Femmes en détresse, réfugiées en danger

Caritas International Belgique Femmes en détresse, réfugiées en danger

Aichetou a fui la Mauritanie pour protéger ses filles. - Caritas International

Aichetou a fui la Mauritanie pour protéger ses filles. - Caritas International

08/03/2023

« On a peur tout le temps. C’est vraiment terrible pour les mamans et les enfants », témoigne Aichetou*, une femme réfugiée. Car oui, ces invisibilisées représentent 50% des réfugié-e-s à travers le monde.[1] Les menaces rythment leur quotidien. Seules, avec ou sans enfant, elles tentent de trouver la sécurité. À l’occasion de la journée internationale pour les droits des femmes, le 8 mars, Aichetou dévoile son expérience personnelle. Pourquoi ? Pour inciter les femmes à ne pas baisser les bras ! De la Mauritanie à la Belgique, découvrez son témoignage.

Aichetou, 41 ans, a fui la Mauritanie en 2017. Excisée et inquiète d’un sort identique pour ses filles, l’exil devient alors l’unique solution.

Des résidentes préparent la cuisine aux Logis de Louvranges.

A Louvranges, les femmes se sentent en sécurité et peuvent s'entraider. - Caritas International

Le péril d’être née femme

« Il n’y a pas de loi, ce n’est pas interdit de pratiquer l’excision. » dénonce Aichetou. « Il y a bien des ONG qui en parlent, qui veulent diminuer l’excision en Mauritanie mais elles n’ont pas beaucoup de pouvoir. » Aichetou souligne que le problème vient également des familles : des parents, du beau-frère ou du mari qui insistent pour que les filles se fassent exciser. Elle alerte sur le fait qu’il est impossible de porter plainte à la police parce que le conflit est au sein de la famille.

Et Aichetou n’est pas seule à avoir souffert de cette pratique : plus de 200 millions[2] de femmes et filles à travers le monde en sont les victimes. En Mauritanie, 67%[3] de la population féminine est excisée et plus de la moitié des jeunes filles sont opérées avant leurs 15 ans[4].

Bien qu’étant considérées comme une violation du droit humain, les mutilations génitales féminines sont encore pratiquées dans une trentaine de pays à travers le monde[5]. L’Egypte, l’Ethiopie et la Somalie recensent le plus d’agressions. Pratique condamnable, un quart des mutilations sont pourtant exécutées par des professionnels de la santé[6].

Le dangereux chemin de l’exil

Face à un tel constat, pour protéger ses enfants, Aichetou n’avait d’autre choix que de s’enfuir. À l’époque, ses filles étaient âgées de 6 ans et trois mois, son garçon avait quant à lui moins de deux ans. Elle se souvient : « On était vraiment en danger. J’étais dans la capitale et c’était très compliqué d’en sortir. Je ne voulais pas partir par la mer ou à pied par la forêt car c’était trop dangereux. Vu le jeune âge de mes enfants, je ne pouvais pas prendre de routes trop risquées. » 

Une femme fait pendre son linge aux Logis de Louvranges.

Je pensais que si j’arrivais en Europe, c’était une autre histoire qui pouvait commencer

Aichetou, réfugiée Mauritanienne

D’autres n’ont pas cette chance mais Aichetou a pu compter sur l’appui de sa mère et du père de ses deux plus jeunes enfants. « Une fois que j’ai pris la décision, ma mère m’a vraiment aidée. J’avais tenté de partir mais ça n’avait pas été. Avec leur soutien, j’ai pu quitter le pays. » Finalement, malgré le coût très élevé, Aichetou s’envole jusqu’en Espagne et de là, elle prend un second avion jusqu’en Belgique. « Je pensais réellement que si j’arrivais en Europe, c’était une autre histoire qui pouvait commencer. »

La détresse, aussi dans le pays d’accueil

Les années passent mais le constat ne change pas : parmi la population réfugiée mondiale, une personne sur deux est une femme. Une femme réfugiée sur cinq est victime de violences sexuelles[7]. En 2022, en Belgique, le CGRA (Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides) a enregistré 36.871 demandes de protection internationale. Les femmes incarnent 29,4% de ce total[8] .

