Protéger l’action humanitaire, c’est protéger la possibilité même d’aider

Caritas International Belgique Protéger l’action humanitaire, c’est protéger la possibilité même d’aider

© Caritas Syria

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19/08/2026

Alors que près de 240 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire urgente en 2026, la possibilité même de leur porter secours dépend de trois conditions : la protection des populations civiles et des équipes humanitaires, l’établissement des responsabilités lorsque le droit international humanitaire est violé et le transfert d’un réel pouvoir de décision aux organisations locales. Trois exigences indissociables pour préserver la capacité d’agir.

Une action humanitaire sous pression

Selon les Nations unies, 82 humanitaires ont déjà été tué·es, 97 blessé·es et 39 enlevé·es depuis le début de l’année 2026. Plus de 1 000 ont été tué·es au cours des trois dernières années. Dans le même temps, les besoins augmentent : quelque 239 millions de personnes nécessitent cette année une assistance urgente.

Derrière ces chiffres, la capacité même de porter secours recule. Lorsqu’un centre de santé ferme, qu’un convoi est bloqué ou qu’une équipe doit évacuer, des consultations, des distributions alimentaires ou l’accès aux services de protection s’interrompent. Protéger les humanitaires, c’est donc surtout protéger les populations civiles qui comptent sur leur action.

La Journée mondiale de l’aide humanitaire, organisée chaque 19 août, ne peut dès lors se limiter à un hommage. Pour que l’action humanitaire reste possible, trois conditions indissociables doivent être réunies :

  • les parties au conflit doivent protéger les populations civiles et les équipes humanitaires, et garantir l’accès aux secours ;
  • les autorités et les mécanismes compétents doivent enquêter sur les violations présumées et établir les responsabilités ;
  • les organisations locales doivent disposer d’une place réelle dans les décisions stratégiques et d’un accès direct aux financements.

1. Le droit international humanitaire protège les personnes civiles et la possibilité de leur porter secours

Le droit international humanitaire protège d’abord les personnes civiles. Il impose aux parties au conflit de distinguer les populations civiles des objectifs militaires, de prendre toutes les précautions possibles pour épargner les personnes et les infrastructures civiles, et de respecter les personnes blessées, les malades ainsi que le personnel et les structures médicales.

La responsabilité première de répondre aux besoins essentiels de la population revient aux parties au conflit. Les organisations humanitaires impartiales ont toutefois le droit d’offrir leurs services lorsque ces besoins ne sont pas couverts. Leur intervention reste soumise au consentement des parties concernées. Celui-ci ne peut cependant pas être refusé arbitrairement lorsque la population manque de biens essentiels et que l’aide proposée est exclusivement humanitaire et impartiale.

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© Caritas Jerusalem

Une fois cette action acceptée, les parties au conflit doivent garantir le passage rapide et sans entrave des secours destinés aux populations qui en ont besoin. Une attaque contre une clinique ne met donc pas seulement son personnel en danger : elle prive une population de soins. Un convoi bloqué peut transformer une pénurie en catastrophe. La protection des populations civiles, la sécurité des équipes et l’accès humanitaire sont indissociables.

À Gaza, plus de 125 membres du personnel de Caritas Jérusalem ont poursuivi leur mission au milieu des bombardements, de la faim et des déplacements. Deux collègues ont été tués lors de frappes israéliennes. L’église de la Sainte-Famille, où des membres de Caritas et leurs proches avaient trouvé refuge et où étaient organisées des distributions, a elle aussi été bombardée.

Rien que pour le premier semestre 2026, ces équipes ont néanmoins assuré plus de 22 000 consultations médicales, soutenu financièrement des centaines de ménages, équipé des personnes amputées de prothèses et poursuivi l’accompagnement psychosocial de centaines d’enfants et de parents. Ces résultats ne doivent pas héroïser le travail sous le feu. Ils montrent ce que les populations risquent de perdre chaque fois qu’une activité doit être suspendue.

