« Je ne trouve pas de mots pour décrire la situation à Bonbon… »

Caritas International  « Je ne trouve pas de mots pour décrire la situation à Bonbon… »
20/10/2016

Après son passage à Dumont (Les Cayes) notre responsable de projets, Martine, s’est rendue ce 15 octobre à Jérémie (Grand ’Anse). Elle veut y évaluer les besoins et discuter du plan d’action avec notre partenaire local, Caritas Jérémie. La ville dans le Nord-ouest de la presqu’île a été coupée du monde pendant plusieurs jours. Les dégâts sont importants. Voici son témoignage.

En route vers Jérémie

Rapidement, je me rends compte que la situation est désastreuse. Nous passons d’abord par Camp-Perrin (département Sud), qui est connue comme une ville agréable, avec beaucoup d’arbres et de verdure. Aujourd’hui, elle est comme dévêtue. Normalement, depuis la place où j’ai pris cette photo, on ne voit pas les maisons, on ne voit que les arbres. Mais maintenant, comme les arbres n’ont plus de feuilles ou sont tombés, on voit toutes les maisons.

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Jérémie est méconnaissable

Entrez dans Jérémie en voiture n’est pas chose aisée. Le bas de la ville est bloqué. Des gens sont en train d’enlever la boue avec une pelleteuse mécanique. Un collègue de Caritas Jérémie me récupère à pieds dans l’embouteillage et m’amène vers une autre voiture, quelques rues plus loin. Un peu plus tard, nous sommes à nouveau arrêtés, cette fois à cause d’un déplacement de troncs d’arbres. Nous décidons finalement de changer de lieu de réunion.

Toute l’équipe de Caritas Diocésaine de Jérémie participe à la réunion. Tous les collègues présents sont, eux aussi, victimes de Matthew parce qu’ils ont tous des maisons couvertes de tôles. Ils n’ont visiblement pas trop dormis les derniers jours. Nous parlons des besoins, des possibilités. La situation est semblable à Dumont : il faut de la nourriture, de l’eau potable, du matériel pour réparer les maisons… Ici, on nous demande aussi, avec insistance, des tronçonneuses. Sans ça, impossible d’évacuer les gros troncs déracinés par Matthew.

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Bonbon : solidarité entre victimes

En route pour Bonbon, nous passons deux maisons qui se font face. L’une sans toit, l’autre avec une petite partie de son toit conservée. La famille sans toit a emménagée de l’autre côté de la rue. « Mais comment dormez-vous à douze personnes ici ?  », leur ai-je demandé. « Simplement, droit comme un cierge dans la chambre qui a encore un toit. »

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Je ne trouve pas de mots pour décrire les ravages dans Bonbon. Les images parlent d’elles-mêmes.

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Caritas Jérémie venait de construire une boulangerie à Bonbon. Elle n’était pas encore achevée et le four n’était pas cencé fonctionner avant fin octobre. « Mais voilà, nous en avons besoin, il y a urgence », ont répondu les représentants du comité qui gère la boulangerie. La boulangerie, non plus, n’a pas de toit. Mais au moins, les habitants de Bonbon ont du pain.

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Deux dernières histoires à vous partager :

Dans le grand Sud, beaucoup de gens n’enterrent pas leurs morts dans le cimetière mais ils les enterrent près de leur maison, dans un caveau familial à plusieurs compartiments. Ainsi, ils gardent un lien avec les personnes décédées. Je dis souvent que les morts dorment mieux que les vivants car normalement ces caveaux sont construits en béton. Matthew s’est tellement acharné sur la Grand ‘Anse que plusieurs personnes ont cherché refuge dans les cases vides des caveaux.

L’association paysanne de Bonbon a construit, avec l’aide de Caritas, une station de monte. Matthew l’a complètement détruite. La maison du paysan, juste à côté, aussi est en mauvais état. Et les boucs?… Vivants ! Comment est-ce possible ? Le paysan les avait emmenés, avec sa famille, dans sa maison pour les protéger. Un exemple qui montre à quel point le petit bétail est important pour les paysans.

Martine Haentjens
18 octobre 2016

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