Niger : à la croisée des défis

Caritas International Belgique Niger : à la croisée des défis

© Isabel Corthier - Les femmes vont chercher de l'eau pour l'utiliser sur le site maraîcher (Droum, région de Zinder, Niger)

© Isabel Corthier - Les femmes vont chercher de l'eau pour l'utiliser sur le site maraîcher (Droum, région de Zinder, Niger)

11/09/2018

« Dans certaines régions, les gens n’ont accès à aucun service de base. D’où l’importance d’intervenir car les besoins sont énormes », Nicolas Lieutenant, responsable des projets au Niger de Caritas International, donne le ton et souligne directement l’urgence de la situation actuelle. Coup de projecteur sur le Niger, ses difficultés et ses potentialités.

Le Niger se situe en Afrique de l’Ouest, dans la région du Sahel. À l’avant-dernier rang de l’Indice de Développement Humain des Nations Unies (187ème sur 188)[1], il est considéré comme l’un des pays les plus pauvres au monde. Comment expliquer cela ?

Une dépendance à l’agriculture dans un contexte climatique difficile

Plus de 80% de la population active au Niger travaille dans l’agriculture et l’élevage. Mais les rendements agricoles sont trop faibles car le climat est rude et les pluies irrégulières. « Les pluies commencent soit trop tard, soit trop tôt, et puis s’arrêtent soudainement. Cette situation peut avoir des conséquences dramatiques sur les récoltes », explique Nicolas Lieutenant, responsable des projets au Niger de Caritas International.

« La situation au Niger est assez paradoxale. Cette année, par exemple, il y a eu plus d’eau que les cinq dernières années. Pourtant, la saison agricole a été très mauvaise. » Pourquoi ? Car beaucoup d’agriculteurs ont commencé à semer avec le démarrage précoce de la saison des pluies, qui a rapidement été suivie par de très fortes chaleurs qui ont détruit beaucoup de semis. Les rares plants à avoir survécu ont ensuite été balayés par des pluies torrentielles. Un désastre pour des villages entiers. « Il faut absolument aménager les parcelles agricoles afin de maitriser les pluies et d’irriguer de manière appropriée des petits périmètres en saison sèche. » Caritas y travaille activement avec un programme de réduction des risques de catastrophes.

La situation n’est pas plus facile pour les éleveurs, qui en plus de connaitre un manque de nourriture et d’eau pour leur bétail, font désormais face à d’autres obstacles. « La plupart des éleveurs nigériens vendaient du bétail au Nigeria car la demande de viande y était forte. » Mais depuis trois ans, le Nigeria est victime d’une crise économique importante, ce qui a notamment amené à une dévaluation de sa monnaie. « Le commerce transfrontalier avec le Nigéria est devenu beaucoup moins intéressant et tous les éleveurs se sont retrouvés avec un bétail qui ne se vend plus. » observe Nicolas.

La période de soudure, la saison de la faim

Dans ce contexte agropastoral[2] défavorable aggravé par les effets du changement climatique, les crises alimentaires se suivent. L’insécurité alimentaire et nutritionnelle chronique annuelle touche entre 11 à 25% des Nigériens. Ces crises prennent des proportions dramatiques surtout pendant la période dite de soudure. « Pour faire simple, la soudure est la période où les céréales de la récolte précédente sont épuisées et pendant laquelle il faut travailler aux champs en vue de la récolte suivante. » explique Nicolas.

Durant cette période, qui dure généralement de mai à septembre, les pénuries alimentaires sont fréquentes ainsi que l’augmentation brutale des prix des denrées agricoles. « Comme il y a moins de nourriture, les prix des céréales explosent et passent du simple au double. » précise Nicolas. Par conséquent, beaucoup de ménages se retrouvent privés de nourriture. Les banques céréalières sont une des solutions développées par Caritas et ses partenaires pour faire face à ce problème chronique. Elles garantissent aux ménages un accès à des céréales à des prix modérés et un endroit de stockage sur et sec.

Challenges sécuritaires et économiques au Sud

Les conditions politiques des pays voisins sont également à prendre en compte dans l’analyse de la situation actuelle au Niger. « Des poches d’insécurité ont commencé à grandir dans les pays avoisinants, avec l’influence de Boko Haram qui s’étend du nord-est du Nigeria jusqu’à l’est du Niger et les groupes terroristes du Sahara, aux frontières du Mali, du Burkina et du Niger. » Proche du Nigeria, la région de Diffa est depuis trois ans sous haute tension suite aux exactions du mouvement Boko Haram. Elle constitue le lieu d’accueil principal d’un grand nombre de réfugiés du Nigéria et de déplacés internes nigériens. « Au début les gens ont accueilli les réfugiés dans les villages. Après le nombre a tellement augmenté que cela devenait difficile à gérer.»

La situation est d’autant plus complexe que la plupart des activités économiques traditionnelles dont dépendaient les habitants de la région (pêche, culture sur les bords du lac, taxi-moto, etc.) ont été interdites par les forces de sécurité, dans le but de prévenir les incursions des membres de Boko Haram. Plus personne ne peut approcher le lac Tchad : « Si les militaires te voient, ils tirent. Plus personne n’est sensé naviguer sur le lac. » Par conséquent, la situation alimentaire est particulièrement préoccupante à Diffa avec un indice de gravité de 3 sur 5 (famine)[3].

