« Je ne suis pourtant pas un criminel » – Nos visites dans les centres fermés

Caritas International Belgique « Je ne suis pourtant pas un criminel » – Nos visites dans les centres fermés

© Isabel Corthier (photo de fonds) - Rencontre avec trois collègues en charge de visites en centres fermés.

© Isabel Corthier (photo de fonds) - Rencontre avec trois collègues en charge de visites en centres fermés.

20/01/2020

Chaque année, des milliers de personnes sont expulsées de force de notre pays. Dans l’attente de leur rapatriement, elles sont détenues dans des centres fermés. Caritas s’oppose à toute forme de détention pour des raisons liées à la migration. Tout en militant pour la suppression des centres fermés, notre organisation s’y rend régulièrement pour informer les personnes détenues sur leurs droits. Rencontre avec Melissa, Jasmijn et Jolien, nos trois collègues en charge de ces visites.

Combien de centres fermés y a-t-il en Belgique? Qui y est détenu ?

Il y a actuellement six centres : deux à Steenokkerzeel, un à Bruges, un à Merksplas, un à Vottem et, depuis 2019, un à Holsbeek. La majorité des personnes détenues sont en situation irrégulière ici et ont reçu un ordre de quitter le territoire, que ce soit vers leur pays d’origine ou vers le pays de l’UE en charge de traiter leur demande d’asile comme le prévoit le règlement Dublin2. La loi prévoit également la possibilité de détenir les personnes qui introduisent une demande de protection internationale à la frontière. Ces dernières seront ensuite libérées en cas de reconnaissance de leur statut de réfugié ou d’octroi de la protection subsidiaire.

Quels centres visitez-vous et à quelle fréquence ?

Nous visitons une fois par semaine le centre 127 bis à Steenokkerzeel et le nouveau centre pour femmes à Holsbeek.

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Quels sont les profils des personnes enfermées ?

Depuis fin 2018, il y avait beaucoup de personnes transmigrantes, principalement originaires d’Érythrée. La police se chargeait du traitement administratif de leurs dossiers. En mi-décembre 2019, la police a quitté le centre et nous y rencontrons maintenant des personnes originaires de différents pays, dont la liste évolue : Maroc, Algérie, Tunisie, Palestine… Dans le centre de Holsbeek, le pays le plus représenté est le Maroc, mais nous y constatons une grande diversité. Il y a aussi des femmes, venues par exemple de Chine ou du Vietnam.

Que fait Caritas pour ces personnes ?

Nous leur offrons une oreille attentive, les informons sur leurs droits et les conseillons. A Holsbeek, nous sommes régulièrement confrontées à des cas complexes : des femmes qui sont ici depuis longtemps, qui ont des enfants, qui ont été victimes de violences sexuelles ou de mutilations génitales. Les conversations prennent alors rapidement une tournure émotionnelle. Au centre 127 bis, nous répondons surtout à des questions concrètes.

Qu’en est-il des enfants ?

La Belgique ne peut pour le moment plus enfermer d’enfants. Le Conseil d’Etat a motivé sa décision en invoquant les nuisances sonores auxquelles les enfants sont exposés, les centres étant souvent implantés à proximité d’un aéroport. Il ne s’agit cependant pas d’une interdiction définitive. Les autorités ont entrepris d’isoler acoustiquement les bâtiments concernés.

Pour le moment, les unités familiales accueillent des familles avec des enfants majeurs : celles-ci tombent sous le régime « normal » du 127 bis et peuvent être détenues pour des périodes plus longues que les familles avec enfants mineurs, auxquelles les unités familiales étaient destinées. Le fait qu’un enfant ait atteint ou pas 18 ans, fait donc une grande différence. Les familles avec des enfants mineurs sont envoyées dans des foyers de retour ouverts, où elles disposent de plus de liberté. Mais un membre adulte de la famille doit toujours être présent dans la maison.

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Quels sont les aspects les plus marquants de ces visites ?

Beaucoup de personnes rencontrées se sentent mal : elles ne savent pas ce qui les attend et pendant combien de temps elles resteront enfermées. Elles refusent de penser à ce qui se passera une fois qu’elles auront été expulsées de Belgique. Les interroger à propos de leur famille dans leur pays d’origine, déclenche chez elles un début de panique. La plupart ne comprennent pas pourquoi elles sont enfermées. Elles associent les centres de détention à une prison, à des poursuites pénales. On entend souvent : « Je ne suis pas un criminel, pourquoi suis-je ici ? ».

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