Réintégration : défis dans le pays d’origine

Caritas International Belgique Réintégration : défis dans le pays d’origine

© Sofie De Mot

© Sofie De Mot

29/03/2019

Des attentes élevées, des ressources limitées pour les concrétiser, les enfants qui se retrouvent dans un pays inconnu,… Après un long ou court séjour en Belgique, le retour dans son pays d’origine soulève de nombreux défis. Cette semaine, nous avons eu l’occasion d’échanger avec nos partenaires du Cameroun, du Maroc et de la Tchétchénie. Retour sur ce moment de partage d’expérience.

Les obstacles rencontrés après un retour dans son pays d’origine ne dépendent pas seulement du pays lui-même, mais également de la situation personnelle du candidat au retour. Pour les personnes au profil vulnérable ou spécifique, un coup de pouce supplémentaire est nécessaire… Ce plus est apporté par Caritas grâce au Fonds Asile, migration et intégration (AMIF)[1]. Trois pays, trois exemples : d familles avec enfants en Tchétchénie, femmes au Cameroun et  personnes vulnérables au Maroc.

Rentrer les mains vides

« Au Maroc, on pense souvent qu’une personne ayant vécu en Europe peut rentrer avec beaucoup d’argent et un nombre énorme d’opportunités », explique Zineb Bousalem, notre partenaire réintégration au Maroc. « Il est difficile de retourner quand il ne vous reste plus rien, comme c’est le cas pour les personnes que nous guidons. Elles sont généralement restées longtemps dans une situation vulnérable en Belgique, par exemple dans la rue. »

« Après un long séjour, elles ne connaissent plus toujours le contexte local marocain, ont peur de faire face à leurs familles ou ont des problèmes de santé », poursuit Zineb. « C’est pourquoi nous proposons un accompagnement poussé et spécifique. Nous leur rendons visite à la maison ou ailleurs pour évaluer leur situation globale. Nous examinons comment la famille réagit au retour, si elle a les moyens financiers de joindre les deux bouts,… ».

Les premiers mois, il est essentiel de suivre de près les personnes retournées. Mais même avant, en Belgique, il est important d’informer correctement le/la candidat-e au retour quant à la réalité du pays d’origine afin de cadrer les attentes et de permettre un retour en toute dignité. Une bonne relation avec la famille, par exemple, a un impact énorme sur la réintégration.

Espoir pour les femmes au Cameroun

« Celui qui voyage s’enrichit, dit-on au Cameroun. ». Par là, Dallé Biack, notre partenaire réintégration au Cameroun, souligne directement une difficulté de réintégration dans ce pays. « Ceux et celles qui rentrent au pays ont souvent beaucoup appris mais manquent de ressources financières pour mettre en pratique les connaissances acquises. ». C’est particulièrement difficile pour les femmes. Elles représentent donc un groupe cible spécifique au sein d’AMIF.

Elles organisent déjà des activités à petite échelle mais souvent avec peu de structure et peu de revenus. « De plus, l’environnement économique n’est pas favorable », explique Dallé. « Des études montrent qu’après 4 ans, 25% seulement des entreprises subsistent au Cameroun. »

« L’objectif maintenant est de mieux développer et accompagner ces activités pour qu’elles puissent réussir sur la durée. Un salon de coiffure, un salon de beauté, un taxi, un projet d’agriculture,… Les femmes veulent unir leurs forces et élaborent déjà des projets collectifs. Cela leur donne l’espoir d’un revenu plus stable », précise Dallé.

S'habituer à une patrie inconnue

Le groupe cible de notre organisation partenaire en Tchétchénie est constitué de familles avec enfants. Après un long séjour en Belgique, ces enfants rencontrent des difficultés avec la langue d’origine et ont généralement besoin d’un soutien psychologique. En effet, ils n’ont pas toujours été impliqués dans le choix du retour et peuvent rencontrer des difficultés à s’installer dans un « pays d’origine » complètement nouveau et inconnu.

Notre organisation partenaire leur fournit un soutien scolaire afin que les enfants puissent continuer à aller à l’école malgré leur connaissance lacunaire de la langue nationale. Néanmoins, pour une famille de nombreuse, de 4 enfants par exemple, ayant chacun un niveau différent, il n’est pas toujours logistiquement possible de fournir à tous des leçons particulières. « Nous voyons que les parents trouvent très important que leurs enfants apprennent », a déclaré notre collègue de Tchétchénie. « Cela devient clair, par exemple, si vous regardez le grand nombre d’inscriptions à notre camp d’été, où les obstacles logistiques disparaissent. »

Retour à une société traditionnelle

« Nous organisons des séances créatives avec un ou une psychologue au cours desquelles les enfants peuvent s’exprimer », explique notre collègue tchétchène. « Nous avons des garçons qui sont très intéressés mais leur père leur dit que ce n’est pas assez masculin. Nous expliquons aux garçons qu’il est bon qu’ils puissent s’exprimer de cette manière. Le soutien psychologique est l’un des aspects les plus importants d’une réinsertion réussie des enfants. »

« Il est souvent difficile pour les jeunes de revenir dans une société plus traditionnelle. Par exemple, on y attend des filles  qu’elles restent à la maison et fassent le ménage. Elles acceptent la situation parce qu’elles ne voient pas d’autres issues… »

Caritas et ses organisations partenaires accompagnent les personnes retournées tout au long de ces défis à relever. Déjà en Belgique, nous les préparons à la difficile réalité qui peut les attendre. Si elles décident ne pas être prêtes, elles peuvent toujours revenir sur leur décision. L’aspect volontaire du retour est primordial et au cœur de notre accompagnement.

Note :

1

AMIF en anglais pour Asylum, Migration and Integration Fund ou en français FAMI pour le Fonds Asile, migration et intégration est un fonds européen. Plus d’information sur le site de l’Union européenne.

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