Le changement climatique : comprendre et agir

Le changement climatique : comprendre et agir

© Munshigong, Bangladesh : en mai 2020, le cyclone Amphan a détruit des centaines de milliers de maisons, inondé les réserves d'eau douce et endommagé des centaines d'hectares de forêts et de terres cultivées. © Amit Rudro / CRS - Caritas Bangladesh

Phénomènes météorologiques extrêmes, famines, mauvaises récoltes, conflits… sont autant de conséquences du changement climatique. Quelles régions du monde sont les plus impactées ? Comment la crise climatique affecte-t-elle leurs habitant-e-s ? Et comment, à votre niveau, agir pour mettre fin à ces dérèglements ?

Tôt ou tard, nous subirons toutes et tous les effets délétères du changement climatique. Mais aujourd’hui, ce sont surtout les personnes les plus pauvres sur la planète qui sont touchées… alors qu’elles y contribuent le moins. L’Éthiopie, le Mozambique, le Bangladesh, le Burundi ou encore le Niger font face à de longues périodes de sécheresse et à des précipitations irrégulières. Pour les habitant-e-s de ces pays, s’adapter aux changements est vital s’ils et elles veulent continuer à y vivre, à y cultiver leurs terres et à y voir leurs enfants grandir.

Faim, migration et conflits

Le changement climatique influence directement et drastiquement la vie des populations. Agriculteurs et agricultrices voient leurs cultures endommagées, bergers et bergères leur bétail dépérir. Le prix des denrées alimentaires augmente et les gens ont de plus en plus de mal à se nourrir. La faim se fait sentir. Les conditions météorologiques extrêmes comme les sécheresses et les tempêtes tropicales obligent les populations à fuir leur maison et à migrer vers d’autres régions, dans l’espoir d’y trouver la sécurité. Les ressources de base comme la nourriture, l’eau et les logements sûrs se raréfient. Des conflits naissent entre ceux et celles qui veulent se les approprier.

AFRIQUE : LONGUES SÉCHERESSES ET PRÉCIPITATIONS IRRÉGULIÈRES

Sur le continent africain, la crise climatique menace à la fois la santé et la sécurité de la population, l’approvisionnement alimentaire et en eau, ainsi que le développement socio-économique.[1] Les précipitations, autrefois si régulières, sont désormais imprévisibles. Les périodes de sécheresse s’allongent. Dans les zones où le réchauffement climatique se fait déjà sentir aujourd’hui, la population a de plus en plus de mal à survivre.

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AGROÉCOLOGIE AU NIGER

Dans la région du Tahoua, notamment, dans le Sahel nigérien, le désert mange petit à petit les terres fertiles : c’est ce qu’on appelle la désertification. Les céréales, qui ont besoin de précipitations régulières pour grandir et sont récoltées pendant la saison des pluies, ne poussent plus suffisamment. Les familles qui cultivent des céréales depuis des générations ne peuvent plus vivre de leurs récoltes. Elles doivent s’adapter au climat changeant en diversifiant leurs pratiques. La culture des légumes, par exemple, est moins tributaire des précipitations que celle des céréales : ils peuvent être arrosés manuellement via des techniques d’irrigation, et récoltés à différents moments de l’année.

Caritas International et la Caritas locale avec laquelle elle collabore, accompagnent les paysan-ne-s nigérien-ne-s et leur enseignent des techniques agroécologiques. « L’agroécologie combine des méthodes agricoles efficaces et traditionnelles qui ne nuisent pas à l’environnement, avec des procédés modernes et durables », explique Guillaume Schneider, responsable des projets de Caritas International au Niger. En d’autres termes, l’agroécologie permet de profiter au maximum des ressources présentes dans la nature et de recourir le moins possible à des apports extérieurs comme des engrais ou des pesticides artificiels. Une utilisation efficace de l’eau et de l’énergie et des plantations destinées à prévenir l’érosion font aussi partie de l’approche agroécologique.

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Guillaume Schneider, responsable des projets de Caritas International au Niger

Niger

Un projet d’agro-écologie dans la région de Zinder au Niger. En cultivant avec l’aide de la nature, les agriculteurs/trices sont plus résilient-e-s face à la crise climatique. © Isabel Corthier / Caritas International

POUR UN MEILLEUR ÉCOSYSTÈME AU BURUNDI

Situé en Afrique centrale, le Burundi souffre lui aussi de la crise climatique. Des périodes d’extrême sécheresse alternent avec des épisodes de fortes précipitations. Des pluies diluviennes font sortir les lacs et rivières de leur lit, emportent les cultures et parfois même des champs entiers, et détruisent routes, ponts et infrastructures. La grande majorité des Burundais-e-s vivent de l’agriculture. Mais ces dernières années, la terre peine à fournir des ressources suffisantes pour tout le monde. Avec la Caritas locale et Caritas International, la population s’efforcer d’améliorer le précieux écosystème du pays et de faire face aux risques posés par le changement climatique, par exemple en construisant des terrasses contre l’érosion et en exploitant des pépinières pour reboiser les terres.

