Menstruations : quand le budget impose des choix

Caritas International Belgique Menstruations : quand le budget impose des choix

© Caritas International

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28/10/2026

Quand elles ont leurs règles, comment se débrouillent les femmes qui vivent dans des conditions difficiles ? « Nous ne le savons pas », reconnaît Alice Bion, accompagnatrice sociale chez Caritas International. « Ce sujet reste un grand tabou. Mais ce qui est sûr, c’est que toutes ces femmes doivent acheter des serviettes menstruelles ou des tampons, et qu’elles n’en ont pas toujours les moyens. » C’est pourquoi Caritas International s’associe à BruZelle, une organisation qui lutte contre la précarité menstruelle partout en Belgique.

Alice a dégagé de la place dans le coffre de la voiture Caritas. Deux grandes caisses à bananes doivent bientôt y prendre place. Elles contiennent 50 pochettes colorées en tissu, confectionnées à la main, avec pas moins de 1.000 serviettes menstruelles. Alice est venue les chercher chez BruZelle, une organisation qui lutte contre la précarité menstruelle.

« La précarité menstruelle, c’est le fait d’avoir peu ou pas accès aux serviettes menstruelles, aux tampons ou à d’autres produits menstruels  », explique Veronica Martinez, directrice de BruZelle. « C’est aussi devoir choisir : est-ce que j’achète des protections menstruelles ou quelque chose d’autre dont j’ai vraiment besoin ? » Mais le manque de connaissances sur les menstruations constitue aussi une forme de précarité menstruelle, ajoute Veronica. « Tout comme le manque de toilettes ou d’espaces sanitaires propres, adaptés et sûrs. » 

Métro bruxellois

L’idée de BruZelle est née d’une rencontre dans le métro bruxellois, il y a une dizaine d’années : une femme sans chez-soi a demandé un tampon à Veronica. Cette demande l’a profondément marquée. « Je n’avais jamais réalisé que, pour les personnes vivant dans des conditions difficiles, l’accès aux produits menstruels n’allait pas de soi », raconte-t-elle. « Cela a été un choc pour moi. »

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Les pochettes confectionnées par BruZelle contiennent des produits menstruels destinés aux personnes qui en ont besoin. © Caritas International

Depuis 2016, BruZelle s’appuie sur une solide équipe de collaborateur·rices, de bénévoles et de partenaires en Flandre et en Wallonie. Depuis Bruxelles et à travers ses antennes régionales, l’organisation collecte et distribue gratuitement des produits menstruels. Elle mène aussi des actions d’information et de sensibilisation. « Nous organisons des ateliers sur les menstruations pour les jeunes, les accompagnateur·rices sociaux·les et les adultes qui nous contactent », explique Veronica. « Nous mettons en place des points de collecte et distribuons des pochettes aux personnes menstruées qui en ont besoin. Nous jouons également un rôle de conseil pour des écoles, des clubs sportifs, des mouvements de jeunesse ou encore des services RH en entreprise. » 

Kit de bienvenue

Les caisses de bananes sont maintenant bien remplies et Alice reprend la route vers le siège de Caritas International, rue de la Charité, au cœur de Bruxelles.

Les pochettes seront réparties entre les services de Caritas qui sont en contact direct avec des femmes et des filles vivant dans des conditions difficiles. C’est notamment le cas du service social de première ligne, auquel les personnes peuvent s’adresser pour toutes sortes de questions pratiques ou sociales. Le service TVU/YIT recevra lui aussi son lot de pochettes colorées. TVU accompagne des adultes et des familles qui se trouvent dans une situation sociale et/ou médicale difficile. YIT s’adresse quant à lui aux mineur·es non accompagné·es âgé·es de 15 à 18 ans.

Un coût considérable

D’où vient cette idée de distribuer des serviettes menstruelles aux filles et aux femmes accompagnées par Caritas ? « Elle nous est venue un peu par hasard », raconte Alice. « Lors d’une visite chez nos collègues de YIT/TVU à Liège, j’ai vu que des serviettes et tampons étaient mis à disposition dans les espaces communs. Cela m’a fait réfléchir. Les jeunes qui arrivent chez nous reçoivent un kit de bienvenue comprenant notamment des informations sur la santé sexuelle via zanzu.be, ainsi qu’un préservatif. Mais pas de produits menstruels. Pourtant, ces produits sont tout aussi indispensables et représentent une dépense non négligeable pour les personnes que nous accompagnons. »

Un tabou persistant

Étonnamment, Alice et ses collègues n’ont encore jamais reçu de demande à ce sujet de la part des femmes qu’elles accompagnent. « Les menstruations restent un sujet tabou », constate-t-elle. « Pourtant, notre équipe est entièrement composée de femmes. Nous savons donc très bien à quel point il peut être problématique de ne pas avoir accès à des produits menstruels. Mais nous ne savons pas comment les filles et les femmes que nous accompagnons font lorsqu’elles ont leurs règles. »

Le besoin a beau être invisible, ses conséquences sont bien réelles. « C’est pourquoi nous mettons ces produits gratuitement à disposition », précise Alice. « Nous espérons ainsi contribuer à lever un peu le tabou autour de la question. Pour les personnes que nous accompagnons, mais aussi au sein de nos propres équipes, pour qui aborder le sujet n’est pas toujours facile. Le but n’est pas de mettre les gens mal à l’aise ni de paraître intrusives. »

Entre normes culturelles et inégalités de genre

Pourquoi les menstruations constituent-elles un tel tabou ? « C’est dû à plusieurs facteurs », estime Alice. « La culture, par exemple. Dans certaines familles, communautés ou certains pays, les menstruations sont un sujet sensible. Dans notre société aussi, c’est rare de parler ouvertement des règles. C’est également lié aux inégalités entre les femmes et les hommes : les réalités vécues principalement par les femmes sont plus rapidement reléguées à la sphère privée. Les menstruations semblent dès lors relever de quelque chose de “personnel”, alors qu’elles touchent à bien plus que cela. »

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La précarité menstruelle, c’est devoir choisir : “Est-ce que j’achète des serviettes menstruelles ou quelque chose d’autre dont j’ai vraiment besoin ?”

Veronica Martinez, directrice de BruZelle

Dix euros par mois 

Au budget, par exemple. « Les produits menstruels coûtent environ dix euros par mois. Pour une personne disposant d’un petit budget, c’est beaucoup. Caritas accompagne de nombreuses mères avec enfants. Les serviettes menstruelles ne rentrent pas toujours dans leur budget. Et elles ne constituent souvent pas leur première priorité. Le lait pour bébé, les langes et la nourriture passent avant. »

Mais les menstruations sont aussi une question de santé et de bien-être, conclut Alice. « Les femmes qui n’ont pas de serviettes ou de tampons doivent improviser avec du papier toilette, du papier journal ou d’autres matériaux. Ce n’est ni sain ni acceptable. Toutes les filles et toutes les femmes doivent avoir accès à des produits menstruels, qu’elles aient ou non les moyens de les acheter. » 

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