Coronavirus : la crise de trop au Moyen-Orient ?

Caritas International Belgique Coronavirus : la crise de trop au Moyen-Orient ?

© Kristina Eberle/Caritas - Le réseau mondial de Caritas met tout en oeuvre pour que personne ne soit laissé pour compte. Au Moyen-Orient aussi ! Ici, une distribution de nourriture à Alep en Syrie.

© Kristina Eberle/Caritas - Le réseau mondial de Caritas met tout en oeuvre pour que personne ne soit laissé pour compte. Au Moyen-Orient aussi ! Ici, une distribution de nourriture à Alep en Syrie.

29/04/2020

Imaginez la situation sanitaire actuelle en Belgique, combinée avec neuf années de conflit ou encore un gouffre économique sans précédent. Pour la Syrie comme pour le Liban, la pandémie du coronavirus est une crise dans la crise. De retour d’une mission sur place, Sébastien Dechamps, responsable des urgences au Moyen-Orient pour Caritas International, revient sur les défis de la réponse au Covid-19 dans des pays tels que la Syrie, le Liban ou encore l’Irak et la Palestine.

« Les crises sanitaires, et celle du COVID en particulier, ont un impact terriblement aggravant sur des populations qui sont dans des situations de désespoir ou d’immense pauvreté. ». Sébastien donne le ton : la situation est grave.

Mesures sanitaires et d’hygiène inadéquates

Le confinement, arme de protection contre la propagation du virus, semble peu applicable dans le contexte de grande pauvreté au Moyen-Orient. « Pour une grande majorité de personnes, c’est une question de survie. Si elles ne travaillent pas un jour, elles ne mangeront pas le lendemain. Entre le choix de prendre le risque de se contaminer et le choix d’accepter de ne plus rien avoir à mettre sur la table le lendemain, le choix est vite fait. »

©Isabel Corthier – Femmes du camp de réfugiés de Moussa qui partent travailler pour un salaire de misère. (Liban, 2019)

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De plus, « Quand on vit dans une grande promiscuité, c’est physiquement impossible de mettre des personnes à deux mètres les unes des autres. », ajoute Sébastien sur l’impossibilité physique d’appliquer le confinement. « Je pense notamment à Gaza avec 2 millions d’habitants sur un territoire microscopique. On ne peut pas parler de distanciation sociale quand on vit dans une immense prison comme celle-là. ». Et ceci vaut tant dans les villes syriennes qu’au Liban, où de nombreuses personnes y ayant trouvé refuge partagent de petits logements souvent insalubres ou des abris de fortune.

Les consignes d’hygiène posent également question. Début avril, Safaa, habitante de Mleiha en Syrie témoignait déjà son inquiétude pour elle et ses enfants : « Nous pouvons à peine acheter des produits de base comme du savon ou des couches pour ma plus jeune fille, mais aussi du matériel d’hygiène. Nous essayons de nous protéger autant que possible de la maladie avec tout ce que nous avons ». Depuis lors, la situation n’a fait que s’empirer.

Systèmes de soin de santé en crise

« Les rues de Beyrouth sont silencieuses. Je peux ouvrir mes portes et fenêtres toute la journée et toute la nuit, je n’entends aucun bruit. La vie dans cette ville généralement animée est maintenant au point mort. », témoigne Alison Heron, habitante de Beyrouth. « Il y a une grande inquiétude, celle que le système de santé ne puisse pas faire face. », complète-t-elle. Et à raison : la pression sur les service de soins de santé ne fait qu’augmenter. En février déjà, les hôpitaux risquaient de mettre la clé sous la porte car les fonds manquaient.

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En Syrie, pays limitrophe, la situation est loin d’être meilleure. « Les infrastructures médicales n’étaient déjà pas du tout à même de répondre aux besoins existants. Les infrastructures médicales ont énormément souffert des 9 années de conflits. Des hôpitaux, des cliniques ont été détruits. Des médecins se sont également enfuis du pays. », explique Sébastien.

©Devisme Gaetan/Caritas International.be – Tartous, Syrie (mars 2020)

Situation politique tendue

« Les combats en Syrie n’ont pas cessé malgré l’appel de cessez-le feu de l’ONU. La situation en Irak et en Palestine est très tendue. Cette crise peut d’ailleurs aggraver des tensions préexistantes. Elle peut aussi amener les gens, dans une logique de recherche de survie, à poursuivre des combats, à piller,… Dans une région qui, par endroit est encore un théâtre de guerre, l’accès pour les organisations humanitaires, que ça soit pour Caritas ou pour d’autres, est extrêmement problématique ». Au Liban, la crise politique frappe aussi et laisse de nombreuses personnes exsangues. Mais Caritas reste aux côtés des plus vulnérables.

L’aide humanitaire au rendez-vous ?

Au Liban, Caritas est l’une des principales ONG du pays et fait partie du dispositif national de transmission d’information et de réponse. En Syrie, Caritas reste proche de la population et la sensibilise. « Via des activités de sensibilisation autour de la réalité du virus. Ces réseaux d’Eglise et Caritas en particulier ont une forte expérience dans la communication, la sensibilisation, la prise de conscience », explique Sébastien. De plus, le réseau de Caritas s’adapte aux nouvelles réalités : « Pouvoir se laver les mains plusieurs fois par jour est déjà pour certaines personnes un luxe. Il faut faire face à cette réalité et concevoir l’aide humanitaire en fonction de ces contextes. C’est ce que le réseau Caritas met actuellement en place. »

©Caritas – Sensibilisation des personnes déplacées dans les camps au nord d’Idlib en Syrie.

Nos partenaires distribuent aussi des kits d’hygiène avec du savon, des essuie-mains et du désinfectant. De plus, avec l’augmentation généralisée des prix vient la faim pour de nombreuses familles. Pour elles, Caritas organise une aide alimentaire via notamment la distribution de kits alimentaires ou d’aides monétaires directes.

UN OBJECTIF : ÊTRE LÀ POUR LES VICTIMES DE LA PANDÉMIE

En Belgique, Caritas International met tout en œuvre pour garantir l’accompagnement social et la protection des personnes, au sein de ses structures d’accueil et là où son assistance est requise, et en particulier des plus vulnérables d’entre elles.

En dehors des pays mentionnés ci-dessus, le réseau de Caritas est également actif contre la propagation du virus dans plus d’une centaine de pays. En RD Congo, au Rwanda, au Zimbabwe, au Venezuela ou, plus près de chez nous en Italie, où les équipes mobiles contribuent au dépistage, organisent des accueils d’urgence, assurent des distributions alimentaires, etc… Pour répondre à cette urgence mondiale, Caritas International et les six autres membres du Consortium 12-12 ont lancé un appel commun de solidarité. Sous le nom de COVID 12-12, cet appel vise à réunir les moyens nécessaires pour d’intervenir auprès de celles et ceux qui en ont le plus besoin.

Chaque minute compte pour sauver des vies ! Soutenez le Fonds d’urgence Coronavirus via notre plateforme de dons en ligne ou sur le compte BE88 0000 0000 4141 avec la communication « Coronavirus 005 ».

Note :

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