Réfugié·es ukrainien·nes en Belgique : leur avenir en salle d’attente

Caritas International Belgique Réfugié·es ukrainien·nes en Belgique : leur avenir en salle d’attente

© Caritas International

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28/10/2026

Depuis l’invasion russe de l’Ukraine, des milliers de personnes ukrainiennes ont reconstruit leur vie en Belgique. Pourtant, beaucoup manquent encore de la stabilité nécessaire pour envisager sereinement l’avenir. Après près de cinq ans de protection temporaire, ils et elles méritent de savoir à quoi s’en tenir.

“Nous avons toujours une valise prête près de la porte”, plaisantent Olga, Inna et Yevhennia entre elles. La remarque semble légère, mais elle en dit long. Le souvenir des bombardements et du départ précipité est toujours présent, tout comme la question de savoir si elles devront un jour repartir.

Yevhennia accompagne des personnes réfugiées d’Ukraine chez Caritas International. Peu après leur arrivée, les échanges portaient principalement sur des questions pratiques, comme le logement, l’école et le travail.Aujourd’hui, les conversations portent de plus en plus sur leur avenir.

Les gens veulent avancer et se projeter dans l’avenir. Mais c’est extrêmement difficile quand on ne sait pas de quoi demain sera fait.

Yevhennia

Mon enfant pourra-t-il grandir ici ?

En mars 2022, Inna a fui Kharkiv, lourdement bombardée, avec ses trois enfants. Depuis, ils ont progressivement reconstruit leur vie en Belgique. Inna y travaille, ses deux fils aînés vivent de manière indépendante et ont créé leur propre entreprise. Le plus jeune va à l’école, parle couramment français et se sent de plus en plus chez lui. Il ne garde que peu de souvenirs de Kharkiv.

Inna est fière du chemin parcouru par ses enfants. Elle souhaite qu’ils puissent continuer à s’épanouir ici. Pour cela, sa famille a avant tout besoin de stabilité.

Puis-je acheter une maison ?

Olga, originaire d’un village près de Kyiv, connaît bien cette incertitude.

Je suis ici maintenant et j’en suis heureuse. J’aimerais savoir à quoi m’en tenir. Acheter une maison. Les loyers sont tellement chers à Bruxelles. J’ai une trentaine d’années. Mais je ne peux pas vraiment m’enraciner. Je vis au jour le jour.

Olga

Où se situe mon avenir ?

Andrii a 22 ans et vient de Tchernihiv. Avant l’invasion, il étudiait à Kyiv. Lorsqu’il a fui en Belgique avec sa mère en 2022, il a terminé son bachelier à distance. Aujourd’hui, il poursuit ses études dans une université bruxelloise. Sa mère est retournée en Ukraine, mais lui construit sa propre vie ici, entouré d’un cercle d’amis proches.

Ce que je veux faire plus tard et l’endroit où je veux travailler, je verrai ça plus tard. D’abord, il faut réussir mes examens.

dit Andrii en riant.

Comment recommencer sa vie ?

Après avoir été détenu en Russie, Nikita est arrivé en Belgique en 2022 pour y recevoir des soins médicaux. Il a ainsi pu retrouver sa famille. Après l’invasion russe, sa femme Nadiia avait fui avec leur aîné. Au début de cette année, ils ont eu leur deuxième enfant en Belgique. Ensemble, ils prennent un nouveau départ.
Nikita apprend le français et a suivi une reconversion professionnelle. Nadiia et lui font tout leur possible pour offrir à leurs enfants un bon départ dans la vie. Trouver un emploi stable est l’une de leurs principales préoccupations.

Notre maison a été détruite, nous n’avons plus rien où retourner.

Nikita

Une solution d’urgence qui dure depuis près de cinq ans

En mars 2022, l’Union européenne a activé pour la première fois la directive relative à la protection temporaire. Les personnes ayant fui l’Ukraine ont ainsi rapidement obtenu un droit de séjour et un accès au travail, à l’éducation, aux soins médicaux et à l’aide sociale.

Depuis, ce dispositif a été prolongé à plusieurs reprises. En juillet 2026, à peine quelques mois avant l’échéance, l’UE a décidé de prolonger à nouveau la protection jusqu’au 4 mars 2028.

