Se loger après le coronavirus : Réfugié-e-s cherchent logement

Caritas International Belgique Se loger après le coronavirus : Réfugié-e-s cherchent logement

© Isabel Corthier - Aux difficultés de recherche de logement habituelles viennent à présent s'ajouter la peur du Covid-19 et les mesures de protection. Comment faire en tant que réfugié-e ? (2018)

© Isabel Corthier - Aux difficultés de recherche de logement habituelles viennent à présent s'ajouter la peur du Covid-19 et les mesures de protection. Comment faire en tant que réfugié-e ? (2018)

28/05/2020

Trouver un logement de qualité et à un prix abordable est la première étape du parcours d’insertion d’une personne reconnue réfugiée. Mais cette recherche est souvent semée d’embuches, et l’arrivée du coronavirus complique encore la situation. Analyse.

Imaginez : vous avez été contraint-e de quitter votre pays. Vous arrivez dans un nouveau pays et y êtes reconnu-e réfugié-e après quelques mois. Vous avez alors deux mois pour quitter la structure d’accueil dans laquelle vous étiez et trouver un logement.[1] Mais, vous ne parlez pas la langue, vous ne connaissez presque personne et vous n’avez pour l’instant aucun revenu. Dans ces conditions, comment convaincre un propriétaire de vous louer son bien ?

Réfugié-e ch. Logement

Cette situation est la dure réalité de quelque 6.000 personnes qui devront très bientôt quitter leur structure d’accueil (initiative locale d’accueil). Avoir un chez-soi est pourtant la condition indispensable pour avoir accès et activer ses droits sociaux tels que l’enseignement, les soins de santé ou l’aide financière. Sans domicile, pas d’adresse. Sans adresse, pas de soutien financier du CPAS, pas d’accès aux cours de langue, pas d’école pour les enfants.

« Désolé, c’est déjà loué »

À cause du manque criant de logements abordables, de nombreuses familles vulnérables (réfugiées ou non) se retrouvent en compétition sur le marché locatif. Plusieurs services de Caritas International soutiennent ces familles et personnes isolées (y compris des mineur-e-s) dans la recherche d’un logement. Les hésitations des propriétaires à louer à des nouveaux arrivants sont leur lot quotidien.

« Parfois j’appelle plus de vingt propriétaires différents en deux heures, mais il est rare qu’une visite en découle. J’explique que j’appelle au nom d’une personne réfugiée qui reçoit de l’aide du CPAS et, alors, le ton change… parfois en bien, souvent en mal », relate Nora, volontaire chez Caritas.

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La discrimination sur base de la nationalité, de l’ethnicité ou de la religion est un problème récurrent sur le marché locatif[2]. Les propriétaires redoutent le non-paiement du loyer car ces personnes n’ont pas de fiches de paie et ne peuvent parfois pas constituer immédiatement la garantie locative. Bien que les personnes réfugiées puissent bénéficier de l’aide du CPAS pour la garantie locative, l’administration est souvent lente et fait généralement le payement plusieurs semaines après le déménagement.

Le Corona a mis le marché à l’arrêt

Ajoutez le coronavirus à toutes ces difficultés et vous obtiendrez un parcours d’obstacles trop hauts à franchir. La peur du Covid-19 et les mesures de protection ont en effet mis le marché locatif (et les visites) à l’arrêt.

« Nous ne trouvons pas de maison pendant le Corona parce que le danger est trop grand et le marché calme », témoigne Haider, réfugié reconnu à mobilité réduite, aidé par Caritas. Il a obtenu son statut de réfugié et doit à présent trouver un logement pour sa sortie de notre structure d’accueil adaptée à ses problèmes médicaux. « Mais quoi qu’il en soit, c’est toujours difficile de trouver une maison adaptée à ma santé », conclut-il.

>>AIDEZ DES PERSONNES COMME HAIDER EN DEVENANT PROPRIETAIRE SOLIDAIRE.

« Maintenant que les visites de logement reprennent petit à petit, nous craignons que la demande dépasse l’offre plus que jamais », explique Florence Lobert, responsable des projets d’accueil pour demandeur/euse-s d’asile de Caritas International. « Tous les candidats-locataires qui ont dû arrêter leurs recherches pendant le confinement vont se retrouver en même temps sur le marché locatif. Il faut éviter à tout prix un goulot d’étranglement.»

Le risque ? Que ces personnes se retrouvent à la rue alors même que le coronavirus est encore présent et qu’il faut d’autant plus éviter la précarisation des conditions de vie.

Des solutions structurelles... d’urgence !

Au travers l’initiative « ImmoSolidair », Caritas International appelle à la solidarité et à la bonne volonté des propriétaires. Outre cet appel, c’est

  • une vraie politique d’accès au premier logement qui doit être mise en place.
  • la création de plus de logements sociaux pour éviter la compétition entre locataires aux moyens financiers limités,
  • l’accélération de l’aide financière pour les sans-abris et
  • la lutte contre les discriminations sur le marché locatif.

Voici quelques exemples des solutions possibles… et urgentes.

Note :

[1]

Il est possible d’avoir une prolongation de deux mois sous justification et accord de Fedasil. Les profils vulnérables se voient accorder une période initiale de 3 mois avec la possibilité d’un renouvement de 3 mois sous justification également.

[2]

Verhaeghe, Pieter-Paul, Ad Coenen, Sarah Demart, Koen Van der Bracht en Bart Van de Putte. 2017. Discriminatie door vastgoedmakelaars op de private huurwoningmarkt van het Brussels Hoofdstedelijk Gewest. Research Report. Gent: Universiteit Gent.

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