Ouest de la RD Congo : après l’urgence, construire une paix durable

Caritas International Belgique Ouest de la RD Congo : après l’urgence, construire une paix durable

© Colin Delfosse

© Colin Delfosse

27/10/2026

Il y a près d’un an, Caritas International lançait avec Justice & Paix Belgique la campagne « Le poids du silence » pour attirer l’attention sur une crise largement invisbilisée dans l’Ouest de la République démocratique du Congo. Aujourd’hui, les violences ont diminué dans certaines zones. Mais derrière cette accalmie, des centaines de milliers de personnes restent déplacées, des villages peinent à se relever et les causes profondes du conflit sont loin d’avoir disparu. Une nouvelle étape s’ouvre : celle de la reconstruction et d’une paix durable.

Une crise qui dure depuis plus de quatre ans

La crise dite des « Mobondo » a éclaté en juin 2022 dans le territoire de Kwamouth, dans la province du Maï-Ndombe, avant de s’étendre vers Maluku, aux portes de Kinshasa, ainsi que dans plusieurs territoires du Kwango et du Kwilu.

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© Colin Delfosse

À l’origine, des tensions autour de l’accès aux terres et des redevances coutumières. Mais le conflit a rapidement pris une ampleur beaucoup plus large, alimenté par des divisions communautaires, l’affaiblissement des autorités locales, la pauvreté et le manque de perspectives économiques. Villages incendiés, déplacements de population, violences contre les civils et destruction des services de base ont profondément bouleversé la région.

En novembre 2025, Caritas International, Justice & Paix et leurs partenaires lançaient « Le poids du silence ». À travers un rapport d’enquête et les photographies de Colin Delfosse, la campagne voulait mettre des visages et des histoires sur une crise alors presque absente des médias et des agendas politiques.

Un an plus tard, le silence reste dangereux. Mais la situation a évolué.

Une accalmie, mais pas encore la paix

En octobre 2026, les affrontements ont diminué dans certaines zones. Les opérations de sécurisation, les démarches de reddition de combattants et les initiatives locales de paix ont contribué à cette évolution.

Cette amélioration reste pourtant très fragile.

Des groupes armés résiduels sont toujours actifs. Des personnes civiles continuent d’être victimes de violences, d’extorsions ou d’enlèvements. En août 2026, 27 incidents sécuritaires ont encore été rapportés à Kwamouth et Maluku, faisant notamment six morts. En septembre, 24 nouveaux incidents ont été recensés.

Dans certaines localités, des rapports de force nés pendant le conflit se sont aussi installés dans la durée. Des maisons et des terres restent occupées, tandis que des personnes exercent une autorité de fait en dehors des structures reconnues. Pour certaines familles déplacées, rentrer chez elles reste dès lors impossible ou trop dangereux.

Moins de combats ne signifie donc pas encore un retour à la normale.

Des centaines de milliers de personnes toujours affectées

Plus de quatre ans après le début de la crise, les besoins humanitaires restent considérables.

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Au total, la crise a entraîné le déplacement d’environ 528.000 personnes. Certaines commencent à rentrer : quelque 96.000 retours avaient déjà été estimés entre octobre 2025 et février 2026. Mais toutes les familles ne peuvent ou ne souhaitent pas revenir. La peur de nouvelles violences, la destruction des maisons, l’absence de services de base et les traumatismes vécus constituent autant d’obstacles.

Dans de nombreuses zones, écoles et centres de santé ont été détruits ou pillés et le personnel a fui.

Le long d’un tronçon de 125 kilomètres de la RN17 entre Mongata et Masia-Mbio, seules trois structures sanitaires fonctionnent encore de manière très limitée. Dans certaines zones scolaires de Kwamouth et Maluku, trois écoles sur quatre attendent toujours l’affectation du personnel nécessaire à leur fonctionnement.

À cela s’ajoutent une insécurité alimentaire et une malnutrition préoccupantes, notamment au Kwango et à Kwamouth. Pour de nombreuses familles, accéder à leurs terres ou reprendre une activité agricole reste difficile.

Des signes encourageants venus des communautés

Face à cette réalité, des initiatives locales montrent pourtant qu’une autre voie est possible.

En juillet 2026, un Dialogue multi-acteurs pour la stabilisation durable de Kwamouth a réuni autorités coutumières, pouvoirs publics et acteurs locaux. Il a débouché sur la Déclaration de Kwamouth, signée par 55 acteurs.

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Parmi leurs engagements : soutenir le retour volontaire et sûr des personnes déplacées, prévenir les conflits liés à la terre, rétablir progressivement les services publics et les autorités coutumières légitimes, mais aussi lutter contre les discours de haine et la stigmatisation. Une feuille de route territoriale pour la période 2026-2030 doit permettre de traduire ces engagements en actions concrètes.

D’autres initiatives se construisent encore plus près des communautés. À Maluku, les villages de Nguma et d’Inga, respectivement majoritairement des communautés Teke et Yaka, ont signé en août un protocole de paix qui a permis de rétablir les échanges entre les deux communautés.

Ces avancées restent fragiles, mais elles montrent que la paix ne se décrète pas uniquement depuis Kinshasa : elle se construit aussi village par village, avec les personnes directement concernées.

Ne pas détourner le regard maintenant

Lorsque Caritas International et Justice & Paix lançait « Le poids du silence » en novembre 2025, l’objectif était de rappeler qu’une crise oubliée risque aussi de devenir une crise abandonnée.

Aujourd’hui, le défi évolue.

Il faut continuer à répondre aux besoins immédiats des populations, mais aussi reconstruire les écoles et les centres de santé, permettre aux familles de retrouver leurs terres et leurs moyens de subsistance, accompagner les jeunes qui ont quitté les groupes armés et restaurer la confiance entre communautés.

Les causes profondes du conflit doivent elles aussi être traitées : accès à la terre, légitimité des autorités coutumières, justice, services publics et perspectives économiques.

Caritas International et ses partenaires appellent donc les autorités congolaises, les bailleurs internationaux et les acteurs de la paix à profiter de l’accalmie actuelle pour investir dans une réponse durable : protection des populations, aide humanitaire, relèvement et consolidation de la paix doivent avancer ensemble.

Un an après « Le poids du silence », une chose n’a pas changé : rendre visible cette crise reste essentiel. Mais aujourd’hui, briser le silence signifie aussi soutenir celles et ceux qui, sur le terrain, tentent de transformer une accalmie fragile en une paix qui dure.

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