L’agriculture face au changement climatique : 3 cas pratiques

Caritas International Belgique L’agriculture face au changement climatique : 3 cas pratiques

© Isabel Corthier

© Isabel Corthier

22/08/2018

Tout le monde ressent les effets du réchauffement climatique. Et ce, d’autant plus depuis cet été caniculaire. Pourtant, l’impact est encore limité dans les pays riches par rapport aux pays du Sud. D’Haïti au Niger en passant par l’Ethiopie, trois chargés de projet de Caritas International vous expliquent comment permettre aux petits paysans d’être plus résilients face aux défis climatiques.

D’abord un peu de contexte : le réchauffement climatique impacte surtout la vie des personnes vivant dans des pays en développement[1]. Surprenant ? Pas vraiment car la dépendance à l’agriculture y est bien plus importante que dans les pays développés.En moyenne, près de 60% de la population travaille dans le secteur agricole, contre 5% dans les pays riches.

Dans de nombreux pays en développement, la production agricole ne suffit pas pour nourrir le ménage, en raison notamment d’une production trop faible ou de prix des intrants (fertilisants, semences, etc.) trop élevés. Si vendue, cette production génère souvent peu de revenus, en raison notamment de la faible valeur ajoutée générée, de la concurrence des prix importés ou de la spéculation internationale sur les matières premières.

 

Haïti : Diversification des revenus

« En Haïti, le climat est complètement déréglé » explique Martine Haentjens, notre coordinatrice de projet en Haïti. « Cette année par exemple la saison des pluies a bien commencé. Les agriculteurs ont donc préparé leur terrain et ont bien semé et planté. Mais une longue sécheresse a tout détruit. Après cela, il a de nouveau énormément plu, ce qui a détruit tout ce qui avait survécu. »

Caritas International travaille avec les diocèses de Jacmel et Jérémie. Près de l’entièreté de la population y dépend de l’agriculture. Les sécheresses prolongées, les pluies sévères, les inondations, les nombreux cyclones ont provoqué une augmentation de la vulnérabilité de la population. Les périodes de sécheresse et les pénuries alimentaires qui s’en suivent forcent les communautés à prendre des décisions qui ne sont pas durables et qui affectent encore plus le climat.


« Nous essayons de nous assurer que les ménages vulnérables génèrent des revenus en dehors des activités agricoles.« 

– Martine Haentjens, coordinatrice de projet en Haïti.

« Ce que nous faisons pour rendre les personnes plus résilientes? Nous essayons de nous assurer que les ménages vulnérables génèrent des revenus en dehors des activités agricoles. À côté de cela, nous nous concertons avec les communautés sur les manières de garder la production agricole pour les périodes de pénurie. Nous promouvons aussi la gestion de micro-bassins versants.

Cependant, notre action est souvent limitée car beaucoup de sols sont déjà abîmés. Les citoyens nous disent qu’ils ont l’impression que leurs champs poussent sur des rochers. 

Malgré nos efforts, la situation reste difficile pour les agriculteurs. Les campagnes se vident car les gens sont épuisés de perdre chaque année leurs investissements. Cette vie n’attire pas les jeunes. Ils s’en vont vers les villes, ou plus loin – en République dominicaine, au Brésil, au Chili ou ailleurs, pour aider leur famille depuis l’étranger. Chaque famille haïtienne a un membre à l’étranger. « 

Ethiopie : Techniques agricoles intelligentes pour le climat

En Ethiopie, plus de 80% de la population dépend de l’activité agricole. La pluie est très imprévisible et le pays fait face à une grande sécheresse tous les 3 à 5 ans. Ces périodes de sécheresse poussent près de 12 millions de petits paysans, agriculteurs et éleveurs dans la pauvreté et la famine. A côté de cela, le plus grand défi pour l’Ethiopie est de rendre les ménages les plus vulnérables résilients face aux catastrophes naturelles comme les sécheresses[2].

 

« En Ethiopie, nous avons débuté un projet promouvant des techniques agricoles nommées ‘climate SMART’[3] » explique Guillaume Schneider, notre coordinateur pour l’Ethiopie. « Ces techniques aident les populations à récolter de l’eau, la garder et l’utiliser. Nous promouvons par exemple la réhabilitation des ravins, étape nécessaire pour le reboisement et l’amélioration de l’infiltration de l’eau dans le sol qui pourra être utilisée par la suite. Nous avons aussi développé des réseaux d’irrigation qui alimentent les champs grâce à des constructions retenant l’eau de pluie. »

« La technologie ne fait évidemment pas tout. Nous sensibilisions aussi les communautés à l’utilisation et la gestion durable de l’eau afin de lutter contre la surconsommation. Nous nous concertons avec les petits agriculteurs et éleveurs afin de trouver des méthodes de gestion des ressources naturelles. Un exemple : il vaut mieux faucher l’herbe et de l’amener aux animaux plutôt que de les laisser brouter. Ainsi, les nouvelles plantes ne soient écrasées par les animaux. »

Niger : une approche multidimensionnelle

Près de 80% de la population au Niger vit à la campagne. Elle est principalement composée d’éleveurs et d’agriculteurs qui dépendent de leurs animaux et de leurs récoltes. L’instabilité politique, l’insécurité alimentaire chronique et les crises naturelles récurrentes (sécheresse, inondations et invasion de sauterelles) mettent la pression sur un secteur qui fait déjà face à un environnement structurellement difficile.

