L’aide humanitaire aussi est vulnérable

Caritas International L’aide humanitaire aussi est vulnérable
Caritas International L’aide humanitaire aussi est vulnérable
02/03/2016

En Syrie, en Irak, en République centrafricaine, au Sud-Soudan, en Libye… Les conflits armés prennent des proportions sans précédent au niveau mondial et entraînent une souffrance humaine terrible. 125 millions de personnes sont actuellement tributaires de l’aide humanitaire. Si une fraction minime d’entre elles arrivent jusqu’en Belgique, l’écrasante majorité des victimes tente de survivre juste derrière les lignes de front ou dans des camps de réfugiés en Jordanie, en Tanzanie, au Kivu ou encore en Turquie.

Au début de l’année, l’ONU a lancé le plus important appel de fonds humanitaires à ce jour. L’objectif : rassembler 20 milliards de dollars pour des opérations humanitaires dans 37 pays différents. Les actions des organisations humanitaires font la différence pour des millions de personnes.

Mais si l’ampleur de l’aide humanitaire s’accroît, sa vulnérabilité aussi. S’il est encore possible de slalomer dans un champ de mines avec une brouette, la tâche s’avère bien plus ardue avec un convoi de camions. Plus les actions humanitaires prennent de l’ampleur, plus le risque d’abus par les parties au conflit augmente. Les travailleurs humanitaires et les civils en situation d’urgence deviennent de plus en plus souvent otages, cibles ou même parties au conflit.

En octobre 2015, une frappe aérienne américaine a détruit le centre de traumatologie de Médecins Sans Frontières de Kunduz, en Afghanistan, faisant 30 morts, parmi lesquels 13 travailleurs humanitaires. Le fait d’apporter une aide médicale aux civils en a fait une cible militaire.

En avril 2015, alors que l’ONU lançait un appel de fonds pour apporter de l’aide humanitaire au Yémen, l’Arabie Saoudite, l’une des parties au conflit, a immédiatement versé l’ensemble de la somme demandée. Mais une fois le versement fait, l’Arabie Saoudite a alors tenté de limiter la distribution de cette aide aux seuls Sunnites et d’en exclure la population houthie. De l’aide alimentaire pour des villageois affamés est ainsi devenue une arme de guerre.

En Syrie, les travailleurs humanitaires peinent à se déplacer librement car le régime considère cette aide comme une menace pour sa propre légitimité. En tant qu’organisation humanitaire, s’acquitter d’un droit d’entrée à Gaza, c’est courir le risque d’être poursuivi pour « soutien à une organisation terroriste ». Des tentes et des couvertures à destination des réfugiés de guerre sont ainsi reléguées au rang d’instruments du conflit.

Le paradoxe de l’aide d’urgence

Le paradoxe de l’aide d’urgence
Il s’agit là du paradoxe de l’aide d’urgence aujourd’hui : des opérations humanitaires de grande ampleur sont nécessaires pour venir en aide aux millions de victimes, mais ces projets risquent plus que jamais d’être détournés dans les situations de conflit. Cette situation menace jusqu’à l’essence même de l’aide humanitaire : l’humanité, l’impartialité, la neutralité et l’indépendance. Pour poursuivre notre travail dans un tel contexte, nous avons besoin de soutien sans attendre.

Que peuvent faire les pouvoirs publics belges pour s’assurer que l’aide parvienne bien là où elle est indispensable? Dans le rapport commun, Car chaque vie compte, nous présentons aujourd’hui une série de recommandations. Non, il ne s’agit pas de demander plus d’argent. Si un financement prévisible et continu est évidemment essentiel, il est avant tout nécessaire de garantir un cadre légal et diplomatique fort.

Voici 5 exemples d’actions concrètes que la Belgique peut entreprendre à cet égard :

  • Garantir au niveau international que les principes humanitaires et les normes de qualité restent le cadre de référence dans le contexte des conflits et des situations de crise;
  • User de pression diplomatique pour permettre un accès libre et impartial de l’aide humanitaire dans les territoires en conflit;
  • S’assurer que les interventions humanitaires disposent de la flexibilité nécessaire pour évoluer en fonction de la situation et des besoins sur le terrain;
  • Impliquer systématiquement le service Aide humanitaire de la Direction générale Coopération au développement et Aide humanitaire (DGD) dans les décisions relatives à toutes les situations de crise ayant un impact (in)direct sur le contexte humanitaire;
  • Envisager la création d’une Direction distincte pour l’aide humanitaire au sein de la DGD.

Il convient en priorité de développer un véritable partenariat entre les pouvoirs publics et les ONG humanitaires. Les actions humanitaires d’ampleur sont en effet impossibles sans le soutien des autorités pour créer le cadre légal approprié et défendre les principes humanitaires. De leur côté, les pouvoirs publics comptent sur nous pour sauver des vies. Car chaque vie compte.

Lire le rapport ici

Stefaan Declercq (Oxfam-Solidarité), Dirk Van Maele (Plan Belgique), Vincent Slÿpen (Handicap International), Pierre Verbeeren (Médecins du Monde), Frank De Paepe (MEMISA), Cécil Van Maelsaeke (Tearfund), Joep Van Mierlo (Vétérinaires Sans Frontières Belgium), François Cornet (Caritas International Belgique)

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