J'ai vécu et vu des choses que je n’aurais jamais dû. Mes enfants aussi.

Aichetou, réfugiée Mauritanienne

Le 17 octobre 2017, Aichetou arrive en Belgique. Elle y passera plus de quatre ans dans un centre d’accueil dans le Limbourg. Quatre ans sans dormir une nuit complète car la violence ultra-présente la tétanise. « J’avais quitté la Mauritanie mais il y avait d’autres dangers dans ce centre. Une femme ne s’y sent pas en sécurité. Il y avait énormément de monde. On a peur tout le temps. Il y a des hommes qui nous parlent, nous provoquent, nous draguent et on ne peut rien faire. J’ai vécu et vu des choses que je n’aurais jamais dû. Mes enfants aussi. » Aichetou décrit un endroit où l’intimité n’existe pas, où elle ne quitte jamais ses enfants des yeux, même pour aller aux toilettes ou à la douche, car la menace de danger est permanente.

Une femme prend la pose dans son studio, aux Logis de Louvranges.

Les Logis de Louvranges comptent 21 appartements pour femmes isolées, avec ou sans enfants. - Caritas International

La sécurité : première étape vers une nouvelle vie

Grâce à des recherches sur internet, Aichetou découvre les Logis de Louvranges. Située à Wavre, cette structure d’accueil de Caritas héberge des femmes et des mères célibataires dans le cadre de leur procédure de demande de protection internationale (asile). La famille s’y installe en juin 2021.

« Je me sens en sécurité pour la première fois de ma vie. J’ai mon chez-moi et mes enfants à mes côtés. Une vie normale. Et il y a toujours quelqu’un pour m’aider, que cela concerne le travail, l’école ou une urgence avec un enfant malade. C’est tellement différent. » Les mois ont passé mais le soulagement se ressent encore dans le sourire d’Aichetou. Les Logis de Louvranges sont constitués de de 21 appartements individuels. Plus qu’un logement, Caritas propose un accompagnement personnalisé et des activités collectives où les femmes peuvent s’entraider.

En octobre, Aichetou a obtenu une réponse positive et a reçu ses papiers pour vivre en Belgique. Elle est donc en recherche de son propre logement et va bientôt démarrer une formation pour être auxiliaire d’éducation. « Il y a encore des difficultés bien sûr. C’est difficile d’avoir la confiance d’un propriétaire en étant une maman seule et avec des revenus minimes. » Le combat ne s’arrête pas.

Une résilience à toute épreuve

Aujourd’hui, elle témoigne pour inciter les femmes à se battre pour leurs droits et ceux de leurs enfants. « Même si ce n’est pas facile, il faut tenir. On peut protéger nos petites filles, il existe des endroits où elles peuvent avoir des droits et vivre pleinement leur enfance. Il faut faire tout notre possible pour les sortir des situations dangereuses. » 

Le parcours d’Aichetou démontre qu’il est primordial que ces femmes aient des endroits où elles puissent se sentir en sécurité et à l’abri de tout danger. Un lieu où elles peuvent se reconstruire, prendre soin de leurs enfants et être accompagnées durablement.

Il s’agit d’un appel à penser et à parler différemment des personnes migrantes, en reconnaissant leur force !  Découvrez d’autres témoignages sur nos réseaux sociaux et contribuez à ce changement de mentalité en partageant ce témoignage.



*

Prénom d’emprunt

[1]

Sur base des statistiques de l’Agence des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR), consultées en mars 2023.

[2]

Sur base de l’article d’Unicef, consulté en mars 2023.

[3]

Sur base de l’article du Groupe des Nations Unies pour le Développement Durable (GNUDD), consulté en mars 2023.

[4]

Idem.

[6]

Sur base de l’article d’ Unicef, consulté en mars 2023.

[7]

Sur base des statistiques de l’Organisation des Nations Unies (ONU) Femmes, consultées en mars 2023.

[8]

Sur base des statistiques du Commissariat Général aux Réfugiés et aux Apatrides (CGRA), consultées en mars 2023.

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