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Louis Burundi

Louis, agriculteur à Gisuru au Burundi, montre ses plantations qui empêchent l’érosion des sols. © Isabel Corthier / Caritas International.

INVASIONS DE CRIQUETS

En plus de la sécheresse et de l’avancée du désert, l’Afrique de l’Est est confrontée à la plus grande invasion de criquets pèlerins depuis 70 ans. Un grand essaim de criquets consomme autant en un jour que 2.500 personnes en une année entière. Lorsqu’ils se posent quelque part, ils dévorent tout et ne laissent pas un brin d’herbe pour les moutons et les vaches. Pire encore : avant de partir, ils pondent des millions d’œufs dans le sol, qui en éclosant donneront naissance à de nouveaux essaims. Amanuel Bure (50 ans), agriculteur éthiopien, est désespéré. « Les insectes qui ont éclos ont mangé les nouvelles semences. J’ai tout perdu : tout mon gagne-pain », se désole-t-il. Ces invasions sont aussi des conséquences directes de la crise climatique. Le réchauffement des océans, les fortes tempêtes tropicales au Moyen-Orient et les périodes d’intenses précipitations dans la Corne de l’Afrique créent des conditions de vie idéales pour ces impitoyables insectes.

Criquets

Une invasion incessante de criquets en Ethiopie. Un essaim de criquets mange autant de récoltes que 2.500 personnes en une année entière. © Caritas

TEMPÊTES TROPICALES

Les populations côtières du Mozambique ont été prises par surprise lorsque des vents de plus de 180 km/h et des vagues de 4 à 5 mètres de haut se sont abattus sur elles au printemps 2019. Coordinateur des urgences de Caritas International à l’époque, Jan Weuts évoquait « des murs d’eau » pour d’écrire la situation. Tel un rouleau compresseur, le cyclone Idai a tout détruit sur son passage : bâtiments, routes, toits, maisons, poteaux électriques… Des catastrophes de cette ampleur sont relativement courantes dans l’hémisphère nord – au Bangladesh, en Haïti, en Indonésie… C’était au contraire une funeste première en Afrique australe. « Idai préfigure les désastres climatiques à venir » prédisait alors Jan Weuts.

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Des changements significatifs et alarmants du climat ont été observés dans de nombreux pays. « Si nous voulons nous attaquer à la crise climatique, il faut opérer un virage radical et global », déclare Bernadette Van Raemdonck, responsable de la coopération internationale. « Chez Caritas International, nous pensons que le modèle de développement actuel, axé sur la croissance économique, a un impact négatif sur notre climat, affectant particulièrement les plus pauvres. Nous devons donc développer des modèles de développement alternatifs, axés sur la justice sociale, la durabilité environnementale et le bien-être général. »

INONDATIONS

Le Bangladesh, au sud de l’Asie, est le huitième pays le plus peuplé du monde, et aussi l’un des plus vulnérables aux catastrophes naturelles comme les tempêtes tropicales. En mai 2020, la tempête Amphan a détruit des centaines de milliers de maisons, inondé des réserves d’eau douce et endommagé des centaines d’hectares de forêts et de terres agricoles. Les tempêtes tropicales deviennent plus puissantes et plus fréquentes, à tel point que les habitant-e-s ont à peine le temps de reprendre leur souffle entre deux incidents. Lorsque la tempête Amphan a frappé le Bangladesh et l’Inde début 2020, plus de 3 millions de personnes ont dû être évacuées.

À cause de l’érosion de ses rivières et de son littoral, le Bangladesh perd près de 25.000 hectares de terres chaque année. Les protections naturelles des côtes et les écosystèmes aquatiques s’affaiblissent. La majeure partie du pays se situe à moins de 1.200 mètres au-dessus du niveau de la mer, ce qui le rend vulnérable à toute montée des eaux dans la baie du Bengale. Les personnes qui vivent le long des côtes – un quart de la population – risquent de devoir déménager ; l’eau douce menace de se mélanger à l’eau salée qui s’infiltre et donc de devenir inutilisable.

Outre l’intensification des tempêtes et l’élévation du niveau de la mer, le pays est également confronté à la hausse des températures, ce qui rend certaines cultures, comme le riz – un aliment de base de la cuisine bangladaise – plus difficiles à produire.

