Mawda : il n’y a pas de gagnants dans cette histoire

Caritas International Belgique Mawda : il n’y a pas de gagnants dans cette histoire

© Isabel Corthier

© Isabel Corthier

30/05/2018

Dans la nuit de mercredi à jeudi dernier, la petite Mawda, une enfant kurde, a été tuée par la balle perdue d’un policier. Mawda ne rejoindra jamais le Royaume-Uni. Elle n’atteindra jamais l’âge adulte. Sa jeune et fragile vie s’est terminée avant même qu’elle ne commence réellement.

Aujourd’hui, une semaine après le tumulte politique et médiatique, elle va être enterrée. C’est avant tout une tragédie pour la famille de cette petite fille. Leur recherche d’un meilleur avenir s’est terminée dramatiquement le long d’une autoroute.

En aucun cas, les parents ne peuvent être mis en cause. Ils étaient sans doute loin d’imaginer que ce trajet allait se terminer en une course folle et mortelle. Ils resteront toujours des victimes : ils ont perdu leur fille, alors qu’ils lui souhaitaient seulement une vie meilleure. Et ils sont condamnés à se demander tout le reste de leur vie si cela en valait la peine…

Il n’y a pas de gagnants dans cette histoire : le policier qui a tiré la balle devra vivre lui aussi avec cela le reste de sa vie. Il ne s’agit pas de cowboys disposant d’un permis de tuer, mais d’agents de l’État qui risquent leur vie et qui font leur travail dans des circonstances très stressantes. Hier, deux policiers ont été assassinés de sang-froid à Liège, et quatre autres ont été blessés dans l’exercice de leur fonction.

Nous vivons aux côtés du frère de Mawda et de ses parents. Leur chagrin est le nôtre. En tant qu’organisation chrétienne, nous les portons dans nos prières.

Aujourd’hui est avant tout un moment de profonde tristesse. Car si ce drame a un mérite, c’est celui de nous rappeler douloureusement, s’il le fallait encore,  que les migrants, les réfugiés et les sans-papiers sont des êtres humains. Des personnes comme vous et moi, avec des rêves et des désirs. Pas de chiffres ni de statistiques. Des personnes. Comme nous.

N’oublions jamais cela. Et créons enfin des voies migratoires qui soient légales et sûres, afin que ces personnes n’aient plus à confier leur vie à des passeurs qui profitent de leur désespoir. Avec les drames déchirants de Mawda ou d’Aylan pour conséquences.

Enfin, quelles leçons tirer des manœuvres politiques qui se sont nourries de cette tragédie ?

L’heure est à la tristesse, au silence et au respect. C’est le moment d’offrir à des parents, à une famille, le droit de pleurer un enfant. Et pour ce faire, leur octroyer une régularisation pour des raisons humanitaires est une décision approprié aux vues des circonstances.

 

— Dominic Verhoeven,
Vice-président Caritas International et directeur Caritas Vlaanderen

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