Cette décision accorde davantage de temps aux personnes concernées, mais ne leur apporte pas de certitude. La protection temporaire était conçue comme une solution d’urgence, et non comme un régime dans le cadre duquel des personnes devraient vivre pendant des années sans savoir ce qui les attend ensuite.

Les conditions évoluent également. Depuis août 2026, de nouvelles règles concernant les obligations militaires s’appliquent aux nouvelles demandes. Les personnes qui bénéficiaient déjà de la protection et la conservent sans interruption dans le même pays de l’UE ne sont pas concernées par ces règles. Cela montre néanmoins à quelle vitesse les règles du jeu peuvent changer.

Dès 2025, l’UE avait appelé les États membres à préparer des solutions alternatives à la protection temporaire. Sans plan clair, les personnes concernées risquent de se retrouver sans perspective au dernier moment.

Et la Belgique ?

La Belgique ne dispose pas d’un régime transitoire spécifique. Les personnes concernées doivent donc s’appuyer sur les procédures existantes, par exemple par le biais du travail, des études ou du regroupement familial. Ces voies ne sont pas accessibles à tout le monde. Les procédures peuvent être longues et avoir des conséquences sur les droits et les aides dont les personnes bénéficient.

La procédure d’asile ne permet pas non plus de clarifier leur situation. Dans la pratique, la Belgique n’examine pas Les demandes d’asile des personnes ukrainiennes bénéficiant de la protection temporaire. En octobre 2026, la Cour de justice de l’Union européenne a jugé que cette pratique ne pouvait pas être appliquée systématiquement. L’arrêt concernait les Pays-Bas, mais il est également important pour la Belgique.

Les personnes qui résident légalement et sans interruption en Belgique depuis cinq ans peuvent, sous certaines conditions, demander le statut de résident de longue durée. Toutefois, tant qu’elles bénéficient de la protection temporaire, elles sont exclues de ce régime européen. Les années passées en Belgique ne leur donnent donc pas automatiquement droit à un séjour durable.

Rester ou rentrer doit être un choix libre

Inna, Olga, Andrii, Nadiia et Nikita montrent toute la force dont les personnes peuvent faire preuve pour reconstruire leur vie. Leurs aspirations pour l’avenir diffèrent. Certaines souhaitent rester en Belgique, d’autres espèrent rentrer en Ukraine dès que la situation le permettra en toute sécurité. D’autres encore hésitent. Après près de cinq ans, l’accueil temporaire ne suffit plus à offrir des perspectives d’avenir. Les personnes qui ont commencé à s’enraciner ici méritent de savoir si elles pourront continuer à y construire leur avenir.

Quelles solutions pour sortir de l'impasse?

  • Des voies claires et accessibles vers un séjour durable.
  • Une évaluation individuelle et une sécurité juridique. Tout le monde ne souhaite pas rester, et tout le monde ne peut pas ou ne veut pas rentrer. Ce choix doit être volontaire et reposer sur les circonstances personnelles ainsi que sur une évaluation réaliste de la sécurité dans le pays d’origine.
  • La continuité des droits. Le passage à un autre statut de séjour ne doit pas priver les personnes de leurs revenus, de leur accès au travail ou de la protection sociale dont elles ont besoin.
  • Une approche européenne coordonnée. Des principes communs, des informations claires et des procédures cohérentes doivent éviter que les personnes ne devraient pas avoir des perspectives d’avenir très différentes selon le pays dans lequel elles résident.
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(c) Caritas International

Point d’information Ukraine : un accompagnement qui se poursuit depuis 2022

Depuis mars 2022, l’équipe juridique et sociale de Caritas International répondent aux questions des personnes ukrainiennes contraintes de fuir leur pays et arrivées en Belgique. Certaines personnes arrivées en 2022 continuent de les contacter aujourd’hui. Dans le même temps, l’équipe continue de répondre à de nouvelles questions et de faire face à de nouveaux défis. Le besoin d’informations claires et d’un accompagnement personnalisé n’a donc pas disparu : il a évolué avec la situation.

Des questions ou besoin d’aide ? Le Point d’information Ukraine est joignable gratuitement au 0800 2 41 41 ou via WhatsApp au +32 476 34 07 58. L’équipe répond aux questions en français, en anglais, en ukrainien et en russe.

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