4 ans de guerre en Ukraine : une population épuisée, 4 millions de personnes ont perdu leur logement

Caritas International Belgique 4 ans de guerre en Ukraine : une population épuisée, 4 millions de personnes ont perdu leur logement

Des volontaires Caritas distribuent des repas et des produits de première nécessité à Kiev. Malgré le froid et l’insécurité, l’aide continue d’arriver au plus près des communautés. © Caritas Spes Ukraine

Des volontaires Caritas distribuent des repas et des produits de première nécessité à Kiev. Malgré le froid et l’insécurité, l’aide continue d’arriver au plus près des communautés. © Caritas Spes Ukraine

20/02/2026

Après quatre années de guerre, la situation humanitaire en Ukraine continue de se détériorer. Des millions d’Ukrainien·nes vivent dans des conditions précaires, et l’hiver est particulièrement rigoureux. Une partie de la population est privée de chauffage. Les attaques incessantes contre les infrastructures civiles aggravent rapidement les besoins humanitaires dans le pays meurtri.

Les équipes Caritas en Ukraine, qui constituent ensemble un acteur humanitaire majeur dans le pays, ont déjà soutenu plus de 6 millions de personnes depuis le début de la guerre en février 2022. Présentes au plus près des communautés touchées, elles adaptent leur action à l’évolution du contexte. De nombreuses familles perdent leurs sources de revenus, épuisent leurs économies et tentent de tenir bon dans une situation socioéconomique extrêmement difficile.

Selon les statistiques officielles, plus de 10,8 millions de personnes en Ukraine ont actuellement besoin d’une aide humanitaire. Beaucoup vivent dans la pauvreté. Une part importante de la population dépend de plus en plus de l’aide et du soutien. Pour beaucoup, la résilience est aujourd’hui à bout.

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Des habitant·es font la file dans le froid pour recevoir une aide alimentaire distribuée par les équipes Caritas à Kiev. En plein hiver, ces distributions sont essentielles pour les personnes les plus vulnérables © Caritas Spes Ukraine

Avant la guerre, notre soupe populaire à Kiev accueillait environ 60 personnes par jour, principalement des personnes sans-abri. Aujourd’hui, cette même soupe populaire sert plus de 500 personnes chaque jour, surtout des familles en situation de pauvreté qui n’ont ni électricité ni chauffage à domicile.

Père Vyacheslav Grynevych, Caritas Ukraine

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Dans une structure chauffée mise en place par Caritas, des familles se réunissent pour recevoir un repas et un soutien de première nécessité pendant l’hiver. © Caritas Spes Ukraine

Plus de 4 millions de personnes ont perdu leur logement. À cause de la guerre, elles ont besoin de solutions durables en matière d’habitat. Au départ, nous nous sommes concentré·es sur l’accueil d’urgence pour les personnes déplacées. Aujourd’hui, nous travaillons avec le gouvernement à un plan de logement social afin que les personnes puissent reconstruire leur vie.

Tetiana Stawnychy, Caritas Ukraine

Les priorités des équipes Caritas pour 2026

Les équipes Caritas ont défini quatre priorités :

  • Aide d’urgence : assistance vitale, évacuations de civils et soutien aux personnes touchées par des attaques de drones ou de missiles.
  • Aide hivernale et réhabilitation des services de base : les attaques privent régulièrement les habitant·es d’électricité, de chauffage ou d’eau potable, notamment dans les immeubles d’habitation des grandes agglomérations urbaines.
  • Logement : l’hébergement temporaire ne suffit pas. Caritas recherche, avec les autorités locales et nationales, des solutions durables.
  • Moyens de subsistance : Caritas aide les personnes à retrouver un emploi ou à lancer une petite activité économique, afin de renforcer leur autonomie et de restaurer leur dignité.

Plus largement, il est essentiel d’assurer un accès aux soins de santé mentale et à un accompagnement psychosocial. Plus que jamais, il est nécessaire de soutenir les enfants, les familles, les vétéran·es de guerre et les communautés locales dans ce domaine, afin de renforcer la cohésion sociale et la résilience.

Les collaborateur·rices du réseau Caritas sont pleinement conscient·es de la fatigue liée à la guerre, en Ukraine comme ailleurs. Mais les besoins humanitaires ne diminuent pas. La solidarité reste indispensable.

Cette guerre frappe les habitant·es d’Ukraine depuis quatre ans déjà. Des personnes sont parties dans toutes les directions pour chercher davantage de sécurité. Notre solidarité et notre attention sont plus nécessaires que jamais. Nous ne pouvons pas nous arrêter. En parallèle, des efforts sérieux, sincères et larges sont indispensables pour parvenir à une paix juste et durable. Cette guerre doit cesser.