2. Sans responsabilité, les règles perdent leur force

Le droit ne protège réellement que si les violations présumées font l’objet d’un suivi et si les responsabilités peuvent être établies. La lutte contre l’impunité ne se limite pas aux attaques contre les humanitaires : elle concerne également les violations graves commises contre les populations civiles, les personnes blessées ou détenues, les structures médicales, les biens indispensables à la survie et les opérations de secours. L’établissement des faits ne relève des autorités et des mécanismes disposant du mandat nécessaire pour mener des enquêtes indépendantes et effectives et, lorsque les éléments le justifient, engager des poursuites.

Le silence ou la complicité des États tiers pèse tout autant : sans enquête ni responsabilité établie, l’impunité favorise la répétition des violences.

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© Colin Delfosse

La crise des Mobondo, à l’ouest de la RD Congo, l’illustre. Caritas International, IPIS et la CDJP Kinshasa y documentent un conflit ayant fait plus de 5 000 personnes tuées et 280 000 encore déplacées, sans réelle reddition de comptes, dans un contexte marqué par l’absence de l’autorité et l’échec de médiations.

Caritas International et ses partenaires à sortir ce conflit de l’invisibilité en le documentant systématiquement, et à confier à un organe réellement indépendant le soin d’établir les responsabilités à tous les niveaux — condition sans laquelle l’impunité continuera d’alimenter le cycle de violence. ue fois qu’une activité doit être suspendue.

3. Localiser l’aide : transférer le pouvoir, pas seulement les tâches

Les organisations locales sont souvent les premières à répondre et celles qui restent présentes dans la durée. Elles connaissent les langues, les réseaux, les routes et les réalités des communautés affectées. Pourtant, leur responsabilité opérationnelle ne s’accompagne pas toujours d’un pouvoir équivalent sur les priorités et les budgets.

Le Grand Bargain conclu en 2016 avait fixé un objectif : acheminer au moins 25 % des financements humanitaires vers les acteurs nationaux et locaux, aussi directement que possible. Dix ans plus tard, l’objectif reste loin d’être atteint. Selon une étude publiée par ODI Global en mai 2026, moins de 10 % des financements humanitaires internationaux sont parvenus aux organisations locales et nationales en 2024, directement ou indirectement. La part reçue directement ne représentait que 3,8 %.

Localiser l’aide suppose pourtant bien davantage que de confier à une organisation locale l’exécution d’un projet conçu ailleurs. Elle doit participer à l’analyse du contexte et des besoins, aux décisions stratégiques et à la conception opérationnelle, tout en accédant à des ressources flexibles qui couvrent aussi ses coûts de fonctionnement.

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© OCADES Caritas Burkina

Au Burkina Faso, OCADES Caritas Burkina montre ce que cet ancrage permet. Son secrétariat général et ses 15 structures diocésaines couvrent l’ensemble du territoire, jusque dans des zones parfois délaissées en raison de l’insécurité. Dans un pays marqué par les déplacements forcés et où le plan de réponse humanitaire 2025 n’était financé qu’à 33,1 %, ce maillage permet d’identifier rapidement les besoins et de relier aide immédiate, protection, cohésion sociale et résilience.

La stratégie 2025-2036 de Caritas International s’inscrit dans cette logique. À travers ses représentations et antennes en RD Congo, au Burundi, au Niger et en Ouganda, sa présence en Éthiopie et ses partenariats au Burkina Faso et en Palestine, Caritas International travaille directement aux côtés de ses partenaires.

Ses représentations et antennes sont appelées à évoluer progressivement vers des pôles de connaissances qui codéveloppent l’expertise et soutiennent les partenaires. L’objectif est clair : renforcer leur leadership, leurs capacités organisationnelles et leur accès direct aux financements. Cette évolution traduit le principe de subsidiarité du réseau Caritas : les décisions doivent être prises au niveau le plus proche possible des personnes concernées et de leurs réalités.

Trois exigences qui se renforcent mutuellement

Protection, responsabilité et localisation sont indissociables. Donner davantage de pouvoir aux organisations locales sans garantir leur sécurité reviendrait surtout à leur transférer les risques. Protéger les équipes sans donner de suite aux violations laisserait les mêmes violences se répéter. Et reconnaître le rôle central des organisations locales sans leur donner un accès direct à des financements flexibles maintiendrait les déséquilibres existants.

Protéger l’action humanitaire, c’est créer les conditions qui permettent à une aide impartiale et indépendante d’atteindre les populations, aujourd’hui comme demain.

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