A Gaza, c’est la « guerre après la guerre »

Caritas International Belgique A Gaza, c’est la « guerre après la guerre »

Une jeune fille reçoit des soins pour une blessure dans un centre médical de Caritas Jerusalem. Malgré le « cessez-le-feu », les pharmacies ordinaires manquent toujours cruellement de médicaments. © Caritas Jerusalem

Une jeune fille reçoit des soins pour une blessure dans un centre médical de Caritas Jerusalem. Malgré le « cessez-le-feu », les pharmacies ordinaires manquent toujours cruellement de médicaments. © Caritas Jerusalem

09/12/2025

Alors que la guerre est officiellement terminée, les bombes continuent pourtant de tomber sur Gaza. Le peu de nourriture disponible coûte extrêmement cher. Les habitant·es dorment dans des tentes non chauffées, au milieu des décombres. « C’est la guerre après la guerre », comme le disent nos collègues de Caritas Jérusalem.

Les bombardements sont tellement puissants qu’ils ne ressemblent plus à des explosions : ce qu’on entend, c’est le bruit d’une destruction totale.

Nos collègues de Caritas Jerusalem

Dans les messages que nous recevons de leur part, le mot « cessez-le-feu » est systématiquement mis entre guillemets. Car il n’a en fait jamais été question d’une véritable trêve : « Les bombardements se poursuivent chaque nuit entre 3 et 6 heures. Surtout dans la partie orientale de Shuja’iyah, qui est censée être ‘zone jaune sûre’, juste à côté de l’église de la Sainte Famille. » La seule église catholique de la ville de Gaza s’est transformée en refuge pour des centaines de personnes de différentes religions. « Les bombardements sont tellement puissants qu’ils ne ressemblent plus à des explosions : ce qu’on entend, c’est le bruit d’une destruction totale. Des quartier entiers sont rasés. Les ondes de choc sont si fortes qu’elles provoquent l’ouverture de nos portes et nos fenêtres, même lorsque les bombes tombent loin d’ici. »

Une nourriture souvent impayable

La vie quotidienne reste extrêmement difficile à Gaza. « Nous pouvons à nouveau acheter des fruits, des légumes, des produits surgelés et des noix », écrit Caritas Jérusalem. « Mais les prix sont extrêmement élevés. La plupart des familles n’ont pas les moyens d’acheter de la nourriture. Le gaz aussi est cher… quand il y en a. Les gens font la queue pendant des heures dans l’espoir d’obtenir quelque chose grâce aux distributions d’aide humanitaire. » Les médicaments également sont rares. En raison des restrictions qui persistent aux postes-frontières, les pharmacies sont au bord de la rupture de stock.

Des tentes comme seul abri

D’après Caritas Jérusalem, le plus grand problème est cependant le logement. « Des quartiers entiers ont été complètement détruits. Ils sont vides, inhabitables, sans vie. » Les Gazaoui·es dorment dans des tentes dans la rue. « Ces tentes n’offrent pratiquement aucune protection contre le froid. Nous assistons à des scènes déchirantes. Malgré tous nos efforts, nous ne pouvons pas venir en aide à tout le monde. »

Ici et là, les décombres de la guerre ont été déblayés. « Mais ce sont surtout des initiatives individuelles, ou quelques personnes qui tentent de créer d’étroits passages pour laisser passer des voitures », expliquent nos collègues.

Que font concrètement nos collègues de Caritas Jérusalem ?

Pour survivre, les familles à Gaza dépendent quasi exclusivement de l’aide internationale et de l’aide humanitaire. Caritas Jérusalem est l’une des rares organisations humanitaires encore présentes à Gaza. Immédiatement après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu début octobre, nos collègues ont distribué 10.000 boîtes de lait en poudre à des familles avec des bébés et de jeunes enfants. Pendant des mois, la guerre et le blocus ont limité l’accès aux denrées essentielles, plongeant des milliers de nourrissons dans la malnutrition.

« Nos équipes apportent également chaque jour des soins de santé de base, un soutien mental et psychosocial, ainsi qu’une aide d’urgence aux personnes les plus vulnérables », explique Anton Asfar, secrétaire général de Caritas Jérusalem. « Dans les provinces du Sud, nous sommes amenés à travailler dans des conditions extrêmement compliquées. Nous y disposons d’une équipe de terrain qui gère sept postes médicaux. » Pour l’instant, Caritas Jérusalem n’est pas active dans le nord de Gaza. « Notre personnel a pour instruction de ne pas y retourner », précise Asfar. « En raison des destructions massives, du manque d’électricité et d’eau et de l’absence d’infrastructures de base, la zone est encore dangereuse et inhabitable. »

Attendre de pouvoir partir

L’incertitude est omniprésente à Gaza. « Tant qu’il n’y a pas de clarté sur qui dirigera Gaza, impossible de savoir comment la situation va évoluer », écrit Caritas Jérusalem. « L’ouverture des postes-frontières, l’acheminement de l’aide, la disponibilité des médicaments et de la nourriture, le prix du carburant : tout dépend de qui prendra le contrôle. »

De nombreux Gazaoui·es attendent désormais l’ouverture des points de passage. Ils et elles pourront alors retrouver leur famille ou poursuivre leurs études à l’étranger, souvent en Jordanie. « C’est important pour leur avenir, bien sûr », reconnait Caritas Jérusalem. « Mais cela fait mal de voir toute une génération quitter Gaza. Sans aucun espoir d’y revenir. »

 

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