L’impasse grecque

Caritas International  L’impasse grecque
Caritas International  L’impasse grecque
03/03/2016

Begoña Castiella est correspondante pour la presse espagnole à Athènes. Depuis 2004, elle officie également en tant que volontaire au Centre de Réfugiés de Caritas Athènes et est depuis peu membre du conseil d’administration. Contactée hier matin, pour en savoir plus sur la situation grecque, elle nous livre ses impressions, ses préoccupations pour ce pays en pleine crise économique, qui s’enfonce un peu plus dans la misère chaque jour et tâche malgré tout d’accueillir les réfugiés dans la dignité.

Depuis maintenant plusieurs mois, la Grèce accueille des dizaines, voire des centaines de milliers de réfugiés. Ces derniers atteignent l’Europe via de petites îles proches de la côte turque, Lesbos, Chios, Kos, Leros, par exemples.

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(source : UNHCR)

Mais l’Etat grec, pris à la gorge financièrement, n’est pas en mesure de leur apporter une aide quelconque. Les réfugiés en transit ne peuvent compter que sur le soutien informel de la population ou une aide plus organisée de la part de volontaires ou d’ONG. « Avec l’aide de la gendarmerie maritime, certaines ONG surveillent les côtes et sauvent les personnes à bord d’embarcations de fortune sur le point de couler. La plupart ne savent pas nager et  les images des volontaires sautant à l’eau pour les repêcher font le tour du monde», témoigne Begoña.

Une fois sur la terre ferme, ils reçoivent du thé chaud, de l’eau, des vêtements secs et sont redirigés vers les centres officiels pour s’identifier auprès des autorités. « Les familles restent la priorité. Celles qui ne peuvent pas s’offrir un logement sont logés dans des hôtels ou dans des centres d’accueil, où elles peuvent se réchauffer, se changer, se laver et dormir ».

Différentes organisations internationales ont récemment déployé des équipes d’urgence à travers le pays : le Haut-Commissariat aux réfugiés des Nations Unies d’abord, la Croix Rouge, Médecins du Monde, Médecins sans Frontières, des Caritas. Il y a également des volontaires du monde entier qui viennent apporter leur soutien pendant quelques heures ou quelques jours, pendant leurs vacances parfois.

Un toit et de la sécurité pour les familles : la priorité de Caritas

La Caritas grecque (Caritas Hellas), avec l’appui financier et matériel d’autres Caritas européennes et de la Caritas américaine – CRS (Catholic Relief Service) a loué deux hôtels, à Lesbos et Athènes pour offrir un peu de repos et de calme aux familles réfugiées, syriennes et afghanes principalement. Aux ports des îles et du Pirée, elles dispensent également de l’information.

Caritas a aussi ouvert un centre de jour, près de la Place Victoria, où se concentrent de nombreuses familles de réfugiés. Les familles y sont en sécurité en journée. « Le Centre de Réfugiés de Caritas Athènes, situé au centre de la capitale, où je suis bénévole, est ouvert depuis plusieurs années. On y distribue des repas chauds à plus de 300 personnes du lundi au vendredi. Mais aussi des vêtements, des chaussures, des sacs de couchage, du lait, des couches, certains vaccins aux enfants. Ceux qui le souhaitent peuvent prendre une douche et profiter des services d’assistantes sociales. Ils peuvent y faire jouer leurs enfants, apprendre le grec et l’anglais ».

Avec ses 25% de chômage et une économie moribonde, la Grèce n’était jusqu’ici qu’un pays de transit. Malheureusement, depuis la fermeture de nombreuses frontières, notamment celle avec la Macédoine depuis la semaine dernière et le refoulement de migrants du territoire turc, nombreux sont ceux qui restent bloqués dans le pays. « A peine quelques Syriens, Irakiens peuvent continuer le voyage. Ils doivent subir des contrôles très précis. Les autres, considérés comme des réfugiés économiques, sont traités comme des illégaux ».

La Grèce tourmentée

Les Grecs estiment que l’aide apportée aux réfugiés est un impératif humanitaire. « Les personnes que je rencontre, grecques ou étrangères, sont souvent très généreuses. Elles offrent leur aide sans compter, et ce malgré leurs propres difficultés ».

Mais il est indéniable que depuis que l’Etat grec a dû couper la plupart des prestations sociales, même aux invalides, la xénophobie, le racisme et le populisme ont le vent en poupe. Le pays souffre de cette crise économique et l’état s’affaiblit de mois en mois. Des groupuscules néonazis se renforcent. Il importe pour la population locale que les migrants puissent continuer leur voyage vers d’autres pays pour éviter de creuser cette fracture sociale.

Khandan* vient d’Afghanistan. Elle est accueillie, avec son mari et sa fille de deux ans, au Centre de Réfugiés d’Athènes où ils ont pu s’attabler pour un lunch. Elle commence à discuter avec Jenny, une volontaire allemande. Elle lui explique que ses deux fils de 14 et 15 ans sont à Hambourg et elle se met à pleurer. Ils ont été séparés à la frontière macédonienne. Les garçons ont pu continuer la route par la Hongrie. En Allemagne, ils ont trouvé abris dans un centre pour mineurs non-accompagnés. Heureusement, ils ont pu rassurer leur mère. Jenny, sans rien ne lui promettre, a réussi à consoler et rassurer Khandan. De retour au pays, Jenny a retrouvé les garçons et envoyé les papiers nécessaires pour un regroupement familial à Athènes. Aujourd’hui, la famille est réunie.

 

* les prénoms ont été changés par souci de protection de la vie privée

Vous êtes sensible à la situation des réfugiés en transit en Grèce et vous souhaitez contribuer aux activités du réseau Caritas? Vous pouvez faire un don online. Merci beaucoup !

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