À Bomal, des jeunes en exil retrouvent leur place d’adolescent

Caritas International Belgique À Bomal, des jeunes en exil retrouvent leur place d’adolescent

© Caritas International

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31/07/2026

Le temps de quatre jours, des jeunes accompagnés par les projets Youth in Transit de Caritas International à Bruxelles et à Liège ont quitté leur quotidien pour participer à un camp à Bomal. Derrière les activités, les baignades et les moments de détente se joue un enjeu essentiel : permettre à des jeunes arrivés seuls en Belgique de faire une pause, de créer des liens et de faire entendre leur voix.

Dans le jardin qui borde la forêt, un ballon passe d’un groupe à l’autre. Plus loin, des jeunes improvisent une bataille de pistolets à eau. D’autres dansent, tournent des vidéos ou discutent avec les membres de l’équipe éducative.

À Bomal, les groupes Youth in Transit de Bruxelles et de Liège se sont retrouvés pour un camp estival. Au programme : kayak, baignade, barbecue, football, volley-ball et activités collectives. Des moments simples, semblables à ceux que vivent beaucoup d’autres jeunes pendant les vacances. Mais pour les personnes présentes au camp, cette simplicité a une importance particulière.

Les jeunes accompagnés par Youth in Transit sont arrivés seuls en Belgique, sans leurs parents ni représentant légal. Après avoir obtenu un titre de séjour ou atteint une nouvelle étape dans leur procédure, ils quittent progressivement les structures collectives pour vivre dans des logements plus autonomes. À Liège comme à Bruxelles, Caritas leur propose un hébergement de transition et un accompagnement personnalisé.

Cette transition leur demande d’apprendre rapidement à gérer leur logement, leur budget, leur scolarité, leurs rendez-vous et leurs démarches administratives. Beaucoup pensent aussi à leur famille restée dans leur pays d’origine, à une procédure de regroupement familial ou à la nécessité de gagner rapidement de l’argent.

L’autonomie est une étape essentielle de leur parcours. Mais elle peut aussi peser lourd sur des épaules encore adolescentes.

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Comme le souligne Samir Saibi, éducateur chez Caritas International depuis 2015, le camp offre aux jeunes « une opportunité de reprendre leur place d’ado, de jeune, et de se sentir appartenir à un groupe ». Pendant quelques jours, ils peuvent laisser de côté une partie des responsabilités de leur vie quotidienne et simplement souffler.

Le droit de souffler

Le repos, le jeu et les loisirs ne sont pas secondaires dans le développement des jeunes : ils font partie des droits reconnus par la Convention internationale relative aux droits de l’enfant. Pour des jeunes marqués par l’exil, l’éloignement familial et l’incertitude, ces moments collectifs peuvent aussi renforcer le sentiment de sécurité, les liens sociaux et la confiance en soi.

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À Bomal, certains moments étaient organisés avec un objectif éducatif précis. Les jeunes ont participé à des activités de collaboration et d’entraide, avec une part de défi et de compétition. Il s’agissait de se dépasser, mais aussi de découvrir d’autres capacités et de trouver sa place au sein du groupe. D’autres moments étaient laissés entièrement libres. Cette alternance est importante. Elle évite de transformer chaque instant en apprentissage obligatoire. Les jeunes peuvent participer, proposer une activité ou simplement profiter du temps présent. La détente n’est pas une récompense accordée après l’autonomie : elle fait partie des conditions qui permettent de la construire.

Mohabbat, 18 ans, est arrivé d’Afghanistan en 2021. Il résume le camp avec des mots directs : « On est en vacances. On fait beaucoup d’activités, on profite bien. » Il évoque aussi les membres de l’équipe qui l’accompagnent depuis son arrivée : « Ils m’ont beaucoup aidé. »

Son témoignage rappelle une réalité parfois oubliée dans les discours sur la migration : les jeunes en exil ne se résument ni à leur parcours administratif ni aux difficultés qu’ils ont traversées. Ils ont aussi des goûts, de l’humour, des amitiés, des projets et le désir de vivre pleinement leur jeunesse.

L’autonomie ne se construit pas seul

Youth in Transit accompagne des mineur·es non accompagné·es âgé·es d’environ 15 à 18 ans dans leur transition vers une vie plus autonome. Déployé à Bruxelles, à Liège et à Malines, le projet propose, selon les implantations, des studios individuels ou des logements semi-collectifs. Les équipes accompagnent les jeunes dans leur scolarité, la gestion du quotidien, leurs démarches administratives, l’accès au logement et la création d’un réseau.

L’objectif n’est pas de faire à leur place, mais de leur donner les compétences et la confiance nécessaires pour avancer progressivement vers l’autonomie.

Être autonome ne signifie pourtant pas devoir tout affronter seul. Un jeune qui sait vers qui se tourner lorsqu’il rencontre une difficulté dispose de davantage de ressources pour agir par lui-même. Le camp contribue à construire cette relation de confiance dans un cadre différent du quotidien.

Pendant l’année, les échanges avec les équipes sont souvent rythmés par les rendez-vous ou les démarches administratives. À Bomal, jeunes et membres du personnel cuisinent, jouent et partagent les mêmes activités. Ces moments renforcent les liens et facilitent ensuite l’accompagnement.

Après plus de huit ans de participation à ces camps, Samir observe le même phénomène : « Même après le premier jour, on voit déjà le changement d’attitude chez les collègues et chez les jeunes. » Quelques jours suffisent parfois à repartir sur de nouvelles bases.

Du terrain au plaidoyer : faire entendre l’expérience des jeunes

Le camp a également accueilli une activité organisée dans le cadre du projet européen POWER2UAMs, en collaboration avec NADOE et l’équipe de plaidoyer de Caritas International.

Le projet vise à améliorer l’accès des mineur·es non accompagné·es aux services essentiels, notamment l’éducation, le logement, la santé et la protection, tout en leur donnant davantage de place dans les décisions qui les concernent.

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La discussion a commencé par un dessin. © Caritas International
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À Bomal, cette démarche a pris la forme d’un atelier participatif. Les jeunes ont d’abord dessiné un labyrinthe représentant les obstacles rencontrés dans leur parcours : informations difficiles à trouver, démarches complexes, renvois d’un service à l’autre ou absence d’interlocuteur clairement identifié.

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Le soir, ce dessin est devenu un labyrinthe grandeur nature construit collectivement. L’activité a permis aux jeunes de partager leurs expériences autrement, de confronter leurs points de vue et d’imaginer ensemble des pistes de solution.

Le labyrinthe offre une autre porte d’entrée. Il permet de partir d’une expérience concrète, sans exiger immédiatement un récit personnel ou une prise de parole institutionnelle. Les jeunes peuvent montrer où se trouvent les obstacles, confronter leurs expériences et imaginer des issues.

POWER2UAMs cherche à transformer ces constats en solutions concrètes : groupes de travail locaux, outils pour les professionnel·les, formations, recommandations et actions de plaidoyer aux niveaux local et européen.

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