Abdoul Moumouni travaille pour Caritas Niger dans la région de Maradi, au Sud, à la frontière avec le Nigéria. Deux projets ont lieu en partenariat avec Caritas International pour améliorer la sécurité alimentaire de la population et protéger le climat.

« Dans la région de Maradi, la plupart des personnes dépendent du bétail. Il s’agit de communautés nomades qui traversent la frontière durant les périodes de sécheresse. À cause des problèmes causés par Boko Haram au Nigéria, la plupart des nomades nigérians se retrouvent sur le sol nigérien. Cela crée une pression croissante sur des ressources naturelles déjà rares. Il pleut peu, ce qui explique en partie pourquoi l’eau est en insuffisance pour la population, l’agriculture et les animaux. Et les prairies pour les animaux manquent. Cela crée des tensions entre les communautés. D’autant plus que beaucoup d’éleveurs se sédentarisent en raison des sècheresses et de la perte de bétail. Certains partent pour les villes trouver du travail, mais le chômage y également fort présent. Tous ces problèmes – politiques, climatiques, sociaux, économiques – sont liés les uns aux autres et doivent être réglés de manière conjointe. »


« Ce dont nous avons besoin ce sont des projets de développement qui prennent l’ensemble de ces aspects en compte, et qui travaillent sur le long terme. Dans ces cas-ci, on ne peut pas parler d’impact après un an, les besoins sont trop importants.« 

– Abdoul Moumouni, Caritas Niger.

« Que faisons-nous ? Nous créons des petits business générateurs de revenus ; nous promouvons l’utilisation de techniques de construction adaptées ; nous investissons dans des systèmes d’irrigation pour la culture de légumes pendant la période sèche ainsi que pour l’approfondissement de l’eau souterraine potable ; nous travaillons avec les communautés autour du vivre ensemble ; nous mettons en place des banques de céréales afin que les producteurs puissent garder leur production en sécurité et recevoir des graines – aussi pendant la période de soudure[4]. Ce dont nous avons besoin ce sont des projets de développement qui prennent l’ensemble de ces aspects en compte, et qui travaillent sur le long terme. Dans ces cas-ci, on ne peut pas parler d’impact après un an, les besoins sont trop importants. »

Des changements structurels nécessaires

Ces trois exemples montrent que différentes manières existent pour lutter contre le changement climatique. Améliorer la résilience des communautés dans le Sud est essentiel afin de combattre ses effets négatifs comme la faim et la pauvreté. Toutefois, avoir un impact sur les causes du changement climatique reste difficile.

L’aide au développement ne peut, à elle seule, renverser le réchauffement climatique. Les solutions doivent être structurelles, et se faire avant tout au niveau politique. L’action climatique a une place importante dans l’Agenda 2030 (ODD13). Mais, le caractère exécutoire manque à ces traités internationaux. D’ici là, Caritas International continuera à limiter au maximum les dommages humains et environnementaux, particulièrement présents dans le Sud, générés par le changement climatique.


Cet article prend place dans le cadre de la campagne #whatishome dans laquelle nous abordons le lien entre migration et développement. Campagne sur les réseaux sociaux menée dans 11 pays avec 12 organisations Caritas, elle fait partie du projet MIND qui reçoit le soutien financier du programme de l’Union européenne pour la sensibilisation et l’éducation au développement (DEAR). Pour plus d’informations, cliquez ici. Ce contenu relève de la responsabilité de Caritas International, et ne reflète pas nécessairement la position de l’Union européenne. 

Drapeau de l'Union Européenne

Note :

[1]

98% des victimes de changement se trouvent dans les pays en développement selon le rapport de 11.11.11.

[3]

Selon la FAO, la ‘Climate Smart Agriculture’ est une collection de technologies et de méthodes adaptées au climat mis en place pour la gestion agricole et pour des systèmes agricoles intégrés. Son objectif est d’accroître la productivité agricole de manière durable; accroître la résilience des communautés agricoles; et émettre moins de gaz à effet de serre.

[4]

La période des soudure a lieu lorsque les stocks des récoltes précédentes sont épuisées jusqu’aux prochaines récoltes. Il y a souvent une pénurie avec une forte augmentation des prix.

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