Réfugiés vulnérables : dernière escale avant une vie en autonomie

Caritas International Belgique Réfugiés vulnérables : dernière escale avant une vie en autonomie

© Caritas - Hanna et sa fille Mehret

© Caritas - Hanna et sa fille Mehret

03/05/2019

Entre un chez-soi et le suivant, certaines personnes n’ont besoin que d’un camion de déménagement. Pour d’autres, c’est synonyme d’un long parcours d’exile, de temps d’attente et de nombreux défis. Un changement qui demande du temps et un accompagnement adapté. Lorsque le passage d’un centre d’accueil collectif à une vie en autonomie en Belgique est trop difficile, les réfugiés vulnérables peuvent compter sur le soutien de Caritas.

« J’aime le quartier, les activités et les gens d’ici. Il y a du bon personnel soignant près de chez nous », explique Amjet Singh, qui vit dans un logement Transition vulnérables de Caritas à Malines. « Notre plus jeune fils a 4 ans et est autiste. Caritas nous a aidé à trouver une école adaptée à ses besoins. »

Avec ou sans famille

Quelques étages en-dessous de la famille Singh, vit Hanna avec son mari Daniel et leur fille Mehret. En Lybie, Hanna s’est retrouvée au cœur d’un terrible accident. Elle en est l’unique survivante mais doit, aujourd’hui, vivre avec des douleurs abdominales constantes, une prothèse de la hanche et des problèmes de mémoire. Assise sur ses genoux, Mehret semble timide dans sa robe de princesse rose. « Elle l’a reçue pour son premier anniversaire », commente Hanna. « Nous avons préparé une tarte et mis une bougie dessus. Mais je ne me souviens pas de tout… J’en ai surtout retenu que j’étais très préoccupée par l’interview que nous allions avoir trois jours après [ndlr : interview au Commissariat général pour les réfugiés et apatrides]. »

Les étiquettes aux sonnettes des portes des différents appartements ne dévoilent en rien les récits de vie de ses résident-e-s. La détresse et les privations font partie du quotidien de nombreux d’entre eux, comme pour Jadallah, 37 ans. Il ne voit ses enfants que grâce aux photos d’identité encadrées et accrochées au mur gris. « Je n’ai plus de contact avec eux depuis le divorce », soupire-t-il. « Ils me manquent tous les jours mais je ne sais pas où ils sont. »

La jeune Zafirah[1], 18 ans, souffre aussi de ne pas voir sa famille. C’est seule qu’elle est arrivée en Belgique il y a quelques années : « J’avais 15 ans quand je suis arrivée et je ne savais rien. Aujourd’hui, j’ai 18 ans. Ces trois dernières années, j’ai appris bien plus que les 10 précédentes. J’étais seule, sans famille, sans ma maman. J’ai donc dû apprendre d’autres personnes. J’espère un jour pouvoir rendre la pareille et, à mon tour, aider les autres. »

Accompagnement sur mesure

« Nous analysons la situation de la famille et veillons à les rediriger vers les instances dont elle peut avoir besoin pour vivre en autonomie », explique Willem Gordts, coach d’intégration pour Caritas. « Ces instances peuvent être l’école, le ou la psychologue, la mutualité, le mouvement de jeunesse ou la banque. » Le projet est destiné à tous les réfugiés reconnus dont les fortes vulnérabilités compliquent leur passage vers une vie en autonomie, une vie indépendante.

« Lorsque de nouveaux résidents arrivent, je les emmène », ajoute aussi Sevan, médiateur interculturel pour Caritas. « Je leur montre le supermarché, la pharmacie, le magasin d’articles de seconde-main, le docteur… afin qu’ensuite, ils sachent eux-mêmes s’orienter. Je les accompagne également lors des premiers rendez-vous, par exemple, chez le psychologue. »

Un médiateur interculturel parle la même langue, au sens propre comme figuré, parce qu’il ou elle connaisse la réalité d’être réfugié en Belgique, avec les différences culturelles que cela implique. « Ainsi, ils arrivent à mieux exprimer leurs craintes ou préoccupations », dit Willem. « Nous sommes proches des familles et travaillons à la mesure des besoins individuels. »

Au total, Caritas mets à disposition 40 habitations à Malines, Liège et Bruxelles. Partout, les résident-e-s reçoivent un accompagnement sur mesure pour une période de 6 mois. « Dans un délai si court, on ne peut résoudre tous les problèmes », confie Willem. « Mais nous tentons de renforcer ces personnes, afin qu’elles puissent continuer à avancer, aussi, sans nous. »

Trouver un logement

Continuer seul à aller de l’avant, n’est pas simple. Surtout lorsqu’il s’agit de trouver un logement définitif, adapté à ses besoins. Ici aussi, Caritas accompagne dans cette recherche de logement sur le marché locatif privé.

La famille Singh a quand même réussi : ils ont trouvé une maison avec trois chambres et une grande cuisine. Idéal pour Amjet et son mari, Armohn, qui aiment cuisiner. « Nous sommes des cuisiniers professionnels sans diplôme », plaisante Armohn. « Au centre d’accueil, nous avions préparé des samossas pour tout le monde : 520 pièces en 24 heures. Cette nuit-là, on n’a pas dormi. ».

« Il a été difficile de convaincre le propriétaire mais finalement, ça a marché. On a trouvé ! », sourit Amjet. « Nous avons déjà habité à plusieurs endroits et sommes heureux de pouvoir rester à Malines. Ça nous évite de devoir changer les enfants d’école encore une fois… ».

Zafirah aussi veut rester dans son école : « Mon école est la meilleure : les professeurs sont tellement gentils. Je fais math-sciences et j’aime beaucoup la chimie et les mathématiques. Les maths, c’est comme un jeu. Pas besoin de la langue pour comprendre. ». Comme elle est à l’école tous les jours, Zafirah n’a pas beaucoup de temps à consacrer à sa recherche d’un logement. Une recherche qui s’avère très compliquée : « Lorsque je téléphone le propriétaire et dis que c’est le CPAS qui payera, on me dit non », ajoute la jeune femme. « Je me demande comment je pourrais montrer aux gens que je suis quelqu’un de bien. ».

Etape par étape

Lorsque la vie que vous construisiez s’est vue chamboulée par la violence, il n’est pas simple de rebondir. Le passé peut laisser de graves traumatismes aux lourdes conséquences sur le futur. « Avant, j’avais de nombreux rêves : une vie meilleure, aller à  l’école… », raconte Hanna. « Ce n’est plus le cas aujourd’hui… Je veux juste ne plus avoir mal. Je n’arrive plus à rêver d’un futur quel qu’il soit. »

Pourtant, Caritas tente, au quotidien, de regarder vers l’avenir avec les résident-e-s et de les y préparer. Jadallah, par exemple, a débuté il y a peu ses cours de néerlandais. « Avec Caritas, j’ai préparé mon plan d’action pour l’avenir », dit-il. « Apprendre le néerlandais, suivre le cours d’intégration, aller au pôle-emploi (VDAB), suivre une formation et trouver du travail. On avance étape par étape. ».

Note :

1

Zafirah est un nom d’emprunt afin de garantir l’anonymat de cette personne.

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