Le fossé entre les paroles et les actes : analyse du deuxième International Migration Review Forum

Caritas International Belgique Le fossé entre les paroles et les actes : analyse du deuxième International Migration Review Forum

© Caritas International

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12/05/2026

La tenue du deuxième International Migration Review Forum (IMRF), à New York du 5 au 8 mai 2026, marque un moment charnière dans la gouvernance mondiale des migrations. Après une semaine intense au sein de la délégation de Caritas Internationalis, le constat est sans appel.

D’un côté, il y a le cadre diplomatique et institutionnel de la Déclaration de progrès, où les États réaffirment leur attachement aux droits humains et à la coopération internationale. De l’autre, il y a la réalité du terrain : une répression croissante, une externalisation accrue des frontières et une érosion systématique des mécanismes de protection des personnes migrantes et réfugié·es.

Un pacte sans mordant

Le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières (GCM), adopté en 2018, constitue le cadre de ce forum. La Déclaration de progrès de 2026 en réaffirme les principes, mais les engagements restent vagues et les mécanismes contraignants font toujours défaut.

Alors que la déclaration rappelle que toute personne migrante est titulaire de droits humains, indépendamment de son statut, ce même statut est, dans la pratique, de plus en plus utilisé comme outil d’exclusion et de criminalisation.

Le rapport du Secrétaire général des Nations unies indique que, ces deux dernières années, plus de 15.000 personnes ont perdu la vie sur les routes migratoires, un chiffre qui contraste violemment avec le « progrès » célébré dans les enceintes diplomatiques.

Belgique : de profondes fissures

La position belge reste historiquement chargée. En 2018, le débat autour du GCM avait conduit à la chute du gouvernement Michel. En 2026, la Belgique concentre, dans son rapport officiel de mise en œuvre, son attention sur seulement 10 des 23 objectifs, avec une emphase disproportionnée sur le contrôle, la dissuasion et le retour.

La migration légale demeure envisagée selon une logique essentiellement utilitariste, limitée à la réponse aux pénuries économiques. Dans le même temps, la crise de l’accueil, où des hommes seuls se voient systématiquement refuser l’accès à l’hébergement malgré plusieurs décisions judiciaires, constitue une violation flagrante des engagements défendus sur la scène internationale.

La voix de l’Église

L’un des moments les plus marquants de cet IMRF fut l’intervention de Mark Seitz. Son témoignage depuis la frontière entre les États-Unis et le Mexique agit comme un miroir pour la situation européenne.

Il a dénoncé la « logique de sécurisation » et la « marchandisation de la migration », dans laquelle des acteurs privés tirent profit des centres de détention et des dispositifs de déportation.

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Aucune politique, aussi légitime soit-elle du point de vue de la sécurité, ne peut justifier la déshumanisation de celles et ceux qui sont contraints de migrer.

Mark Seitz, évêque d'El Paso

Mark Seitz a relié cette réflexion à l’enseignement de Léon XIV, qui considère la migration comme un appel au soutien mutuel entre les nations. L’Église demeure une voix prophétique : protéger les personnes les plus vulnérables est un devoir moral qui ne souffre aucune excuse.

L’Europe à la dérive

Alors que la Déclaration de progrès évoque des voies d’accès sûres et régulières, l’Union européenne met en œuvre le Nouveau Pacte sur la migration et l’asile, qui déplace radicalement l’attention vers la surveillance des frontières et leur externalisation via des return hubs.

Particulièrement alarmante est la révision proposée du règlement sur le retour, notamment son article 23a, qui autoriserait les autorités à perquisitionner non seulement des domiciles, mais aussi « d’autres lieux pertinents ». Une formulation qui pourrait ouvrir la voie à des descentes dans des centres d’accueil, des salles paroissiales ou les bureaux d’organisations d’aide.

Les évêques belges ont dénoncé, à juste titre, une criminalisation de la solidarité internationale. Même la simple perspective d’une législation similaire produit déjà un véritable chilling effect : des personnes sans papiers n’osent plus se rendre à des rendez-vous médicaux ou accompagner leurs enfants à la banque alimentaire, de peur d’être arrêtées.

Le Civil Society Action Committee parle dès lors d’une « absence profondément préoccupante de progrès tangibles ». Violences aux frontières, détention d’enfants dans des conditions inhumaines, exploitation du travail des femmes dans les secteurs du soin et du travail domestique : la réalité dément, point par point, les engagements pris.

Caritas appelle à l’action

Face à cette régression, Caritas Internationalis appelle urgemment à six actions :

  • S’attaquer de manière holistique aux causes profondes, afin que migrer soit un choix et non une nécessité.
  • Sauver des vies et mettre fin à la criminalisation, en instaurant des exemptions humanitaires.
  • Étendre les voies sûres et les mécanismes de régularisation.
  • Mettre fin à la détention arbitraire en investissant dans des alternatives communautaires.
  • Garantir l’accès aux services essentiels sans crainte d’arrestation ou d’expulsion.
  • Garantir des retours sûrs et dignes, dans le respect du droit.

Conclusion : passer des paroles aux actes

Ce deuxième IMRF laisse un sentiment profondément ambivalent. La Déclaration de progrès offre un cadre de dialogue, mais sans volonté politique, elle risque de rester un texte sans portée réelle.

La Belgique doit aujourd’hui faire des choix cohérents avec les engagements qu’elle défend sur la scène internationale. Laisser des personnes migrantes dormir dans la rue, envisager des visites domiciliaires et privilégier la dissuasion à la protection sont incompatibles avec ces principes.

Comme l’a rappelé Mark Seitz, l’avenir de nos communautés dépend de la manière dont nous traitons les personnes les plus vulnérables parmi nous. Il est temps de combler le fossé entre les paroles et les actes.

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