Au Burundi, le cercle vicieux de la pauvreté, de la faim et du changement climatique

Caritas International Belgique Au Burundi, le cercle vicieux de la pauvreté, de la faim et du changement climatique

© Isabel Corthier - Des périodes d'extrême sécheresse alternent avec des périodes de fortes précipitations, provoquant l'érosion des sols.

© Isabel Corthier - Des périodes d'extrême sécheresse alternent avec des périodes de fortes précipitations, provoquant l'érosion des sols.

02/09/2021

Au Burundi, l’un des plus petits pays d’Afrique, l’impact du dérèglement climatique est énorme. Dans de nombreuses provinces, il est de plus en plus difficile de vivre avec ce que produit la terre et la population est affamée.

Pays aux collines verdoyantes, aux paysages de savane à couper le souffle, aux innombrables lacs et rivières, le Burundi est un petit pays d’Afrique de l’Est enclavé entre le Rwanda, la Tanzanie, la RD Congo et l’immense lac Tanganyika. Avec ses 27.830 km², il est plus petit que la Belgique, mais 12,6 millions de personnes y vivent, soit 453 habitant-e-s par km² (contre 374 en Belgique). Les Burundais sont nombreux et beaucoup ont faim. Près de 16 % de la population vit dans l’insécurité alimentaire[1], c’est-à-dire que les gens ne mangent pas à leur faim et que la qualité de leur alimentation est médiocre. Concrètement, cela concerne 2 millions de personnes.

Pluies abondantes

De quoi vivent les Burundais et Burundaises ? « De l’agriculture », répond Bonaventure Nshimirimana, représentant de Caritas International au Burundi. « C’est notre principale source de revenus. » En outre, l’élevage du bétail et l’exportation du café et du thé sont les principaux piliers de l’économie très rurale du Burundi. Mais la population a de plus en plus de mal à vivre de la production agricole. Comme presque partout ailleurs sur le continent africain, elle subit les conséquences de la crise climatique. Des périodes d’extrême sécheresse alternent avec des périodes de fortes précipitations. Celles-ci font sortir les rivières et les lacs de leur lit, emportent des cultures et parfois des terres agricoles entières, et détruisent les routes, les ponts et les infrastructures.

Les fortes pluies causent des dommages aux cultures et aux infrastructures© Isabel Corthier – Les fortes pluies causent des dommages aux cultures et aux infrastructures

Beignets et jus de banane

Travailler vers plus de sécurité alimentaire est l’une des principales missions de Caritas International. « D’une part, il faut s’assurer qu’il y ait suffisamment à manger et, d’autre part, il faut s’assurer que tout le monde ait accès à cette nourriture », explique Bonaventure. Comme l’agriculture seule ne suffit plus comme source d’alimentation et de revenus, et comme tou-t-e-s les Burundais/aises ne disposent pas d’un lopin de terre pour produire leur nourriture, il est important de chercher aussi d’autres sources de revenus. « Nous les aidons à démarrer des activités qui peuvent générer un revenu », témoigne Bonaventure. Ces activités, sorte de petites entreprises, sont très diverses. « Certain-e-s vendent du jus de banane ou des beignets faits maison. D’autres vendent des chèvres ou des poulets qu’ils ont élevés eux-mêmes. D’autres encore fabriquent du savon à partir d’huile de palme. » Celles et ceux qui le font bien réalisent des bénéfices et trouvent ainsi un moyen de sortir de la pauvreté. Caritas International offre des conseils et un soutien aux nouveaux/elles entrepreneurs/euses. « Nous les aidons à élaborer un plan d’affaires par exemple », continue Bonaventure. « Mais on ne donne pas d’argent. »

Isabel Corthier - L'agriculture et l'élevage sont les principales sources de revenus des Burundais/aises © Isabel Corthier – L’agriculture et l’élevage sont les principales sources de revenus des Burundais/aises

