L’histoire de Nizar

Caritas International Belgique L’histoire de Nizar

Un passeur, des deadlines serrés et survivre. Voilà les termes qui qualifient le parcours de regroupement familial de la famille de Nizar. Pour ce dernier, c’est d’attendre dans la crainte de ne jamais revoir ses proches qui l’a marqué.

En novembre 2015, Nizar demande l’asile à Bruxelles après un long périple au départ de la Syrie, via la Turquie et après une dangereuse traversée vers la Grèce. Sa ville natale, Deir-ez-Zor, était devenue un bastion EI, sans nourriture ni médicaments, sans espoir et sans perspectives d’avenir. Nizar a réussi à fuir mais a dû laisser derrière lui sa maman, ses jeunes frères et sa sœur. Son père était déjà mort.

73 JOURS

Une fois en Belgique, Nizar espérait pouvoir reconstruire une vie, en sécurité, avec sa maman, ses frères et sa sœur. « J’ai rencontré Nizar le 20 octobre 2016, juste deux mois avant son 18e anniversaire », raconte Marie Vandendriessche, assistante sociale à Caritas. En Belgique, les mineurs étrangers non-accompagnés ne peuvent introduire une demande de regroupement familial que avant leur majorité. « Nous étions donc vraiment dans l’urgence parce qu’il ne nous restait que quelques semaines. Heureusement, nous avons pu fixer un rendez-vous pour sa famille à l’ambassade belge au Liban le 23 décembre 2016. »

La famille de Nizar était alors encore à Deir-ez-Zor et EI en interdisait la sortie. La famille a alors dû payer 6.000 euros à un passeur pour pouvoir quitter de la ville. Sayid, le jeune frère de Nizar âgé de 16 ans, a même essayé de quitter la ville seul mais fût arrêté par EI et enfermé. « Nous étions très inquiets. On pensait qu’il manquerait le rendez-vous à l’ambassade belge », se souvient Marie. « Heureusement, le 13 décembre, nous avons reçu la bonne nouvelle : Sayid avait rejoint sa famille et ils avaient réussi à quitter la ville. L’opération avait été très dangereuse. Mais réussie. »

A DAMAS POUR UN CACHET

Après un détour par Alep et Damas où la maman de Nizar devait se rendre pour obtenir les documents nécessaires au regroupement familial, toute la famille fut reçue à l’ambassade belge à Beyrouth le 23 décembre. Leur visa fut refusé parce que certains membres de la famille n’avaient pas les documents nécessaires. Ils furent renvoyés chez eux. « J’ai rappelé le consul. Par miracle, il a autorisé un second rendez-vous le 30 décembre. C’était leur dernière chance… », ajoute Marie.

Lorsque la famille repasse la frontière entre la Syrie et le Liban le 28 décembre, la maman de Nizar se voit renvoyée parce qu’il lui manquait à nouveau un document qui stipulait que son mari fût décédé. Encore une fois, elle dû se rendre à Damas. Cette fois, pour un cachet. Le 29 décembre 2016, la famille est enfin à Beyrouth. Mais trop tard pour légaliser tous ses documents.

SOULAGEMENT

« Le consul a accepté le dossier sans tous les documents syriens. Ils ont pu les faire légaliser dans un second temps », raconte encore Marie. « Je n’ai jamais été aussi soulagée. »

La famille retourne alors en Syrie pour y attendre une décision des autorités belges. Dans l’impossibilité de rentrer chez eux… « Ils ont vécu dans la rue à Alep, dormaient dans une voiture. Ensuite, ils se sont rendus à Damas où ils ont habité un hôtel bon-marché pendant quelques temps.  »

SCIENTIFIQUES ET HOMME D’AFFAIRE

Le 20 novembre 2017, la décision arrive enfin : le regroupement familial est autorisé. Après plus de 2 ans de séparation, Nizar et sa famille sont enfin réunis en janvier 2018. Ses jeunes frères et sa sœur ont manqué l’école pendant 5 ans et sont incroyablement motivés pour reconstruire leur vie en Belgique. Marie nous raconte leurs rêves et espoirs.

«  Aimar vient de recommencer l’école et veut devenir enseignant ou scientifique. Fathi veut devenir homme d’affaire. Sayid rêve d’une carrière d’ingénieur. Le petit Yaman n’a que 5 ans. Il n’a encore jamais été à l’école et est impatient de pouvoir jouer avec les autres enfants. Maya, la maman, est très heureuse d’être réunie avec son fils en Belgique. Elle a encore d’autres enfants, adultes, toujours à Deir-ez-Zor. Pour l’instant, elle n’arrive pas à les contacter.  »

Maya et ses enfants ont demandé l’asile et résident actuellement dans un centre d’accueil proche d’où vit Nizar. Ils se voient tous les jours.

Note :

Pour protéger leur vie privée, tous les noms ont été changés.

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