L’appel d’air des migrants n’existe pas. Leur contribution est bien réelle

Caritas International Belgique L’appel d’air des migrants n’existe pas. Leur contribution est bien réelle

© Isabel Corthier

© Isabel Corthier

14/05/2019

« Des études sur l’hypothèse de l’appel d’air démontrent qu’il y a peu de lien entre l’ampleur des flux migratoires vers un pays et la ‘générosité’ de son système de protection sociale et de sa politique d’accueil.» C’est l’un des constats soulevés par le rapport « Penser une maison commune – migration et développement en Belgique » sorti aujourd’hui.

Ce rapport, co-écrit par Jean-Michel Lafleur et Abdeslam Marfouk de l’Université de Liège, en partenariat avec Caritas International, est basé sur une étude approfondie des données disponibles, des réalités d’aujourd’hui et du travail de terrain de Caritas, et propose des pistes concrètes pour répondre à cette question fondamentale : Comment et dans quelles conditions les migrants contribuent à leur propre épanouissement ainsi qu’au développement humain intégral de leurs pays de destination et d’origine ?

« Les fantasmes autour de « l’appel d’air » sont à l’origine de mesures politiques inadéquates notamment en matière d’accueil, qui font obstacle à l’épanouissement des migrants, y compris des réfugiés, et à leur contribution avérée au pays de destination » commentent les auteurs. « Pourtant, lorsque l’accueil des migrants et réfugiés est optimalisé et les entraves limitées, tous les acteurs en sortent gagnants : la personne migrante, la société d’accueil et même le pays d’origine. »

Tous gagnants

Le rapport souligne ainsi un important degré d’activité et de créativité parmi la population migrante en Belgique. Les immigrés sont en effet une source importante de main d’œuvre et stimulent l’économie belge par le biais de leur consommation et de leur esprit d’entreprise. Les transferts de fonds personnels témoignent de leur apport économique également au pays d’origine : les migrants en Belgique ont envoyé 4,16 milliards vers l’étranger en 2017, et les Belges vivant à l’étranger ont envoyé 9,429 milliards d’euros vers la Belgique. Ne négligeons pas non plus les ‘transferts sociaux’ qui renvoient aux normes, valeurs ou pratiques qui peuvent transformer les mentalités et les comportements des sociétés d’origine et de destination.

Pourtant des politiques contradictoires persistent

« Toutefois », ajoutent les auteurs, « nous constatons la persistance de législations inadéquates, de politiques contradictoires, de nombreuses pratiques et de comportements hostiles qui font obstacle à la contribution des migrants. Ces obstacles sont, entre autres, les difficultés d’accès au logement, au marché du travail, les difficultés administratives et les discriminations. » Le rapport termine en listant une série de recommandations dont, entre autres, l’élargissement de voies d’accès sûres et légales, la mise en place d’un accueil de qualité des demandeurs et bénéficiaires de protection internationale et l’adoption de politiques assurant une meilleure insertion des migrants, notamment sur le marché de travail puisque l’accès des immigrés à l’emploi est le principal déterminant de la contribution fiscale de la migration à la Belgique.

« Avec ce rapport, nous voulions avant tout mettre l’accent sur l’importance du respect de la dignité humaine », explique Elise Kervyn de Caritas International qui a contribué à la publication. « En effet, ce n’est qu’en respectant la dignité de l’ensemble des personnes migrantes qu’elles pourront s’épanouir et faire partie intégrante de la société. Une condition essentielle si la Belgique veut une société plus juste, solidaire et durable. »

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