Mozambique

Mozambique: des vents de plus de 180 km/h, des vagues de 4 à 5 mètres de haut : le cyclone Idai a tout détruit sur son passage en 2019 : bâtiments, routes, toits, maisons, poteaux électriques… © Denis Onyodi

Bangladesh

Munshigong, Bangladesh : en mai 2020, le cyclone Amphan a détruit des centaines de milliers de maisons, inondé les réserves d’eau douce et endommagé des centaines d’hectares de forêts et de terres cultivées depuis longtemps. © Amit Rudro / CRS – Caritas Bangladesh

Bernadette Van Raemdonck

GÉRER LES RISQUES

Pour comprendre et anticiper les risques de catastrophes causés par le réchauffement climatique, Caritas International et ses partenaires locaux pratiquent la gestion communautaire des risques de catastrophes : une approche basée sur les connaissances traditionnelles et celles des communautés locales. « Cette approche rassemble des personnes d’une même communauté pour analyser une menace spécifique et trouver des réponses », explique Marisol Martinez, responsable de la réduction des risques de catastrophes. Ce processus de gestion communautaire contribue à rapprocher les membres de la communauté et lui permet de devenir plus résiliente. Renforcer les capacités des groupes affectés est l’un des aspects les plus importants dans la réduction des risques. « Nous favorisons la mise en place d’un système d’alerte précoce pour alerter la population à temps lorsqu’une catastrophe se produit », complète Marisol. « Nous élaborons des plans de contingence en collaboration avec les communautés locales pour prévenir les risques et intervenir rapidement afin de reconstruire mieux et en toute sécurité. »

QUE FAIT LE MONDE ?

Le changement climatique est un problème planétaire qui nécessite une réponse globale. C’est dans cette optique que, en 2015, plus de 190 pays ont adopté l’Accord de Paris visant à limiter le réchauffement climatique à 1,5 degrés en réduisant les émissions de gaz à effet de serre. Chaque pays détermine individuellement la manière dont il veut réduire ses émissions, tout en contribuant financièrement à aider les pays les plus fragiles. « Malheureusement, les quatre principaux émetteurs de gaz à effet de serre – les États-Unis, la Chine, l’Inde et l’Union européenne – sont mal partis pour atteindre les objectifs fixés pour 2030. Ils contribuent pourtant à 55% des émissions mondiales », déplore Tom Devriendt , de l’équipe plaidoyer de Caritas International.

Cinq ans avant l’Accord de Paris, en 2010, le Fonds climatique vert était créé lors d’une conférence des Nations Unies sur le climat. Son objectif est d’aider les pays en développement à s’adapter aux changements climatiques. Depuis lors, environ 10 milliards d’euros y ont été injectés par des pays du monde entier, parmi lesquels les États-Unis, la France, le Japon, l’Indonésie ou encore le Vietnam.

L’Union européenne (UE) fait également sa part. En 2019, les pays membres se sont mis d’accord pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 en signant le Green Deal (Pacte vert). En 2021, l’UE a décidé d’augmenter ses objectifs climatiques pour 2030, en réduisant ses émissions non pas de 40% mais de 55% par rapport aux niveaux de 1990. Cette réduction concerne l’UE dans son ensemble : les pays pionniers peuvent compenser les pays moins avancés. L’UE s’est également engagée à prendre d’ici 2050 les mesures nécessaires protéger ses citoyen-ne-s des changements inévitables du climat.

En juin 2015, le pape François a publié Laudato Si[2], son encyclique très attendue à propos de l’environnement. Il y insiste sur l’importance de prendre soin de la création de Dieu et sur la responsabilité qui est la nôtre de protéger la terre, « notre maison commune ». En prenant soin de la planète, nous prenons également soin de ceux qui contribuent le moins au changement climatique. « Le réchauffement causé par l’énorme consommation de certains pays riches a des répercussions sur les régions les plus pauvres de la terre, spécialement en Afrique, où l’augmentation de la température jointe à la sécheresse fait des ravages au détriment du rendement des cultures », écrit-il dans l’encyclique.

Tom Devriendt

ET VOUS, QUE POUVEZ-VOUS FAIRE ?

Face à l’écrasant phénomène mondial du changement climatique, vous vous sentez peut-être inutiles et insignifiant-e-s… comme une goutte d’eau dans l’océan.

Pourtant, vous n’êtes pas impuissant-e ! Vous pouvez réellement contribuer à stopper le changement climatique. Pas tout seul ou toute seule, bien sûr. Mais si, partout dans le monde, de plus en plus de personnes décident de recycler leurs déchets, de manger moins de viande, de consommer consciemment et d’économiser l’eau, tous ces petits efforts réunis auront un grand impact. Ensemble, vous lancerez une dynamique que le monde politique ne pourra pas ignorer. Les politiciens et politiciennes voteront des lois et prendront des décisions qui auront un impact positif majeur sur le climat. Alors oui, en tant qu’individu, vous pouvez faire beaucoup pour le climat.

Et si vous souhaitez vous engager encore d’avantage pour un monde meilleur, pour la justice sociale et pour la solidarité internationale, les possibilités sont nombreuses : faire du bénévolat, informer les autres sur les questions qui vous tiennent à cœur… et soutenir Caritas, bien sûr !

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[1] United Nations Climate Change, Climate Change Is an Increasing Threat to Africa (27 octobre 2020), consulté en septembre 2021.

[2] Vatican, ENCYCLICAL LETTER LAUDATO SI’ OF THE HOLY FATHER FRANCIS ON CARE FOR OUR COMMON HOME (mai 2015), consulté en septembre 2021.