Crise de l’accueil : des solutions structurelles sont nécessaires, y compris pour les mineurs

Caritas International Belgique Crise de l’accueil : des solutions structurelles sont nécessaires, y compris pour les mineurs

Le modèle d’accueil belge est en pleine crise. À côté des solutions d’urgence, des mesures structurelles sont nécessaires pour en sortir. ©Viktor Toader/Vluchtelingenwerk Vlaanderen

Le modèle d’accueil belge est en pleine crise. À côté des solutions d’urgence, des mesures structurelles sont nécessaires pour en sortir. ©Viktor Toader/Vluchtelingenwerk Vlaanderen

07/11/2022

Depuis plus d’un an, le modèle belge d’accueil des personnes demandant une protection internationale dysfonctionne. La situation continue de se détériorer malgré les nombreuses condamnations dont Fedasil et l’État belge ont fait l’objet, les innombrables appels déposés par des personnes en quête de protection et les cris d’alarme lancés par le monde juridique et les organisations humanitaires. Une amélioration de la situation à court terme est peu probable. Caritas International et la société civile appellent le gouvernement non seulement à proposer des solutions d’urgence, mais aussi à prendre des mesures structurelles.

Ces derniers mois, il est devenu « normal » que des migrant-e-s passent la nuit dehors en l’absence de places d’accueil disponibles. Ce qui concernait au départ surtout des hommes célibataires, touche aujourd’hui aussi des familles avec enfants et des mineurs étrangers non accompagnés (MENA). Certain-e-s dorment dans des tentes en carton. Les structures formelles et informelles d’hébergement d’urgence à Bruxelles et dans les environs sont saturées. Les personnes actives dans les secteurs de l’asile et la migration se sentent engagées dans une guerre d’usure.

Trop souvent, le gouvernement est dans le ‘too little too late’. On court après les faits. Nous avons besoin d’actions concrètes et immédiates et d’une volonté politique claire pour élaborer des solutions à long terme.

Laurence Bruyneel, coordinatrice du service tutelle chez Caritas International

La « nouvelle normalité » ?

La société civile ne peut pas accepter que des adultes ou des mineurs soient contraints de vivre dans la rue par manque de possibilités d’hébergement. Cela ne doit en aucun cas devenir « la nouvelle norme ».

En octobre dernier, le gouvernement fédéral a décidé d’ouvrir de nouvelles structures d’accueil d’urgence à Jabbeke (Flandre orientale) et à Glons (Liège). Une mesure positive, mais qui sera longue à mettre en place, le temps de tout organiser et de trouver du personnel qualifié.

Laurence Bruyneel, de Caritas International : « Trop souvent, le gouvernement est dans le ‘too little too late’. On court après les faits. Nous avons besoin d’actions concrètes et immédiates et d’une volonté politique claire pour élaborer des solutions à long terme ».

Informer correctement les mineurs

Caritas International ne dispose actuellement pas des ressources nécessaires pour organiser elle-même un accueil d’urgence. Mais l’équipe de Caritas est active sur le terrain. « Nos collègues du projet Xtra MENA* suivent la situation de près », explique Laurence Bruyneel. « Chaque jour, nous sommes en contact avec une dizaine de mineurs à qui un accueil a été refusé. Nous essayons de les informer au mieux sur leurs droits et sur les raisons pour lesquelles leur âge a été mis en doute. Nous les orientons ensuite vers le Hub, où ils et elles peuvent obtenir une tente en carton pour passer la nuit ».

Feuille de route avec solutions

Caritas International est convaincue qu’à côté des mesures d’urgence, une approche structurelle est nécessaire pour sortir de cette crise de l’accueil et pour éviter que cette situation indigne ne se répète année après année. C’est dans cette optique que nous avons élaboré une feuille de route avec d’autres organisations de la société civile. Nous y proposons une série de solutions, que nous avons soumises au gouvernement pour qu’il s’en inspire. Cette feuille de route comprend entre autres des propositions concernant l’accueil des mineurs étrangers non accompagnés (MENA), à savoir :

  • désigner un-e tuteur/rice dès que possible, et dans les situations vulnérables qu’il/elle le soit immédiatement
  • réserver la possibilité d’émettre un doute sur l’âge uniquement au service des tutelles, dont un délégué doit être détaché auprès de l’Office des étrangers pour cette tâche spécifique. Actuellement, l’âge des jeunes est quasi systématiquement remis en question, même s’ils/elles ont moins de 15 ans
  • dissocier le droit à l’accueil de la réalisation d’un test pour déterminer l’âge. Toute personne introduisant une demande de protection internationale a droit à un accueil immédiat, quel que soit son âge
  • faciliter l’accès à la procédure d’accueil en utilisant des critères d’accès moins stricts


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Pour en savoir plus sur le projet Xtra MENA pour assistance aux jeunes migrant-e-s en transit, c’est par ici.

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