Les communautés rurales du Burundi face au réchauffement climatique

Caritas International Belgique Les communautés rurales du Burundi face au réchauffement climatique

© Jérôme et Monique travaillent dans leur champ adapté aux chocs climatiques - © Isabel Corthier / Caritas International

© Jérôme et Monique travaillent dans leur champ adapté aux chocs climatiques - © Isabel Corthier / Caritas International

22/09/2021

Le Burundi subit de plein fouet les conséquences du réchauffement climatique, alors qu’il contribue à seulement 0,01% des émissions mondiales.[1] Le dernier rapport du GIEC[2] souligne cette injustice climatique : ce sont les populations les moins responsables du réchauffement, et les plus vulnérables, qui sont les plus impactées. Caritas International et ses partenaires au Burundi, soutiennent les communautés rurales pour qu’elles puissent s’adapter aux chocs climatiques extrêmes.

Survivre dans un environnement à risque

Le dérèglement climatique est l’un des nombreux facteurs qui rendent les habitant-e-s de la province de Ruyigi, à l’est du Burundi, particulièrement vulnérables. Pratiquement tou-te-s les habitant-e-s de cette région rurale sont victimes d’insécurité alimentaire. Comme 90% des Burundais-es, ils et elles dépendent de l’agriculture, mais les cultures se dégradent de plus en plus. Dans les collines de la chaine Mpungwe par exemple, des pluies abondantes causent des inondations et détruisent les cultures agricoles et l’infrastructure routière. Cela s’ajoute à de graves pénuries de terres cultivables dues à l’érosion et à la surexploitation des sols fertiles. Ces événements rendent la période de soudure[3]  encore plus difficile.

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À ce moment de l’année, les stocks alimentaires sont épuisés et les opportunités de travail agricole se font rares et peu rentables. La responsabilité de la gestion des ressources repose souvent sur les épaules des femmes, en première ligne dans la recherche d’alternatives de revenus.

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En l’absence d’autres solutions, les ménages mettent en place des stratégies de survie qui peuvent s’avérer néfastes pour l’environnement ou dangereuses. Le déboisement, une pratique courante, met les villages à la merci des pluies torrentielles et de l’érosion des sols. Les désastres naturels ont forcé plus de 100.000 Burundais-e-s à se réfugier dans d’autres régions du pays[4] et ont même poussé certain-e-s à entreprendre des parcours périlleux vers la Tanzanie voisine[5]. Après avoir migré, certaines personnes retournent au Burundi. À leur arrivée, ces « retourné-e-s » se retrouvent souvent dépourvu-e-s de terre et de revenus, et risquent alors d’être obligé-e-s de déménager à nouveau pour assurer leur survie.

Se préparer à faire face à l’imprévisible

Face aux aléas climatiques et à la fragilité de leur vie quotidienne, les habitant-e-s de la province de Ruyigi s’organisent de manière communautaire pour mettre en place des réponses durables. Soutenues par Caritas International Belgique et Caritas Ruyigi (SOPRAD), 12 des collines de la région ont élaboré un plan pour la réduction des risques de catastrophe. Concrètement, il s’agit de dessiner une carte précise de chacune des collines et d’identifier des réponses adaptées aux vulnérabilités sociales et géographiques propres à chaque communauté. Le plan est rédigé par un comité de représentant-e-s locaux et locales : des élu-e-s de chaque colline, des moniteurs/trices agricoles, des représentant-e-s religieux/euses, des agent-e-s de santé, des « mamans lumières » (expertes en nutrition), ainsi que des personnes âgées qui préservent l’histoire orale de la colline.

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Diversifier ses revenus et reconstruire ensemble

Pour combattre la pauvreté et faire face aux changements climatiques, des efforts sont faits pour diversifier les revenus des personnes les plus vulnérables – sans accès à la terre, retourné-e-s, femmes seules. Avec le soutien de Caritas, plus de 1.700 familles ont par exemple tressé des paniers biodégradables ou encore restauré des routes, des canaux et des ponts endommagés par des inondations. La communauté a ainsi pu réhabiliter 25 kilomètres de route, ce qui a facilité les trajets des ambulances et des élèves qui ont pu retourner à l’école.

