POWER2UAMs : quand les mineur·es non accompagné·es prennent la parole

Caritas International Belgique POWER2UAMs : quand les mineur·es non accompagné·es prennent la parole

© Isabel Corthier

© Isabel Corthier

23/02/2026

Dans un article précédent, nous présentions les fondements du projet POWER2UAMs, cofinancé par l’Union européenne : renforcer la participation des mineur·es non accompagné·es (MENA) et garantir un accès égal aux services publics.
Aujourd’hui, le projet franchit une nouvelle étape.

Les rapports locaux de Bruxelles, de Liège et de Gand, réalisés entre mai et novembre 2025 par Caritas International et NADOE, s’appuient sur :

  • une revue documentaire,
  • une cartographie des acteur·rices,
  • des entretiens qualitatifs menés avec 27 MENA et 35 professionnel·les en Belgique.

Ces témoignages donnent à voir les réalités vécues par les jeunes. Ils éclairent aussi les limites structurelles du système.

Attente, incertitude et accès conditionné aux droits

Les jeunes rencontré·es ont des profils variés : âgé·es de 15 à 22 ans, avec des statuts juridiques différents. Pourtant, leurs récits convergent.

Beaucoup décrivent une attente prolongée, liée aux procédures administratives, à l’évaluation de l’âge ou aux décisions de séjour. Cette incertitude fragilise leur bien-être et leur capacité à se projeter.

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© Isabel Corthier

Au-delà des situations individuelles, les professionnel·les soulignent une tension persistante dans le système belge : entre contrôle migratoire et protection de l’enfance.

En pratique, l’accès à la protection, au logement ou à l’accompagnement social dépend encore trop souvent du statut administratif, plutôt que des besoins de l’enfant.

Un·e professionnel·le résume cette réalité : « Il existe une sorte de discrimination originelle : ils sont d’abord considérés comme des “mineurs étrangers”, puis comme des “mineurs”. Si la police trouve un garçon belge de 14 ans seul quelque part, ou un mineur étranger, deux parcours complètement différents sont suivis. D’une certaine manière, il y a une discrimination. »

Cette distinction structure les parcours et crée des inégalités de traitement.

L’école : moteur d’avenir, mais obstacles persistants

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Pour les jeunes interrogé·es, l’éducation est un levier central d’autonomie. Beaucoup expriment le souhait de poursuivre des études, parfois jusqu’à l’université.
Mais les obstacles restent nombreux :

  • capacités limitées dans les dispositifs d’accueil linguistique (DASPA / OKAN),
  • délais d’attente avant l’inscription,
  • exigence d’un niveau élevé de maîtrise du néerlandais ou français avant d’accéder à l’enseignement général ou à des filières professionnelles
  • orientations fréquentes vers des filières professionnelles peu qualifiées, indépendamment du potentiel.

Un jeune de Liège explique : « L’école est très bien, mais on passe plus de temps à jouer qu’à apprendre. La plupart du temps, les professeurs ne viennent pas… Il est donc très difficile de suivre le rythme. »

Un autre, qui a temporairement interrompu sa scolarité en raison du stress lié à sa procédure, exprime le souhait de reprendre ses études.

Logement : entre précarité et modèles qui fonctionnent

À Liège, 9 des 10 jeunes interrogé·es vivent en centre d’accueil. La perspective de devoir quitter la structure, notamment à l’approche de la majorité, est source d’inquiétude.

Un ancien MENA, déjà sorti du réseau d’accueil, décrit la lenteur des démarches d’aide sociale lors de la location de son premier appartement : « C’est la première fois que tu loues un appartement ; ils ne paient pas rapidement, ils prennent leur temps… Quand on n’a pas d’argent, c’est là le problème. »

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© Caritas International

Les grandes structures peuvent souffrir de surpopulation, de manque d’intimité ou de tensions. Mais d’autres modèles montrent qu’une autre approche est possible. Dans des unités d’accueil à taille humaine, comme celle que Caritas accompagne à Liège, les jeunes décrivent un cadre plus stable et plus familial : « Ici, nous sommes comme des frères et sœurs… On travaille ensemble, ils nous aident et nous les aidons. Et on a même un chef qui cuisine pour nous ! »

Ce type de structure favorise la confiance, la responsabilisation et l’autonomie progressive. Il illustre concrètement qu’un accueil respectueux, individualisé et ancré localement fait une réelle différence.

Santé mentale et isolement : des fragilités invisibles

Si la santé physique est souvent jugée correcte, la santé mentale reste fragile.

Plusieurs jeunes évoquent :

  • des crises d’angoisse,
  • des pensées suicidaires,
  • une souffrance liée à la séparation familiale.

L’un d’eux confie : « Tu continues à te sentir comme un orphelin… au fond de moi, je souffre. »

Les activités sportives et communautaires jouent un rôle important. La relation avec les tuteur·rices est souvent décrite comme déterminante : « Ma tutrice était la meilleure : quand j’ai reçu une réponse négative à ma demande d’asile, elle m’a aidé à tenir bon et m’a donné du courage. »

Des parcours individuels aux enjeux systémiques

Ces témoignages ne relèvent pas de cas isolés. Ils révèlent des enjeux structurels :

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  • fragmentation entre niveaux de gouvernance (fédéral, régional, communal),
  • accès aux droits conditionné au statut de séjour,
  • pénurie de logements abordables,
  • manque de passerelles entre école, formation et emploi,
  • accompagnement insuffisant lors du passage à 18 ans.

Le principe « un enfant est un enfant » reste trop souvent confronté à des logiques administratives.

Et maintenant ?

Les rapports de Bruxelles, de Liège et de Gand constituent une base solide pour l’action.

En 2026, POWER2UAMs poursuivra ce travail à travers :

Les rapports locaux sont disponibles en ligne et alimenteront le plaidoyer de Caritas International et de ses partenaires, en Belgique et au niveau européen. Les rapports ont été soumis à la Commission européenne et sont actuellement susceptibles de faire l’objet d’adaptations sur la base de ses retours.

Parce que défendre les droits des enfants commence par les écouter.



Cofinancé par l’Union européenne. Les opinions exprimées n’engagent que leurs auteur·rices et ne reflètent pas nécessairement celles de l’Union européenne ni de l’EACEA. Ni l’Union européenne ni l’autorité de gestion ne peuvent en être tenues responsables.

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