… et au Nord

Le contexte socio-économique des régions du Nord a également changé – notamment autour d’Agadez. Auparavant cette zone prospérait grâce au tourisme, mais la rébellion touarègue de 2007 ainsi que la présence de factions djihadistes violentes dans le Sahara ont totalement compromis les opérations touristiques.

Outre le tourisme, le Nord du Niger a toujours été une zone de transit majeure pour l’Afrique de l’Ouest. Agadez, en particulier, est un point de départ pour la migration interrégionale – comme l’Algérie ou la Libye – ou la migration vers l’Europe. Par le passé, les Nigériens bénéficiaient de la plaque tournante qu’était d’Agadez et des emplois que cela générait (chauffeurs, hébergeurs, guide, etc.). Mais depuis 2015, le gouvernement nigérien a voté une loi criminalisant la migration.

« Au départ, le Niger ne s’insurgeait pas de cette migration de transit. Mais désormais, les passeurs sont criminalisés par la loi. Les problèmes est que cette loi criminalise aussi les gens et les structures locales qui aident simplement les migrants sur leur route. » Conséquence : plus de 6.000 nigériens se sont retrouvés sans emploi et sans alternatives, et les migrants nigérians, maliens ou gambiens qui passaient par le Niger [NDLR : Les Nigériens ne sont généralement pas candidats à la migration pour l’Europe] se retrouvent contraints de prendre des routes plus discrètes et plus dangereuses, afin d’éviter les patrouilles policières.

Que font les jeunes dans ce contexte difficile ?

L’absence de perspectives économiques est un réel problème, surtout pour les moins de 25 ans qui représentent près de 66% de la population. Avec en moyenne 7,6 enfants par femme[4], le Niger se place à la tête du classement des pays les plus féconds du monde. « Des millions de jeunes vont se retrouver sur le marché de l’emploi endéans les 10 ans et pour le moment le nombre de vrais emplois est très limité. Avoir dans le futur une population de jeunes est un réel défi. »

Dans certaines localités particulièrement déficitaires au niveau agricole, beaucoup de jeunes hommes partent en exode vers les villes. Ce phénomène est loin d’être nouveau et fait partie d’une stratégie de survie assez commune. « Le problème de la saison sèche, c’est qu’il n’y a pas de travail au champ. Donc les hommes se disent qu’ils vont aller travailler dans les villes, soit du Niger, soit des pays voisins, et envoyer de l’argent au village. »

Le phénomène est difficilement quantifiable mais on parle de plusieurs millions de personnes. « Les hommes travaillent souvent à l’étranger et reviennent tous les trois ans. Parfois toute la famille y va. Mais pour des questions d’ordre traditionnel, il faut que quelqu’un reste sur la terre familiale et la cultive. » Et ce sont très souvent les femmes qui restent, seules, pour élever les enfants et gérer le foyer.

Ressources naturelles : des possibilités inexploitées

L’espoir au Niger est toutefois permis. Nicolas reste convaincu de ses potentialités inexploitées, notamment au niveau des installations hydrauliques agricoles. « Il y a très peu de choses qui sont développées, donc il y a plein de choses à faire justement ! Ce n’est pas impossible d’y vivre, mais c’est vrai que c’est de plus en plus difficile avec les changements climatiques. »

Malgré les sécheresses et la désertification, le Niger dispose d’un potentiel hydrologique appréciable et regorge notamment d’immenses nappes d’eau fossiles. En outre, le Niger est situé dans l’une des zones les plus ensoleillées du globe. « Bien que le Niger soit un des pays au monde avec le plus de soleil, le secteur de l’énergie solaire y est très peu développé », observe Nicolas.

En effet, le Niger est un pays riche en ressources naturelles, de l’uranium et du pétrole notamment. Mais force est de constater que ses ressources sont généralement exploitées par des sociétés étrangères et que les retombées directes restent restreintes pour la population.

 

 


APPEL URGENT : Aidez les victimes de la faim

Frappé par une sécheresse extrême, le Niger souffre d’une pénurie alimentaire qui prend en ce moment des proportions dramatiques. L’urgence est de taille au Sahel ! Les stocks de nourriture sont épuisés. Le bétail se meurt. Tous redoutent le retour de la grande famine. Pourtant l’espoir est permis grâce à un aliment miracle : la cacahuète. Grâce à votre don de cacahuètes, une maman peut immédiatement produire de la pâte et de l’huile d’arachide. De quoi nourrir ses enfants ces prochains mois et générer de précieux revenus pour toute la famille, et ça n’a pas de prix. Votre aide est précieuse, faites un don aujourd’hui encore !

Note :

[1]

Programmes des Nations Unies pour le développement, 2016, Rapport sur le développement humain. L’Indice de développement humain (IDH) est un indice composite regroupant trois dimensions fondamentales du développement humain : l’espérance de vie à la naissance ; la durée moyenne de scolarisation ; le revenu national brut par habitant.

[2]

Désigne une exploitation, une activité professionnelle, qui concerne tant l’agriculture que l’élevage.

[3]

L’IPC (Integrated Food Security Phase Classification) est un ensemble d’outils et de procédures permettant de classer la sévérité et les causes des crises alimentaires et nutritionnelles aiguës ainsi que l’insécurité alimentaire chronique sur la base de normes internationales. Plus d’informations : USAID, 2018, Food Assistance Fact Sheet, Niger.

[4]

Institut National d’Etudes Démographiques français

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