Mais parfois, bien sûr, un-e entrepreneur/euse a besoin d’argent, pour investir par exemple. Voici la raison d’être des groupes d’épargne et de crédit. « Ces groupes sont composés d’environ 25 personnes qui se connaissent toutes », précise Bonaventure. « Elles économisent régulièrement un montant et le mettent dans un fonds. À partir de ce fonds, elles se prêtent mutuellement de petites sommes. Comme elles gèrent cet argent ensemble et que tou-te-s ont intérêt à cela soit bien fait. Ces groupes d’épargne et de crédit sont très bons pour la cohésion sociale » dit-il. « Il existe aussi un fonds de solidarité, qui sert à aider les familles qui ont des difficultés… Quand un enfant est malade ou que quelqu’un meurt, par exemple. Ce fonds de solidarité est également bon pour la cohésion sociale. »

© Isabel Corthier - Les membres des groupes d'épargne et de crédit se prêtent mutuellement de petites sommes. Les groupes sont aussi bons pour la cohésion sociale explique Bonaventure Nshimirimana, notre coordinateur au Burundi. © Isabel Corthier – Les membres des groupes d’épargne et de crédit se prêtent mutuellement de petites sommes.

Mieux vaut un bon voisin que...

La cohésion sociale est un bien précieux au Burundi. Le pays a connu de nombreuses violences: des milliers de personnes ont été tuées dans des conflits ethniques. Toutefois, depuis quelques années, le Burundi est plus ou moins calme, note Bonaventure. « Mais comme il est très important de maintenir la paix entre les communautés, tous nos partenaires ont une section « cohésion sociale » dans leur programme. Le diocèse organise des sessions d’écoute où les gens peuvent raconter leur histoire, par exemple. » Les blessures du génocide de 1993 sont également loin d’être guéries. « C’est pourquoi il y a les « moments de pardon public » où les bourreaux, les tueurs de l’époque, demandent publiquement pardon à la famille de la victime. Ces moments fonctionnent vraiment, et contribuent à construire une société pacifique à long terme. » Mais la paix reste délicate. « Il y a encore des politiciens qui, par intérêt personnel, essaient de mettre les communautés de leur côté et de les dresser contre les autres », note Bonaventure. « Mais heureusement, nos concitoyens se rendent de plus en plus compte que ce n’est pas une solution… et qu’ils apprécient beaucoup plus l’amitié avec leurs voisins. »

Personnes retournées

Maintenant que la situation est relativement plus calme dans le pays, de plus en plus de Burundais-e-s qui avaient fui reviennent au pays. Guider et héberger ces personnes retournées fait aussi partie du travail de Caritas. Il y a deux catégories de personnes retournées, explique Bonaventure. « Certaines sont rentrées grâce à un programme des Nations unies ou de l’OIM (Organisation internationale pour les migrations). Elles reçoivent des ressources de ces organisations pour recommencer leur vie. Ensuite, vous avez les personnes qui sont revenues d’elles-mêmes ou qui ont été chassées de l’endroit où elles se trouvaient. Elles n’ont souvent rien du tout et il arrive qu’elles envoient leurs enfants mendier par exemple. Ou bien elles découvrent que leurs terres ont été prises par d’autres personnes pendant leur absence. » Caritas a construit deux centres d’accueil d’urgence pour les personnes retournées sans abri. « Pour les personnes les plus vulnérables, comme les familles avec enfants, les femmes enceintes… », énumère Bonaventure. Dans certains cas, leur parcelle de terrain a été prise par un-e voisin-e qui ne veut pas leur rendre. Alors, Caritas prévoit de les aider à entamer une procédure judiciaire… Quant aux personnes qui ne trouvent pas de terrain où s’installer, Caritas les aide à en chercher un. Aussi, et c’est très important, Caritas fournit un soutien psychosocial. « De nombreuses personnes retournées sont traumatisées après avoir vécu des choses terribles. »

Interview avec Bonaventure Nshimirimana, représentant de Caritas International au Burundi

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