Collaborer pour mieux soutenir les victimes de la traite des êtres humains

Caritas International Belgique Collaborer pour mieux soutenir les victimes de la traite des êtres humains
26/07/2018

Samantha n’avait que 7 ans quand elle fut maltraitée et livrée à elle-même pour le première fois. Elle souffrait de troubles psychologiques. Adolescente, elle est tombée dans la prostitution –après avoir rencontré de ‘nouveaux amis’. « L’exploitation sexuelle est une forme de traite des êtres humains », explique Ilse Van der Straeten, tutrice de Samantha.

La traite d’êtres humains regroupe plusieurs formes d’exploitations: la mendicité, le travail forcé, le trafic d’organes ou encore le fait de faire commettre tout crime ou délit contre le gré de personnes. La traite d’êtres humains[1] n’est donc pas la même chose que le trafic d’êtres humains, ce qui peut parfois prêter à confusion. Caritas International participe à un projet Européen visant à protéger les victimes de traite d’êtres humain par une action double : un échange de bons procédés entre pays d’origine et pays d’arrivée, et le renforcement d’une approche multidisciplinaire et transnationale. Ilse Van der Straeten, tutrice pour Caritas, nous raconte ce projet.

Quelle est l’expertise de Caritas en matière de traite d’êtres humains ?

Ilse Van der Straeten :« Nous aidons des victimes mineurs d’âge. Sur les 85 mineurs étrangers non-accompagnés que j’ai suivi, environ 7 ont été victimes de traite d’êtres humains, en majeure partie des filles, forcées à se prostituer.

Par manque de moyens financiers et de perspectives d’avenir, la prostitution semble un moyen de survie et une solution pour ces jeunes. C’est ce qu’ils appellent l’ « easy money » (trad : l’argent facile). Souvent abusés dès leur plus jeune âge et confrontés très tôt avec la violence, ils deviennent des proies pour toute personne mal intentionnée, en échange d’une quelconque attention. Sans autre porte de sortie, traumatisés, ils se raccrochent alors à un seuil psychologique imaginaire dans lequel ils revivent continuellement leur expérience, habitués à réagir à une situation qui finit par être la seule qu’ils connaissent.

Nouer avec eux une relation de confiance prend du temps. Leur donner de nouveaux repères est difficile, car ils voyagent souvent d’un centre d’accueil à l’autre. Un jeune que j’ai suivi a même résidé dans 7 centres différents sur une seule année. Dans ce cas, la tutrice est la seule personne à pouvoir apporter une constance. »

Les jeunes sont-ils aussi compris dans le projet Européen?

Ilse: « Non, le projet met l’accent sur des personnes majeures, des victimes européennes de la traite d’êtres humains. Ce sont souvent des Roumains, un public avec lequel nous avons acquis de l’expérience. Mais comme ce projet va plus loin que notre expertise, nous avons créé un réseau de partenaires[2] spécifiques au contexte belge.

C’est par une approche multidisciplinaire que nous voulons soutenir les victimes. Nous avons développé à cet effet un manuel à l’usage de travailleurs sociaux, ainsi que des formations dans les pays participant au projet.  La formation à Bruxelles a eu lieu en mai. »

Comment la formation s’est-elle déroulée ?

Ilse: « Nous avons d’abord décidé de vérifier où le besoin se situe, afin que nous puissions y répondre au mieux. Nous avons donc identifié les problèmes dans une réunion incluant le plus d’acteurs possibles. Il en est ressorti , entre autres, que la plupart du temps, les victimes de la traite d’êtres humains ne veulent pas être reconnues comme telles car elles craignent d’être assimilées à des criminelles au lieu de victimes à cause de leur activité, par exemple, dans les milieux de la drogue et de la prostitution.

En théorie, les victimes de la traite d’êtres humains sont entendues par un magistrat de référence, compétent en la matière. Mais justement, comme les victimes ne souhaitent pas s’identifier comme telles, elles atterrissent souvent auprès d’autres policiers et magistrats. Il est donc nécessaire de former aussi ces unités et ces équipes. Ce qui, bien entendu, est compliqué, vu que les services de première ligne sont constitués d’un grand nombre de corps de police locaux. C’est pourquoi nous avons invité aussi un responsable de formation de l’école de police afin qu’il puisse faire avancer les connaissances sur le sujet. »

Qu’a-t-il été discuté de concret pendant la formation ?

Ilse: « Des experts sont venus apporter leurs explications sur plusieurs sujets: la détection des victimes, le modèle multidisciplinaire, les proxénètes de mineurs ou les lover-boys, l’impact du trauma, le soutien des centres d’accueil aux les victimes… Beaucoup de personnes participant à la formation étaient surtout intéressées par les conséquences psychologiques de l’exploitation sur les victimes.

J’ai aussi trouvé intéressante la manière de travailler de l’équipe de saisie financière, la “plukteam”, qui est chargée de l’inventaire du patrimoine criminel en vue de saisies financières ultérieures. Egalement, la Police Judiciaire Fédérale a démontré comment déceler l’existence de bandes criminelles via Internet. Les médias sociaux sont fréquemment utilisés pour le recrutement de futures victimes. J’ai pu observer comment les jeunes s’exposent dans les médias sociaux et y divulguent leur vie privée.

La formation fut une partie intéressante du projet, qui  nous a fait avancer vers une meilleure protection et assistance des victimes de la traite d’êtres humains. »

Note :

[1]

L’article 433quinquies du Code pénal définit la traite des êtres humains comme : le fait de recruter, de transporter, de transférer, d’héberger, d’accueillir une personne, de passer ou de transférer le contrôle exercé sur elle dans un but d’exploitation. Les secteurs d’exploitation sont énumérés limitativement : l’exploitation dans la prostitution ou pornographie enfantine, l’exploitation dans la mendicité, des conditions de travail contraires à la dignité humaine, le prélèvement d’organes, faire commettre un crime ou un délit contre son gré (certains cas de vol ou de trafic de drogues par exemple).
(Source : Myriad, « Traite ≠ trafic des êtres humains : définitions légales« , consulté le 18/07/2018)

[2]

Institut de formation judiciaire ; Bureau MINTEH, Service de l’immigration ; Inspection sociale, SPF Sécurité sociale ; Bureau interdépartemental de la cellule de coordination pour lutter contre le trafic d’êtres humains et la traite des êtres humains ; Myria ; Payoke.

Actualités associées

Toutes les actualités