« Les mutilations génitales féminines s’inscrivent souvent dans un continuum de violence »

Caritas International Belgique « Les mutilations génitales féminines s’inscrivent souvent dans un continuum de violence »
08/09/2020

1.155 femmes ayant été excisées ou en danger de l’être se trouvaient dans le réseau d’accueil belge en 2016. Un nombre élevé et qui a entretemps très probablement augmenté. Anne Scheureun, des Logis de Louvranges, structure d’accueil pour femmes vulnérables avec ou sans enfants de Caritas, s’est spécialisée sur la question. Son but ? Leur offrir un accueil adapté. Elle est à présent le point de contact de Caritas et vous en dit plus sur les mutilations génitales féminines, ses conséquences et la manière d’aborder les femmes concernées.

Qu'est-ce que la mutilation génitale féminine ?

Anne Scheureun : L’Organisation Mondiale de la Santé la définit comme toute intervention qui entraîne l’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme et toutes autres formes de lésion des organes génitaux féminins infligée pour des raisons non médicales, c’est-à-dire pour des raisons culturelles ou autres. Les conséquences pour la santé de la femme en question sont énormes, tant à court qu’à long terme[1].

Quelles sont les conséquences ?

Anne : Les conséquences immédiates sont les saignements, les infections, les douleurs aiguës et parfois la mort. À long terme, il existe un risque de cicatrisation incomplète, de formation d’abcès, de tissu cicatriciel, d’infection urinaire, de douleurs urinaires, d’incontinence… Les complications possibles sont nombreuses et peuvent ou non se produire selon l’âge de la femme, selon les circonstances dans lesquelles la mutilation a été effectuée et le type de mutilation. Il y a aussi des conséquences psychologiques qui peuvent conduire à un trouble de stress post-traumatique, à une perte de confiance et d’estime de soi.

Pourquoi, alors, cette pratique est-elle toujours en vigueur ?

Anne : De nombreux facteurs entrent en jeu : l’idée que les femmes non excisées seraient moins fécondes, la pression sociale,… Les mutilations génitales féminines sont une forme de violence sexiste, visant les femmes et les filles. Elles se déroulent dans un contexte de discrimination à l’égard des femmes, un continuum de violence. Cela est souvent suivi d’un mariage forcé et de viols au sein du mariage.

Dans quels pays les mutilations génitales féminines sont-elles les plus fréquentes ?

Anne : Contrairement à ce que beaucoup de gens pensent, cette pratique ne se produit pas seulement en Afrique subsaharienne. On compte 200 millions de femmes excisées dans le monde, dont la moitié en Égypte, en Éthiopie et en Indonésie.

©Excision, parlons-en ! (basé sur une carte du GAMS ; données d’UNICEF, 2014)

La mutilation génitale féminine est-elle une raison pour être reconnue comme réfugiée dans un autre pays ?

Anne : Pour être reconnu comme réfugié, il faut avoir une crainte fondée de persécution fondée sur la race, la nationalité, la religion, les opinions politiques ou l’appartenance à un groupe social particulier. Dans une note d’orientation, le HCR – L’Agence des Nations Unies pour les réfugiés indique que les mutilations génitales féminines sont une forme de persécution, même si elles sont le fait de personnes privées. Il est difficile de faire des déclarations générales, mais nous voyons des filles recevoir le statut de réfugié par crainte d’être excisées dans leur pays d’origine. Cependant, les parents de filles qui obtiennent le statut de réfugié ne sont plus automatiquement reconnus comme réfugiés.

Les femmes qui ont été excisées, mais qui craignent une autre forme de persécution liée au sexe, comme une nouvelle excision ou un mariage forcé, peuvent également demander l’asile mais elles ne le savent pas toujours. Nous voyons souvent des femmes d’Erythrée ou de Somalie, qui ne parlent jamais elles-mêmes de mutilations génitales féminines, alors que dans ces pays, entre 75 et 100 % des femmes sont concernées. Il est donc très important de les sensibiliser, également parce qu’elles peuvent mieux protéger leurs propres filles.

>>À LIRE AUSSI: « Tu n’es qu’une femme » – Dialogue avec les résidentes des Logis de Louvranges

Comment faire face à cette situation ?

Anne : C’est un sujet très sensible. Beaucoup de femmes qui ont été excisées n’en parlent pas de leur propre chef. Il est donc important d’établir une relation de confiance et d’entamer progressivement un dialogue. Cela peut se faire, par exemple, en regardant ensemble une carte répertoriant la prévalence des mutilations sexuelles féminines dans le monde. Le sujet peut également être abordé lors de l’analyse du récit.

Il est donc très important d’être proactif et de rester vigilant. À cette fin, nous collaborons avec des organisations spécialisées (comme l’asbl le GAMS[2]), qui se concentrent sur la prévention et sur les conseils donnés  aux femmes. Les mutilations génitales féminines sont un sujet vraiment complexe et difficile. Ils ont de graves conséquences médicales et psychosociales tout au long de la vie.

Note :

1

Organisation mondiale de la santé, « Mutilations sexuelles féminines« , 3 février 2020, consulté le 22/07/2020

2

Découvrez le site de l’organisation : www.gams.be

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