Femme et réfugiée : les invisibilisées – Journée internationale des femmes

Caritas International Belgique Femme et réfugiée : les invisibilisées – Journée internationale des femmes

© Isabel Corthier - Centre de Scherpenheuvel en 2018

© Isabel Corthier - Centre de Scherpenheuvel en 2018

07/03/2019

En ce 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, Caritas International en collaboration avec Justice & Paix publie une carte blanche accompagnée d’une analyse sur le sujet des femmes réfugiées, ces invisibilisées.

Malgré qu’une personne réfugiée sur 2 est une femme[1], elles restent souvent absentes des discours politiques, recherches et médias. Notre souhait ? Les rendre visibles car l’histoire des femmes en besoin d’une protection internationale, souvent différente de celle des hommes, mérite d’être racontée.

Des raisons de départ spécifiques

Les hommes et les femmes peuvent être forcé-e-s de quitter leur foyer pour les mêmes raisons, que ce soit en raison d’un conflit ou de persécutions. Il existe cependant des motifs de fuite propres aux femmes.

Cela inclut d’une part les discriminations structurelles qui amènent à des situations de violence (physiques, sexuelles, psychologiques ou économiques), de menace, de contrainte ou une privation arbitraire de liberté. Sont notamment concernés : les mariages forcés, les mutilations génitales, les violences domestiques, les abus sexuels, les crimes d’honneur, mais également les persécutions envers les militantes défendant le droit des femmes.

Cela inclut d’autre part, les violences faites aux femmes en cas de conflit armé, puisqu’elles courent un risque systématiquement plus élevé, notamment en raison de l’utilisation de violences sexuelles  comme arme de guerre.

Des routes migratoires plus dangereuses

En raison de l’absence de voies légales et sûres, de la fermeture des frontières européennes et de la signature d’accords de l’Union européenne avec des pays tiers, les personnes migrantes sont contraintes de prendre des routes plus dangereuses. Ces routes le sont encore plus pour les femmes. Ces dernières sont alors plus exposées aux harcèlements, rackets, agressions ou violences sexuelles. Selon l’ONU, au moins une réfugiée ou femme déplacée sur cinq a déjà été victime de violence sexuelle.[2]

Les chiffres attestent que les femmes qui empruntent ces routes ont un risque de décès plus important que les hommes.[3] C’est spécifiquement la noyade qui était la principale cause de décès des femmes migrantes en 2017.[4] Diverses raisons expliquent cela, notamment la place assignée aux femmes dans les bateaux, la probabilité plus grande qu’elles ne sachent pas nager, le poids de leurs vêtements et la présence d’enfants.

De la demande à la reconnaissance de statut

En 2017, le Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides (CGRA) a reçu 19.688 demandes de protection internationale.[5] 36.4% de ces demandes ont été introduites par des femmes.[6] Ce nombre inférieur peut s’expliquer pour deux raisons. D’une part, les moyens (financiers, capital culturel, etc.) sont en moyenne moins élevés chez les femmes, ce qui les freine dans leur capacité à entreprendre un voyage migratoire de longue distance. D’autre part, en raison de la dangerosité de la route migratoire, ce sont souvent les hommes qui partent en premier afin de demander l’asile, et d’ensuite faire venir leur famille via un regroupement familial.

Durant la procédure, les demandeuses de protection internationale sont assignées à des centres d’accueil collectifs. Beaucoup ne s’y sentent pas en sécurité.[7] Une étude du Vrouwenraad a clairement souligné l’inadéquation de l’assistance psychologique proposée aux femmes, le manque de soutien en termes de garde d’enfants, les risques que comportent de la mixité des dortoirs et des infrastructures sanitaires, le manque d’activités de formations ou de loisirs pensées pour les femmes.[8]

Au terme d’un long entretien, le CGRA déterminera si la personne correspond ou non aux conditions du statut de réfugié ou de protection subsidiaire. Il convient de préciser que ces entretiens requièrent des réponses très détaillées. Ils peuvent s’avérer particulièrement difficiles pour les femmes victimes d’abus sexuels. D’ailleurs certaines d’entre elles n’ont pas conscience du fait que ces violences constituent un motif de protection.

Awa, 28 ans, originaire du Maroc et depuis 10 ans en Belgique s’interroge : « À mes 15 ans, mon père a voulu me marier avec un homme plus âgé qui venait d’Arabie Saoudite. J’ai fui le Maroc et je suis arrivée en Belgique via l’Espagne. Pourquoi la Belgique ? Parce que ma mère y avait de la famille. Je ne sais pas très bien pourquoi ma famille en Belgique n’a pas fait de demande d’asile à l’époque. Vous pensez que j’y aurais eu droit ? »

Des changements politiques nécessaires

Ces dangers ne sont pourtant pas inéluctables. La mise en place de voies légales et sûres permettrait de limiter le risque des violences faites aux femmes sur la route. Des procédures d’asile et des structures d’accueil et d’intégration plus attentives aux besoins spécifiques des femmes permettraient de leur assurer la protection à laquelle elles ont droit.

La visibilité des femmes ne dépend finalement pas de leur présence, mais bien du regard que l’on porte sur elles. Leur rendre cette visibilité permettrait aussi d’assurer qu’elles soient protégées, et qu’ainsi leur soit donnée la possibilité de développer leur potentiel et, donc, de se réaliser.

Note :

[1]

UNHCR. 2017. « Global Trends. Forced Displacement in 2017 », consulté le 6 mars 2019.

[2]

UNWOMEN. « Les réfugiées et les migrantes. », consulté le 6 mars 2019.

[4]

Idem.

[5]

CGRA. 2017. « Statistiques d’asile. Bilan 2017. », consulté le 6 mars 2019.

[6]

Idem.

[7]

Vie féminine. « La situation spécifique des femmes migrantes. », consulté le 6 mars 2019.

[8]

Vrouwenraad. Asile et migration : l’accueil des femmes dans les centres. Vers une politique d’acceuil sensible au genre. Rapport final. Juin 2010.

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