Grève de la faim de personnes sans papiers : comment en est-on arrivé là ?

Caritas International Belgique Grève de la faim de personnes sans papiers : comment en est-on arrivé là ?

© Fabienne Pennewaert - Des femmes font la grève de la faim dans l'église du Béguinage à Bruxelles. Depuis le 23 mai, ils et elles sont plus de 400 personnes à avoir arrêté de se nourrir.

© Fabienne Pennewaert - Des femmes font la grève de la faim dans l'église du Béguinage à Bruxelles. Depuis le 23 mai, ils et elles sont plus de 400 personnes à avoir arrêté de se nourrir.

06/07/2021

Depuis le 23 mai, plus de 400 personnes sans papiers ont entamé une grève de la faim. Après de nombreux appels à la régularisation de leur séjour restés sans suite, ces personnes, qui vivent parfois depuis des années en Belgique, posent cet acte de dernier espoir. Après près d’un mois et demi sans manger, leur situation physique et psychologique s’est terriblement dégradée. Qui sont-elles ? Comment en est-on arrivé là ? Que peut-on faire ? Décryptage.

Qui sont les personnes qui vivent sans papiers en Belgique ?

On estime que 100.000 à 150.000 personnes vivent « sans papiers » en Belgique. Sans titre de séjour, ces hommes, femmes et enfants n’ont pas d’existence légale et sont donc privés de la majorité de leurs droits fondamentaux et particulièrement vulnérables. Sans pouvoir travailler légalement, ils et elles risquent d’être victimes d’exploitation. Ces personnes ne peuvent pas non plus bénéficier d’aides sociales ni de mutuelle et, du fait de leur situation, se retrouvent souvent contraintes à vivre dans des logements insalubres et précaires, à la merci des marchands de sommeil. Pourtant, elles vivent souvent en Belgique depuis de nombreuses années – 5, 10, 15, 20 ans – et la plupart d’entre elles travaillent. Leurs enfants vont à l’école avec vos enfants jusqu’à leurs 18 ans… Après, ils n’ont plus le droit d’étudier ou de se former. Sans papiers, ils doivent vivre cachés dans la peur d’être contrôlés par la police et envoyés en centre fermé puis expulsés.

Comment devient-on « sans-papiers » ?

De multiples parcours de vie se cachent derrière cette appellation. Il peut s’agir de personnes qui sont arrivées en Belgique sans les documents nécessaires ou qui avaient un titre de séjour mais se le sont vu retirer et n’ont pas pu ou, vu les circonstances, pas voulu rentrer dans leur pays d’origine. Il peut par exemple s’agir d’un couple qui a fui son pays, a demandé l’asile mais n’a pas reçu la protection internationale… Ou encore d’une femme qui est venue en Belgique via le regroupement familial et qui quitte son mari violent, sans savoir qu’elle perdra son titre de séjour si elle ne dispose pas de revenus suffisants… Enfin, les enfants de parents sans papiers naitront aussi sans papiers, même s’ils sont nés sur le sol belge.

>>LIRE AUSSI : Sans-papiers en Belgique : causes et conséquences [Long Read]

Une grève de la faim comme appel ultime

Depuis fin janvier, des centaines de personnes sans papiers se sont réunies à Bruxelles, dans des bâtiments de l’ULB et de la VUB et à l’église du Béguinage, pour faire entendre leur appel. Leur demande auprès de l’État est de voir leur séjour régularisé. Après de nombreuses manifestations, rassemblements et interpellations auprès de responsables politiques, sans solutions concrètes, plus de 400 d’entre elles ont entamé une grève de la faim.

Aujourd’hui : une urgence humanitaire et politique

Après près d’un mois et demi sans manger, l’état de santé des grévistes se détériore de jour en jour. Chaque jour, des personnes sont hospitalisées et plusieurs ont tenté de mettre fin à leur jour. Leur détresse doit être entendue. Elle appelle d’urgence à consacrer un véritable dialogue et une solution politique humaine qui permette à tous et à toutes de vivre dans la dignité.

Et demain : une procédure et des critères clairs et transparents

Caritas accompagne chaque jour des personnes sans titre de séjour. Actuellement, une personne qui veut faire une demande de régularisation doit payer 366 euros et introduire un dossier reprenant tous les éléments qu’elle estime elle-même pertinents pour obtenir un titre de séjour en Belgique… L’Office des étrangers examinera sa demande à sa discrétion, c’est-à-dire que les critères sur lesquels il base sa décision ne sont pas publics. Après un an, voire plus – il n’existe pas de limite légale – la personne recevra une réponse, dont l‘issue est incertaine. Caritas appelle à des critères clairs et transparents (liés notamment à la durée du séjour ou de la procédure d’asile, à l’ancrage local, à la situation professionnelle, à l’apatridie ou au risque d’atteinte aux droits humains) et à une procédure accessible et transparente, qui permette à chacun-e d’obtenir l’examen objectif de sa demande de régularisation dans des délais raisonnables.

>> LIRE AUSSI : « Démystifier la régularisation des sans-papiers » – Caritas Europe (en anglais)

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