« Cela fait des années que je n’ai pas vu mes enfants »

Caritas International Belgique « Cela fait des années que je n’ai pas vu mes enfants »

© Isabel Corthier

© Isabel Corthier

06/04/2018

Vivre avec votre famille proche, cela parait évident. Mais c’est loin d’être le cas pour ceux et celles qui sont arrivé-e-s dans notre pays laissant derrière eux un mari, une épouse et/ou des enfants. La procédure de regroupement familial est compliquée et peut prendre des mois, voire des années : un parcours complexe qui commence par de l’information fiable.

« J’ai entendu parler de cette séance d’information pendant le cours d’intégration. Via le site de Caritas, j’ai envoyé un message et c’est comme ça que je me suis retrouvée ici », dit Joselyne*, une burundaise qui participe aujourd’hui à la séance d’information sur le regroupement familial. Comme les autres personnes présentes, elle espère obtenir des renseignements qui pourront l’aider à être réunie avec sa famille, ici en Belgique.

Une information personnalisée

Un passé fait d’angoisses et un rêve d’un avenir meilleur lient les personnes présentes à cette séance d’information. C’est la première fois qu’ils se rencontrent mais les points communcs qu’ils partagent créent directement une atmosphère bienveillante. Aujourd’hui, les informations données se concentrent sur les réfugiés reconnus et les personnes ayant obtenu la protection subsidiaire. Des statuts différents sont abordés dans d’autres séances.

Valérie Henneau, assistante sociale de Caritas International, revient tout d’abord sur les papiers distribués à leur arrivée : coordonnées de l’ambassade, note pour justifier l’absence au travail, le numéro de téléphone de Caritas, etc. Puis le travail difficile commence… Les conditions de demande de regroupement familial ne sont pas aisées à satisfaire. Il faut un contrat à durée indéterminée ainsi qu’un salaire d’au moins 1.400 €. Nombreux certificats devront être rendus tels que celui de naissance des enfants ou de mariage. Notons que ce genre de documents se perdent déjà facilement lors de déménagements. Imaginez lorsque vous avez dû fuire d’urgence…

Des parents inquiets

L’un des participants s’inquiète quand il entend que sa femme et ses enfants doivent obtenir certains documents par l’intermédiaire du gouvernement de son pays d’origine. Le même gouvernement qu’il a fui. Valérie le rassure : « Vous pouvez prendre rendez-vous et ensuite nous passerons en revue votre dossier ensemble. »

Les autres personnes présentes ont aussi leurs préoccupations. « Et si tu ne sais pas où est le père ? », demande directement Gloria* quand Valérie explique que l’autre parent doit donner l’autorisation de s’occuper des enfants. Une femme à côté d’elle hoche la tête. Elle ne sait même pas si le père de ses enfants est toujours en vie.

En 2017, Caritas a donné 16 sessions d’information en français sur le regroupement familial (©Isabel Corthier)

« Demandez à la famille et aux connaissances sur place de vous aider à chercher. Parfois, quelqu’un peut trouver quelque chose. Sinon, il y a aussi le service de recherche de la Croix-Rouge, qui tente de mettre en contact des personnes avec des proches disparus ». Valérie cite quelques exemples tirés de ses presque dix années d’expérience et souligne la débrouillardise de certains : « Je suis parfois étonnée de l’innovation et de la créativité des gens. Certains scénarios semblent sortir tout droit d’un film. »

Une procédure coûteuse

Les obstacles financiers peuvent également bloquer la route vers la Belgique. Valérie prévient les personnes présentes que le regroupement familial est une procédure longue et coûteuse. En plus des coûts liés à la procédure, les réfugiés doivent également payer les billets d’avion pour leur famille. «  Ça coûte vraiment très cher pour que mes trois enfants prennent l’avion », s’indigne Gloria.

Valérie répond que Caritas n’a pas les moyens d’offrir une aide financière, mais qu’une solution peut toujours être cherchée ensemble. Les enfants peuvent, par exemple, ne pas tous arriver en même temps. Leur arrivée peut être répartie, tout comme les coûts. « Mais cela fait des années que je n’ai pas vu mes enfants », s’attriste Gloria.

Sortir des sentiers battus

Le burundais Pierre* garde espoir : « Les exemples de Valérie nous ont donné de l’inspiration pour sortir des sentiers battus. Nous n’avions pas pensé à certaines options, mais maintenant nous allons rassembler les documents nécessaires et prendre rendez-vous avec Caritas. » Pierre et son épouse Diane* connaissent déjà Caritas au Burundi : « Je connais les valeurs et je me sens ici comme à la maison », sourit Diane, qui travaillait dans le secteur de la coopération au développement avant de devoir fuir son pays.

Joselyne termine également la session avec un sentiment positif. « Avant de venir à cette séance d’information, je ne savais rien », témoigne-t-elle. «  C’était très enrichissant et cela m’a donné le courage de commencer la procédure. J’espère que je serai bientôt capable de revoir mes filles. »

Note :

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Les noms ont été ajustés pour assurer l’anonymat

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