Règlement européen sur le retour : une politique plus sévère, mais à quel prix ?

Caritas International Belgique Règlement européen sur le retour : une politique plus sévère, mais à quel prix ?

© Caritas International

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25/03/2026

Le 9 mars 2026, la commission des libertés civiles (LIBE) du Parlement européen a adopté une nouvelle version du Règlement européen sur le retour. Ce texte pourrait transformer en profondeur la manière dont l’Union européenne organise le retour des personnes sans droit de séjour. Il prévoit notamment une détention pouvant aller jusqu’à 24 mois et n’exclut pas explicitement la détention d’enfants.

Pour Caritas International, une question centrale se pose : l’Europe peut-elle renforcer sa politique migratoire sans affaiblir les droits fondamentaux et la dignité humaine ?

Ce qui change dans la politique européenne de retour

Le texte adopté renforce une approche fondée sur le retour forcé.
Le retour volontaire, accompagné et soutenu dans la réintégration, devient secondaire.

Concrètement, le Règlement prévoit :

  • une extension importante des motifs de détention ;
  • une durée de détention pouvant aller jusqu’à 24 mois, avec possibilité de prolongation ;
  • la possibilité de transférer des personnes vers des « hubs de retour » situés hors de l’Union européenne ;
  • des recours plus limités, parfois sans effet suspensif automatique.

Ces mesures traduisent une volonté d’accroître l’efficacité des retours.
Mais l’efficacité ne peut être évaluée uniquement en chiffres.

La détention comme norme ?

Le texte élargit la définition du « risque de fuite » et de l’« obligation de coopération » . Cela pourrait conduire à une détention plus fréquente et plus longue. Or, les données disponibles montrent que la détention prolongée n’augmente pas les taux de retour et engendre des souffrances considérables.

Plus préoccupant encore : aucune disposition n’interdit explicitement la détention d’enfants. En Belgique, cette pratique a été interdite en 2024. L’Union européenne risque aujourd’hui d’aller dans la direction inverse. Pour Caritas Interntaional, la détention d’enfants ou de mineur·es non accompagné·es ne peut être une réponse acceptable.

Des « hubs de retour » hors UE : quelles garanties ?

Le Règlement permettrait d’organiser le retour via des structures situées en dehors du territoire européen. Ces « hubs » pourraient placer des personnes hors de portée effective d’une protection juridique et de la Cour européenne des droits de l’homme.

Dans le même temps, le texte ouvre la possibilité de coopérations avec des entités tierces dont le respect des droits humains est contesté.

La question est simple : qui garantit les droits des personnes transférées ? 

Un droit au recours affaibli

Le Règlement prévoit des délais de recours très courts et sans effet suspensif automatique. Il permet également, dans certains cas, de refuser l’assistance juridique gratuite. Cela fragilise l’accès à une protection judiciaire effective et affaiblit le principe fondamental de non-refoulement.

Réduire les délais de recours et limiter l’accès à l’assistance juridique fragilise concrètement la capacité des personnes à faire valoir leurs droits.

Emmanuelle Vinois, juriste, Caritas International

Le retour volontaire relégué au second plan

Le texte conditionne l’aide à la réintégration au degré de coopération avec les autorités.

Un défaut de coopération pourrait même entraîner une détention.

Or, notre expérience montre que le retour volontaire accompagné, préparé et soutenu offre davantage de perspectives durables.

Ce que nous constatons sur le terrain

Chaque jour, les équipes de Caritas accompagnent :

  • des personnes qui envisagent un retour volontaire ;
  • des personnes détenues en centres fermés ;
  • des personnes confrontées à des procédures complexes.

Nous constatons que les politiques exclusivement coercitives ne réduisent pas durablement les situations irrégulières.

Les données internationales montrent qu’un accompagnement communautaire indépendant des autorités de retour, combiné à l’accès aux besoins de base et à une procédure équitable, donne de meilleurs résultats.

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Sur le terrain, nous constatons que lorsqu’un retour est préparé, accompagné et soutenu, il est plus stable et plus durable que lorsqu’il est imposé.

Anne Dussart, Directrice Asile & Migration, Caritas International

Une politique claire, mais fondée sur la dignité

Caritas International appelle les décideurs européens et belges à défendre, dans les prochaines négociations :

  • l’interdiction de la détention d’enfants et de familles ;
  • des voies de recours effectives avec effet suspensif automatique ;
  • l’abandon des plateformes de retour échappant au contrôle de l’État de droit ;
  • un rôle central pour le retour volontaire accompagné.

L’Europe peut mener une politique migratoire claire. Mais la sévérité ne peut devenir la boussole si elle fait perdre de vue la dignité humaine.

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