Une partie de l’argent gagné est injectée dans l’économie locale via un système de groupes d’épargne et de prêts. Il permet aux familles d’avoir un filet de sécurité financière et aussi de financer des projets communs… Des éléments essentiels pour résister à un environnement incertain et améliorer leur résilience face aux chocs.

 

Burundi routes réhabilitées

Plus de 25 kilomètres de route ont été réhabilité par les communautés avec le soutien de Caritas – © Isabel Corthier / Caritas International

Burundi Évangeline

En rejoignant le groupe d’épargne, Evangéline a pu s’acheter une vache et profiter du fumier pour améliorer son exploitation – © Isabel Corthier / Caritas International

Burundi Venant commerçant

Venant a ouvert son magasin grâce au salaire qu’il a perçu en refondant des routes – © Isabel Corthier / Caritas International

L’agroécologie pour moins de risques et une meilleure résilience

Au Burundi, pour améliorer le rendement agricole, les techniques suivantes sont courantes : feux de brousse, déboisement, exploitation de surfaces en pente. Ces pratiques agricoles, souvent pensées sur le court terme, ont de lourdes conséquences sur la biodiversité et peuvent donner lieu à des catastrophes.

Il existe des solutions pensées de manière globale, qui permettent à la fois d’avoir de bonnes récoltes stables – et donc de renforcer la souveraineté alimentaire – et de combattre la dégradation des écosystèmes. Dans cette optique, Caritas propose des alternatives aux communautés d’agriculteurs/trices. Des espaces dénudés sont reboisés des avec des espèces forestières à racines profondes (Callitris, Eucalyptus), ce qui protège les collines des pluies diluviennes et de l’érosion. Par exemple, sur la chaîne de montagnes de Mpungwe, plus de 200 hectares ont été reboisés, créant une barrière végétale qui retient l’eau et empêche le mouvement du sol.

>> À LIRE AUSSI : L’agroécologie, l’avenir de nos systèmes alimentaires

Burundi Venant, président de la pépinière, Kirundo

Venant est président de la pépinière et soutient les communautés à gérer leurs plantations – © Isabel Corthier / Caritas International

Ces nouvelles plantations rendent aussi les terres plus fertiles et se marient à d’autres pratiques agroécologiques. Par exemple 2.000 familles ont été accompagnées par Caritas dans la mise en place de composts, de fumiers, de micro-boisements. L’ensemble de ces approches renforcent la capacité des systèmes alimentaires à absorber et à s’adapter à la nature imprévisible des aléas climatiques dans cette province du Burundi.

Burundi Jérôme et Monique, agriculteurs à Gisuru (Ruyigi)

Quel rôle peut jouer la Belgique ?

Les expériences des communautés rurales du Burundi sont éloquentes. En amont de la COP26, les pays riches comme la Belgique doivent faire preuve de solidarité avec les pays les plus impactés par le réchauffement climatique.

En plus de respecter ses engagements en matière d’émissions, la Belgique doit soutenir l’agroécologie. La Coalition Contre la Faim appelle donc à :

  • d’ici 2023, au minimum doubler la part des projets qui soutiennent la transition agroécologique des systèmes alimentaires.
  • devenir un leader dans la promotion de l’agroécologie au niveau européen et international.

>> À LIRE AUSSI : Le changement climatique : comprendre et agir

#YES2AGROECOLOGY ET VOUS ?

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Ces projets sont financés par la Coopération belge au développement.

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Note :

[2]

Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), Climate Change 2021: The Physical Science Basis (août 2021), consulté en août 2021

[3]

La soudure est la période qui précède les premières récoltes, mais quand le grain de la récolte précédente est déjà épuisé. Elle se déroule généralement entre octobre et janvier au Burundi.

[4]

Organisation internationale pour les migrations (OIM), Displacement Tracking Matrix, Burundi – Tableau De Bord Des Déplacements Internes (Juin 2021), consulté en août 2021

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