Les droits fondamentaux ne sont pas une monnaie d’échange

Caritas International Belgique Les droits fondamentaux ne sont pas une monnaie d’échange
07/10/2026

Cinq Palestiniens sont en grève de la faim depuis plusieurs semaines. Ils demandent à la Belgique d’aider leurs proches, qui disposent d’un visa belge, à quitter Gaza. Épuisés et souffrant d’une grave carence en vitamines, ils poursuivent leur action depuis l’hôpital. Parallèlement, treize étudiants et chercheurs palestiniens bénéficiant d’une bourse ou d’une place dans des universités belges attendent une solution concrète leur permettant de commencer leur année académique ici. Leurs situations diffèrent, mais elles soulèvent la même question : que vaut un visa lorsqu’une personne reste bloquée derrière une frontière qu’elle ne peut pas franchir seule ?

Gaza n’est pas un contexte migratoire ordinaire

Cette question ne se pose en outre pas dans un contexte migratoire ordinaire. En septembre 2025, la commission d’enquête indépendante des Nations unies sur le territoire palestinien occupé et sur Israël a conclu qu’Israël était responsable d’un génocide contre la population palestinienne à Gaza. Cette conclusion suffit à montrer pourquoi la sortie de Gaza relève aussi d’un enjeu de protection, et pas seulement d’un dossier de « bonne gestion migratoire ».

Derrière les chiffres, des familles

Le 11 septembre, le ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot a soumis au gouvernement une proposition concernant les treize étudiant·es et chercheurs·euses, mais aussi une reprise progressive des évacuations et une contribution belge à une opération coordonnée par l’OMS pour des enfants malades. Aucun accord n’a été trouvé.

Quelques jours plus tard, la ministre de l’Asile et de la Migration Anneleen Van Bossuyt évoquait environ 1.800 personnes palestiniennes titulaires d’un visa belge toujours présents à Gaza.

Chez Caritas International, nous voyons l’impact dévastateur de ce non-droit sur les personnes qui résident dans nos structures d’accueil ou qui font appel à notre service social pour leurs démarches de regroupement familial.

Le regroupement familial est encadré par la loi et la vie familiale est protégée par le droit européen. Cela ne signifie pas que chaque visa crée automatiquement un droit à une évacuation organisée par la Belgique. Mais cela oblige à poser une question essentielle : quelle est la valeur d’un droit reconnu lorsqu’il reste impossible à exercer dans la pratique ?

Entre droit et responsabilité

La Cour de justice de l’Union européenne a jugé cette année que la directive sur le regroupement familial n’obligeait pas la Belgique à organiser elle-même le déplacement des personnes concernées.

Mais cela ne signifie pas que l’État n’a plus aucun rôle à jouer. Des juges belges ont déjà imposé, dans certaines affaires liées à Gaza, que l’État facilite des démarches ou vienne en aide à des personnes titulaires d’un visa.

La Belgique l’a d’ailleurs déjà fait en organisant l’évacuation de centaines de personnes depuis Gaza. D’autres pays européens ont également adapté certaines procédures, tout en maintenant les contrôles d’identité et de sécurité nécessaires.

Un droit doit être plus qu’un bout de papier

Caritas International Belgique Les droits fondamentaux ne sont pas une monnaie d’échange

Le cas des treize étudiant·es et chercheurs·euses mérite une solution. Mais leur diplôme ne rend pas leur situation plus valable que celle d’un enfant séparé de son père ou de sa mère.

Ils ne devraient pas non plus servir de monnaie d’échange dans d’autres négociations migratoires. Le débat sur les retours vers l’Afghanistan ou sur les centres de retour hors de l’Union européenne doit être mené pour ce qu’il est, sur la base de ses propres réalités juridiques et humaines.

Enfin, aider des personnes palestiniennes à quitter Gaza aujourd’hui ne signifie pas entériner leur départ définitif. Une évacuation humanitaire, familiale ou académique n’est pas un renoncement au droit au retour. Une personne peut avoir besoin de quitter Gaza pour être protégée, rejoindre sa famille ou étudier, tout en conservant ses droits et la possibilité de revenir lorsque les conditions le permettront.

Non pas parce que chaque visa créerait automatiquement un droit à l’évacuation. Mais parce qu’un droit qui reste durablement impossible à exercer finit par perdre sa substance.

Tom Devriendt est chargé de mission chez Caritas International Belgique, où il suit les thématiques de la migration, de la protection et des droits humains.

Cette tribune a été publiée précédemment dans Le Soir.

Actualités associées

Toutes les actualités