Îles grecques : La honte de l’Europe s’intensifie

Caritas International Belgique Îles grecques : La honte de l’Europe s’intensifie

© Steven Wassenaar / Secours Catholique - Caritas France - Zohra, son mari et ses enfants à Kara Tepe

© Steven Wassenaar / Secours Catholique - Caritas France - Zohra, son mari et ses enfants à Kara Tepe

04/10/2019

La situation humanitaire sur les îles grecques s’aggrave de jour en jour. Avec les nouvelles arrivées, les demandeur·euse·s de protection internationale se retrouvent dans des conditions encore plus difficiles. Caritas exhorte les responsables politiques à s’engager dans une réelle politique de désengorgement des îles.

« Nous avions déjà tenté de traverser deux fois, mais les policiers turcs nous ont arrêtés, ramenés à terre et détenus en confisquant nos gilets de sauvetage » se souvient Zohra1,  arrivée à Lesbos en 2018. « La troisième fois, nous n’en avons rachetés que pour les enfants. Nous étions cinquante sur le pneumatique. Mon mari était si près du bord qu’il pouvait basculer à tout moment. »

En mars 2016, les 28 États de l’Union européenne parviennent à une « déclaration de coopération » avec le gouvernement turc. Il prévoit que la Turquie « prenne toutes les mesures nécessaires pour éviter que de nouvelles routes de migration irrégulière ne s’ouvrent au départ de son territoire en direction de l’UE ».2

 

Moria : Des conditions épouvantables

La déclaration entre les membres de l’UE et la Turquie prévoit également de renvoyer les personnes qui traversent la mer Égée vers la Turquie. Dans la pratique, cela a donné lieu à une politique visant à contenir les demandeur·euse·s de protection internationale sur les îles grecques jusqu’au traitement de leur demande d’asile – ce qui peut prendre parfois plusieurs années. Résultat : plus de 20.000 personnes y sont coincées dans des conditions épouvantables.3  Les arrivées de ces dernières semaines ont aggravé la situation et amplifié les tensions.

Comme tous les arrivants à Lesbos, la famille de Zohra a transité par Moria, un « hotspot » ouvert en 2015 pour identifier et enregistrer, en prenant leurs empreintes, les demandeur·euse·s de protection internationale sur le sol européen. Ce bâtiment militaire encerclé d’une triple rangée de barbelés est critiqué de toutes parts pour ses conditions de vie indignes et la violence qui y règne. Interdit aux journalistes, Moria est conçu pour héberger 2.000 personnes, mais en reçoit régulièrement plus du triple. Le camp déborde hors de ses murs. Des centaines de tentes grignotent les oliveraies alentours. Zohra, Ibrahim et leurs enfants y partageaient une tente avec trois autres familles « Nous n’avions pas d’électricité, » relate la jeune femme. « Quand il pleuvait, la tente était inondée. Les distributions de nourriture n’étaient pas suffisantes pour tout le monde. »

Impasse à Kara Tepe

Au bout d’un mois dans le camp de Moria, la famille de Zorha a été transférée dans le camp de Kara Tepe. Kara Tepe est un ancien centre de formation à la sécurité routière. Une réplique miniature de ville, avec ses trottoirs, ses passages piétons, ses pistes cyclables. Chaque famille occupe l’un de ses préfabriqués gris qui ont succédé aux tentes. La direction de Kara Tepe empêche la presse de pénétrer dans la zone d’habitation, mais l’on distingue de loin les baraques alignées. Le camp accueille les réfugiés jugés les plus vulnérables : familles avec enfants, femmes seules, personnes handicapées ou âgées. « Je vois passer beaucoup de patients souffrant de dépression et de stress post-traumatique », explique Katia Polychroni, psychologue pour Caritas au centre de Kara Tepe. « Quand ils arrivent ici, certains sont soulagés, mais d’autres, parce qu’ils se savent en transit, ne se l’autorisent pas », dit-elle.

© Steven Wassenaar / Secours Catholique – Caritas France

« Quotidiennement, nous tentons de leur faire conceptualiser un futur. C’est pour cette raison que nous leur proposons des cours, que nous leur parlons d’opportunités d’emploi sur le continent, etc. Nous devons trouver la part en eux qui va bien et la faire grandir », explique-t-elle. « Les enfants aussi subissent les effets ravageurs de cette attente qui s’éternise. Ils sont comme des éponges qui absorbent les problèmes des parents. Le fait qu’ils jouent et courent ne veut pas dire qu’ils se sentent bien. »

Quelles solutions ?

Nous demandons d’urgence à la Belgique et aux autres États européens de mettre en place un mécanisme équitable et durable de partage des responsabilités pour les demandeur·euse·s de protection internationale arrivant en Europe. Nous leur sommons également de garantir des conditions de vie décentes et dignes.

Nous exhortons le gouvernement grec à suspendre immédiatement la restriction de circulation à l’égard des demandeur·euse·s de protection internationale. Les conséquences sont sinistres, citons notamment les conditions de vie sordides et dangereuses pour les demandeur·euse·s de protection internationale mais également les pressions injustes que subissent les habitants des îles grecques. Une capacité d’accueil accrue sur le continent sera nécessaire afin de faciliter ce transfert.

La lenteur des procédures plonge les demandeur·euse·s de protection internationale dans une attente insoutenable. Nous exhortons le gouvernement grec à mettre en place un système de protection internationale juste et efficace ainsi qu’un plan d’accueil et d’intégration durable avec une vision à long terme. Cela implique notamment une allocation des fonds européens qui donne la priorité au soutien des procédures de protection internationale et aux services essentiels.

Note :

1

Ce témoignage a été récolté sur l’île de Lesbos par Caritas France.

2

Conseil européen: Déclaration UE-Turquie, 18 mars 2016.

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