à 150 % du PIB – l’une des plus importantes dans le monde, alors même que le pays était au bord d’une crise économique. La croissance économique est en baisse depuis des années et les inégalités sont importantes. La richesse est concentrée chez une petite partie de la population, alors que les familles des quartiers défavorisés essayent de joindre les deux bouts avec des faibles revenus, une mauvaise infrastructure et un manque d’accès aux services. Le programme des Nations Unies[3] pour le développement estime que 27 % des Libanais sont pauvres.

Responsable du département Santé chez Caritas Liban
©Isabel Corthier – Dayane Daou, responsable du département Santé chez Caritas Liban

« Ces dernières années, nous avons vu des personnes, des Libanais, qui étaient auparavant des donateurs et des volontaires pour Caritas, tomber dans la nécessité. Nous avons constaté que les Libanais devenaient de plus en plus vulnérables » explique Dayane Daou, responsable d’un projet de santé chez Caritas Liban. Bruno Atieh, chef du travail opérationnel rajoute : « Au Liban, l’aide prend généralement place au sein même des communautés. Les chiites aident les chiites, les druzes aident les druzes. Mais Caritas ne fonctionne pas de cette manière. Nous sommes fiers d’aider tout le monde. Nous nous concentrons sur la dignité humaine et les personnes dans le besoin, sans aucune discrimination. »

Le travail des enfants affecte les Libanais, les Syriens et les Palestiniens

En raison du manque de revenus dans les familles, beaucoup d’enfants sont contraints de travailler. Sur les quelque 100.000 enfants qui travaillent au Liban, 62.000 sont libanais, 37.000 Syriens et 3.500 Palestiniens.[4] Ils travaillent fréquemment de longues journées pour des salaires bas. Le travail est généralement dangereux et les expose alors à la violence, l’exploitation et les abus. Les enfants ne vont plus à l’école, et leur développement à long terme s’en trouve compromis.


©Isabel Corthier – A la sortie du camp de Moussa Thaleb à Zahle (Liban). En face les montagnes qui séparent le Liban et la Syrie.

L’éducation et le travail d’enfants sont étroitement liés. Le travail des enfants entraine le décrochage scolaire, alors même qu’un manque d’éducation de qualité et adapté amène certains enfants à la rue. Pourtant, l’éducation peut être une alternative pour les enfants. C’est pour cela que Caritas Liban a commencé en 2005 un projet pilote appelé le programme After School afin de lutter contre le travail et l’exploitation des enfants. « Nous avons constaté qu’un enfant sur quatre quittait prématurément l’école et commençait à travailler avant d’avoir obtenu leur diplôme » explique Myrna Chamieh, responsable du programme. « Nous voulons garder plus d’enfants sur les bancs de l’école. »

Hostilité envers les réfugiés syriens

Beaucoup de réfugiés syriens rencontrent d’importantes difficultés au Liban. 69 % des familles de réfugiés syriens vivent sous le seuil de pauvreté, 40% sont sans-emploi.[5] « Les réfugiés ne peuvent que travailler dans trois secteurs : le traitement des déchets, la construction et l’agriculture » explique Nadim Kseib, coordinateur des Opérations Réfugiés chez Caritas Liban. « À cause de cela, il existe un circuit informel où les réfugiés sont employés. »


©Nadim Kseib, coordinateur des Opérations Réfugiés, aux côtés d’une mère vulnérable aidée par Caritas.

Les réfugiés syriens sont de moins en moins les bienvenus au Liban. Des mesures coercitives[6] – telles que la destruction de maisons et la répression contre les travailleurs syriens en situation irrégulière – font pression sur les réfugiés syriens afin qu’ils rentrent chez eux. Mais la Syrie est tout sauf un endroit sûr. « Malgré les mauvaises conditions au Liban, il y a trop d’obstacles au retour vers la Syrie » explique Nadim. « Beaucoup de réfugiés n’y ont plus de maison, sont en danger à cause de la situation sécuritaire instable ou peuvent prétendre au service militaire. »

Malgré le mantra « d’accueil dans la région », l’aide humanitaire a diminué[7]. « En 2017, l’aide humanitaire a pratiquement diminué de moitié » explique Nadim. « Pourtant, c’est le contraire qui devrait de passer. On doit continuer à investir dans l’aide humanitaire et le développement du Liban, tant pour les réfugiés que pour les Libanais eux-mêmes. »

Note :

1

UNRWA, “Where we work: Lebanon”, consulté le 27/08/2019.

2

Le 6 mai 2015, le UNHCR a dû arrêter l’enregistrement des réfugiés suite à une décision du gouvernement libanais. Source : UNHCR, ‘’Syria Regional Refugee Response : Lebanon’’, consulté le 26/08/2019.

3

Le gouvernement libanais et les Nations Unies, LEBANON CRISIS RESPONSE PLAN 2017- 2020, janvier 2019, consulté le 22/08/2019.

4

UNHCR: in focus: child labour in Lebanon, novembre 2018

5

UNHCR, UNICEF & WFP, “Vulnerability Assessment of Syrian Refugees in Lebanon”, décembre 2018.

6

Human Rights Watch: Lebanon: Syrian Refugee Shelters Demolished, 5/07/2019.

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