Le scandale de la faim augmente silencieusement

Caritas International Belgique Le scandale de la faim augmente silencieusement

© Isabel Corthier - Agricultrice de la région du Tigray en Ethiopie.

© Isabel Corthier - Agricultrice de la région du Tigray en Ethiopie.

15/07/2019

Les Nations Unies viennent de publier le rapport[1] sur l’état de la faim dans le monde. Le constat est amer. Pour la quatrième année consécutive, la faim augmente pour atteindre 821,6 millons de personnes, correspondant au même niveau qu’il y a dix ans.

« Dix années de perdues, alors que 193 Etats se sont engagés en 2015 à éliminer la faim d’ici 2030. C’est d’autant plus alarmant, que la grande majorité de femmes et des hommes touchés par l’insécurité alimentaire sont les paysannes et paysans, ceux-là même qui nourrissent la planète », observe la Coalition contre la Faim[2].

De la nourriture pour tous et toutes

La faim est loin d’être une fatalité. La production alimentaire est largement suffisante pour nourrir la planète. Pour réaliser le droit à l’alimentation de tou-te-s, il nous faut des politiques alimentaires et agricoles ambitieuses, qui bénéficient aux agriculteurs/rices de type familial et qui appuient la transformation de nos systèmes alimentaires de manière équitable et durable.

Malgré la crise alimentaire de 2007-08, cette transformation se fait toujours attendre. De nombreuses promesses ont été faites mais la part globale de l’aide dédiée à l’agriculture n’a finalement pas augmenté, y compris en Belgique. « En abandonnant ses programmes orientés spécifiquement sur la lutte contre l’insécurité alimentaire, ni la volonté politique ni les financements belges ne sont à la hauteur de ses engagements[3]» constate la Coalition. Face aux changements climatiques, l’aide et les financements doivent augmenter en quantité et en qualité.

Agriculture familiale et agroécologie

La stratégie de coopération actuelle de la Belgique vise en priorité à faciliter les investissements par le secteur privé, ainsi qu’à augmenter la compétitivité des cultures. Ces investissements se font souvent au détriment de la lutte contre la faim, négligeant ainsi les producteurs/trices de type familial et renforçant les inégalités femmes-hommes dans le monde rural.

La priorité de la Belgique devrait être de soutenir la transition de l’agriculture vers l’agroécologie, plus économe en ressources, plus résiliente, et plus attentive à la place centrale du paysan et à l’égalité de genre dans le système alimentaire. La Belgique doit également cibler davantage les femmes, et miser sur les innovations sociales qu’elles portent.

« La faim n’est pas un problème simplement technique, elle est un échec politique, et ce sont donc des solutions politiques qui s’imposent », souligne la Coalition contre la Faim.

Note :

2

Les membres de la Coalition contre la Faim sont : 11.11.11, ADG, AEFJN, Broederlijk Delen, Caritas International, CNCD-11.11.11, Croix Rouge de Belgique, Collectif Stratégies Alimentaires, Défi Belgique Afrique, Entraide et Fraternité, FIAN – FoodFirst Information and Action Network, Iles de Paix, Le Monde selon les femmes, Louvain Coopération, OXFAM Solidarité/Solidariteit, Oxfam Magasin du Monde, Oxfam Wereld Winkels / Fair Trade, SOS Faim, TRIAS, ULB-Coopération, Vétérinaires Sans Frontières, Rikolto

3

La Belgique s’est engagée à allouer 15% de son aide publique au développement au secteur de la sécurité alimentaire et de l’agriculture.

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