Il est grand temps que l’Europe défende le droit d’asile

Caritas International Belgique Il est grand temps que l’Europe défende le droit d’asile

© Caritas Europa

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19/06/2025

À l’occasion de la Journée mondiale des réfugié·es, Caritas Europa appelle à protéger le droit d’asile en Europe et à renforcer les voies d’accès sûres, telles que la réinstallation et le regroupement familial – au lieu de les affaiblir.

Alors que les besoins de protection atteignent des niveaux records, avec plus de 123 millions de personnes déplacées de force en raison de conflits, de violences, de persécutions ou des effets du changement climatique, Caritas Europa exhorte les gouvernements européens à préserver ce droit fondamental, de plus en plus menacé – tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du continent.

Les personnes réfugiées et migrantes font face à une stigmatisation croissante, sont prises pour cibles ou même criminalisées. Les organisations et volontaires qui les soutiennent subissent à leur tour des attaques – verbales, judiciaires, financières, voire physiques. Caritas Europa, un réseau de 49 organisations membres dans 46 pays européens, tire la sonnette d’alarme : le droit d’asile en Europe est gravement menacé.

Un accueil digne, une responsabilité partagée

Plutôt que de restreindre l’accès à l’asile, la mise en œuvre du Pacte européen sur la migration et l’asile devrait viser à construire un système d’accueil digne, assorti de garanties solides – en particulier pour les enfants, les familles et les personnes vulnérables. Les États membres doivent également assumer pleinement leurs responsabilités dans le cadre du nouveau mécanisme de solidarité, notamment en assurant une répartition équitable des personnes réfugiées dans toute l’Europe.

Dans le même temps, l’Europe doit élargir – et non restreindre – les voies sûres permettant d’atteindre son territoire : réinstallation, admission humanitaire, couloirs humanitaires… autant de dispositifs que les États membres se sont engagés à appliquer. Le regroupement familial doit également être facilité, car les restrictions actuelles séparent inutilement de nombreuses familles.

Caritas montre qu’une autre approche est possible

Chaque jour, partout en Europe, les organisations Caritas montrent qu’une approche humaine et efficace est possible : programmes d’accueil pour mineurs non accompagnés, centres d’hébergement sûrs pour les personnes vulnérables, initiatives locales d’intégration, accompagnement social et juridique pour aider les personnes à reconstruire leur vie.
Mais cette approche est aujourd’hui mise à mal par des évolutions politiques préoccupantes.

Nous sommes profondément préoccupés par l’adoption de politiques européennes et nationales visant à externaliser davantage la responsabilité de l’asile hors de l’UE et à rendre l’accès à la protection plus difficile. Les récentes propositions de la Commission européenne, notamment celles portant sur la révision des notions de « pays tiers sûrs » et de « pays d’origine sûrs », illustrent cette tendance.

Si la réforme est adoptée, une personne pourrait être renvoyée vers un « pays tiers sûr », même sans jamais y avoir séjourné ou sans y avoir de lien. Sa demande d’asile ne serait alors plus traitée par l’État membre, mais transférée à ce pays tiers.

Ces transferts de responsabilité vers des pays extérieurs à l’UE augmentent considérablement les risques pour les personnes concernées : conditions d’accueil précaires, insécurité juridique, voire refoulement, sans qu’elles n’aient jamais eu accès à une procédure de protection dans l’UE.

Des précédents inquiétants

Cette logique rappelle des initiatives précédentes qui ont échoué, comme l’accord controversé entre le Royaume-Uni et le Rwanda – finalement annulé par la Cour suprême britannique, après avoir coûté jusqu’à 837 millions d’euros aux contribuables.

La désignation de la Turquie par la Grèce comme « pays tiers sûr » pour certaines nationalités a également été annulée par un tribunal grec.

Ne pas sacrifier les droits au nom de la rapidité

Autre sujet de préoccupation : la proposition de créer une liste européenne des « pays d’origine sûrs », incluant des pays comme l’Égypte, le Maroc et la Tunisie, malgré de graves préoccupations en matière de droits humains. Cela permettrait de traiter plus rapidement les demandes des personnes originaires de ces pays, au détriment de leur droit à une évaluation juste et individuelle, et en violation du principe fondamental de non-refoulement.

L’Europe doit faire preuve de leadership

Caritas Europa appelle les dirigeant·e·s européen·ne·s à défendre le droit d’asile, et à ne pas déléguer leurs responsabilités à d’autres pays. Même en période de crise, l’Europe a la capacité – et le devoir moral et juridique – de protéger celles et ceux qui fuient la guerre ou la persécution.

Alors que la démocratie et l’État de droit sont mis à l’épreuve dans le monde entier, les États membres de l’UE doivent honorer leurs engagements au titre de la Convention de Genève de 1951 et du droit européen.

« Caritas Europa appelle les dirigeants européens à défendre le droit d’asile et à ne pas rejeter leur responsabilité sur d’autres pays. Même en ces temps difficiles, l’Europe a la possibilité – et le devoir moral et légal – de protéger les personnes qui fuient la guerre ou la persécution. Alors que la démocratie et l’État de droit sont menacés dans le monde entier, les pays de l’UE doivent honorer les engagements qu’ils ont pris au titre de la convention de 1951 relative au statut des réfugiés et du droit européen » déclare Maria Nyman, Secrétaire générale Caritas Europa

Plus que jamais, l’Europe doit montrer qu’elle peut être une championne mondial de la solidarité, en accueillant les personnes en fuite, en respectant leurs droits et en leur donnant la possibilité de s’épanouir et de contribuer à leur nouvelle communauté. 

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