L’agroécologie pour renforcer l’agriculture burundaise face au réchauffement climatique

Caritas International Belgique L’agroécologie pour renforcer l’agriculture burundaise face au réchauffement climatique
15/12/2023

Au Burundi comme ailleurs, l’agriculture subit les effets du réchauffement climatique. Mais il y a de l’espoir. Pour faire face à la crise climatique et obtenir de meilleures récoltes, des agriculteurs et agricultrices appliquent des techniques issues de l’agroécologie1. Leurs succès sont une source d’inspiration pour d’autres paysans et paysannes, désireux d’apprendre à utiliser ces techniques pour s’assurer des moyens de subsistance stables.

Le réchauffement climatique affecte toutes les régions du monde mais il ne frappe pas partout de la même manière. Au Burundi, la crise climatique est particulièrement visible. Dans ce pays d’Afrique centrale voisin de la République démocratique du Congo, du Rwanda et de la Tanzanie, le réchauffement climatique se manifeste par des sécheresses extrêmes et des précipitations abondantes de plus en plus irrégulières. Alors que le Burundi est responsable de seulement 0,01% des émissions de la planète, il subit de plein fouet les effets du réchauffement climatique.

Ces conditions climatiques extrêmes sont d’autant plus problématiques que 95 % de la population burundaise vit de l’agriculture. Provoquées par une météo changeante et imprévisible, les mauvaises récoltes récurrentes ont de lourdes conséquences sur la vie quotidienne des paysan-ne-s et les entraîne dans une pauvreté croissante.

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Des adaptations sont possibles

Les partenaires de Caritas International au Burundi aident les agriculteurs et agricultrices à s’adapter à cette nouvelle réalité. Dans la plupart des cas, les adaptations envisagées font appel aux techniques de l’agroécologie.

Caritas International travaille en collaboration avec Caritas Soprad2, entre autres dans la région de Gisuru. Des agriculteurs et agricultrices nous y ont raconté comment le réchauffement climatique les affecte. Félix Shabani, coordinateur de projet chez Caritas Soprad : « Gisuru est une région très vulnérable aux sécheresses, où les températures peuvent monter très haut. Cela affecte fortement la qualité des récoltes et ne facilite pas la tâche de nos agriculteurs et agricultrices. Ils et elles doivent adopter de nouvelles techniques pour mieux faire face au réchauffement climatique et ne pas perdre leurs revenus. »

Des champs avec des courbes de niveau

Une des innovations prônées par l’agroécologie est la création de champs avec des courbes de niveau. Cette pratique vise principalement à prévenir les glissements de terrain : quelques arbres ou cultures robustes sont plantés en bordure des champs. En poussant, leurs racines s’étendent largement et profondément dans le sol, ce qui améliore la rétention des terres et réduit considérablement le risque de glissement de terrain. Les courbes de niveau créées permettent à l’eau de s’écouler, de sorte que les cultures ne stagnent pas dans un sol excessivement humide. Grâce à cette technique, l’eau ne risque pas de détruire les cultures en cas de fortes précipitations et les récoltes sont jusqu’à une fois et demi plus abondantes. Il y a moins de pertes d’engrais organique et donc moins de gaspillage de temps et d’argent. Cette méthode des courbes de niveau fonctionne idéalement en combinaison avec d’autres techniques agroécologiques que Caritas International a intégrées depuis le début des années 2.000 dans sa méthodologie EFICC (exploitations familiales intégrées, continues et compétitives).

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Si mon champ produit moins, je n'aurai pas de revenus. J'ai besoin de cet argent pour pouvoir subvenir aux besoins de ma famille.

Ramadhan, un agriculteur de la région de Gisuru

Ramadhan, un agriculteur de la région de Gisuru, utilise des courbes de niveau dans son champ : « Mon père a participé au programme PADAM (un précurseur du programme COHERENCE, ndlr), c’était quelqu’un d’ouvert au changement. A l’époque, j’ai vu comment il appliquait cette technique. » Aujourd’hui, Ramadhan constate par lui-même l’intérêt de l’agroécologie : « Ma récolte est plus importante maintenant, parce que l’engrais organique que j’utilise ne se fait pas emporter par les eaux. »

Les équipes de Caritas partagent avec Ramadhan des conseils pour lui permettre de tirer le meilleur rendement possible de son champ. Une nécessité dont il est bien conscient : « Si mon champ produit moins, je n’aurai pas de revenus. J’ai besoin de cet argent pour pouvoir subvenir aux besoins de ma famille ».

Un exemple pour les autres agriculteurs et agricultrices

L’agroécologie a clairement démontré sa plus-value, au point de convaincre les autres agriculteurs et agricultrices de la colline de Nyabigozi où Ramadhan vit et exerce. Ce dernier est ainsi devenu une sorte de modèle pour la communauté locale. Lorsqu’il ne travaille pas sur ses propres terres, il donne des conseils aux autres : il leur explique comment créer des courbes de niveau dans leurs champs afin d’augmenter les récoltes. De fil en aiguille, de plus en plus de familles profitent désormais des avantages de l’agroécologie et partagent à leur tour les connaissances acquises, de colline en colline.

À terme, le monde entier devra s’adapter au réchauffement climatique et à ses conséquences délétères. Pour des agriculteurs comme Ramadhan, ses effets en sont déjà palpables. Heureusement, les techniques agroécologiques qu’il a appris à utiliser fonctionnent pour l’instant. Qu’en sera-t-il quand la situation s’aggravera à nouveau et que les sécheresses et les pluies abondantes deviendront encore plus extrêmes ? Comme Ramadhan, nous avons tous et toutes un rôle à jouer dans l’adaptation et l’atténuation des effets du réchauffement climatique.


Avec le soutien de la Coopération belge au développement – DGD



1

L’agroécologie consiste à produire, transformer et consommer des aliments de manière durable. Les agriculteurs et agricultrices agroécologiques travaillent main dans la main avec la nature pour produire des aliments. Ils et elles pratiquent l’agriculture en boucle fermée à l’échelle locale et vendent leurs produits sur le marché le plus proche, où consommateurs et consommatrices paient un prix équitable.

2

Caritas International et Caritas Soprad collaborent dans le cadre de COHERENCE, un programme quinquennal dédié au renforcement de la cohésion sociale et de la résilience des communautés locales. Le Burundi est l’un des sept pays concernés par ce programme, mis en œuvre de 2022 à 2026 avec le soutien financier de la Coopération belge au Développement.

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