Alistair Dutton, secrétaire général de Caritas Internationalis (Rome)

Sans électricité, ni chauffage, ni eau potable

« Selon les chiffres officiels, en 2025, au moins 30 % de civils de plus ont été tué·es que les années précédentes », explique Tetiana Stawnychy, de Caritas Ukraine. « De plus en plus de drones et de missiles sont utilisés contre des villes éloignées du front. Des grandes villes comme Kiev, Kharkiv, Tchernihiv, Dnipro et Zaporijjia sont régulièrement frappées. Les forces russes ciblent en permanence les infrastructures énergétiques. À la suite d’attaques répétées contre les réseaux d’électricité, de chauffage et d’eau potable, des quartiers entiers sont privés de services essentiels, alors que le froid est glacial ; début février 2026, les températures ont parfois atteint –20 °C. Les attaques touchent tout le monde, où que l’on vive. Elles ont aussi des conséquences à long terme sur la santé, l’éducation et la stabilité sociale. »

Selon Stawnychy, à l’étranger, la couverture médiatique se concentre surtout sur les développements militaires et les efforts diplomatiques, tandis que les conséquences quotidiennes pour la population civile et les effets sociaux et psychologiques à long terme restent sous-estimés. Les élèves peuvent parfois aller à l’école, mais doivent à d’autres moments suivre les cours à distance. Des familles passent la nuit dans des abris souterrains. Les coupures d’électricité sont fréquentes.

Le réseau Caritas dispose aujourd’hui de plusieurs dizaines de centres dans le pays, qui travaillent avec des enfants, des parents et des familles. Les volontaires y jouent un rôle essentiel. Les centres offrent un soutien psychologique et contribuent à renforcer la cohésion sociale.

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Serhiy Kolomiyets participe au projet AGRIS. Grâce au soutien de Caritas, il développe une activité agricole qui lui permet de renforcer son autonomie malgré le contexte de guerre. © Tetyana Ocheretyuk

Caritas met également en œuvre des projets permettant aux personnes de devenir plus autonomes grâce à l’agriculture à petite échelle et au maraîchage. « Les personnes souhaitent pouvoir se tenir davantage sur leurs propres pieds », explique Stawnychy. « Nos projets dans ce domaine rencontrent un réel succès, y compris en milieu urbain. »

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Dans un Happiness Space soutenu par Caritas, des enfants participent à des activités éducatives et récréatives. Ces espaces offrent un environnement sûr où ils peuvent apprendre, jouer et retrouver un sentiment de stabilité malgré la guerre. © Caritas Spes Ukraine

Pour les enfants, Caritas a ouvert dans plusieurs lieux des espaces sûrs et accueillants. Pour les vétéran·es de guerre, des projets mettent l’accent sur la rééducation physique, l’accompagnement psychologique, la réintégration sociale et la création de revenus. Il arrive régulièrement que des vétéran·es soutiennent à leur tour d’autres ancien·nes combattant·es confronté·es aux mêmes difficultés.

« Un miracle que nous survivions encore »

Le père Vyacheslav Grynevych fait partie, aux côtés de Tetiana Stawnychy, de l’équipe de direction de Caritas Ukraine. Il comprend que le monde puisse être lassé de la guerre en Ukraine. « Mais imaginez à quel point nous le sommes nous-mêmes », dit-il. « Nous vivons la guerre dans notre chair. Honnêtement, c’est un miracle que nous survivions encore. Il y a les destructions visibles : des villes réduites en ruines, des écoles bombardées, des crèches détruites. Mais il y a aussi toute la souffrance intérieure. Les personnes sont traumatisées, en deuil, épuisées. Il est beaucoup plus difficile d’expliquer cette dimension de la guerre. »

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Le père Vyacheslav, directeur de Caritas-Spes Ukraine, lors d’une rencontre avec des équipes locales. Caritas-Spes coordonne des actions humanitaires en faveur des communautés touchées par la guerre. © Caritas Spes Ukraine

Grynevych souligne également la situation particulière des vétéran·es : « La guerre transforme profondément les personnes et laisse souvent des cicatrices invisibles. Lorsque des soldat·es rentrent chez eux avec des problèmes psychiques ou un handicap physique, leurs familles ont besoin de soutien pour pouvoir à nouveau communiquer. Travailler à cela fait partie d’un processus très long, orienté vers la construction de la paix. Lorsque les blessures de la guerre commencent à guérir, cela porte ses fruits. Nous constatons que de nombreux·ses vétéran·es et personnes que nous accompagnons souhaitent à leur tour aider d’autres personnes confrontées à la même douleur. »

Le prêtre constate que l’attention portée à la situation en Ukraine diminue. Mais il espère que le reste du monde n’oubliera pas les Ukrainien·nes. « Nous n’avons pas d’autre foyer. C’est notre pays. »

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