« Elle se plie mais elle ne se casse pas » – Haïti suite au passage de Matthew

Caritas International « Elle se plie mais elle ne se casse pas » – Haïti suite au passage de Matthew
13/10/2016

Après beaucoup de peine, Martine, notre responsable de projet en Haïti, peut visiter le sud de l’île ravagée. « Ayisyen se wozo, yo pliye, yo pap kase », commence-t-elle son e-mail. « Voilà vraiment le titre que je veux donner à mon texte ce soir. Et vous comprendrez pourquoi en le lisant.»

Dimanche 9 octobre

Comme il n’a pas plu la veille, nous avons pu, sans trop de difficultés, traverser l’endroit où le pont « la digue » (avant Petit Goâve) a été emporté par l’eau. En période de pluies, la traversée sera problématique. Ce n’est que le début du mois d’octobre, il y aura certainement encore des pluies. À ce moment-là, la circulation par voie terrestre sera de nouveau coupée avec le Grand Sud (trois départements : Nippes, Sud, Grand’Anse).

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Sur la route, nous avons vu pas mal de dégâts : arbres déracinés, poteaux électriques renversés, maisons décapités. Finalement, c’était peut-être moins grave qu’imaginé. Une catastrophe, certes, mais bon…

Précisons que nous avons pris la route assez tard, suite à quelques contretemps logisitiques, et que nous sommes arrivés aux Cayes à la nuit tombée. Nous avons donc parcouru les derniers kilomètres dans le noir, sans voir plus loin que le fuseau de nos phares.

Lundi 10 octobre

Nous mettons le cap vers Dumont (5ème section de la commune de Port-Salut), où nous avons un projet de sécurité alimentaire. Plus nous approchons de Port-Salut, plus les dégâts sont graves. À un certain moment, en route, je demande un arrêt, pas possible ! La déforestation en Haïti était déjà connue, mais voilà que Mathieu a terminé le travail. Nous sommes devant un flanc de montagne dénudé.

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Les arbres encore debout semblent tout à fait dévitalisés. Les travaux antiérosifs, effectués du côté gauche du flanc, sont à peine visibles. La terre nue, le risque d’érosion est maximal.

Un peu plus loin, nous apercevons un groupe de personnes travaillant sur quelque chose qui ressemble à une route. Ils nous expliquent qu’ils sont en train de libérer la route pour que l’aide puisse arriver à Barbois (la 4ème section de Port-Salut) où les maisons, les jardins et le petit bétail sont dévastés. Ils nous invitent à venir voir chez eux, mais nous sommes maintenant vraiment trop pressés d’arriver à Dumont.

Des parcelles dénudées

Nous voilà arrivés à Dumont : DÉSOLATION. « Hmmm … » comme on fait ici quand les mots nous manquent. On voit au loin. Avant ce n’était pas possible car il y avait un écran d’arbres. Ces arbres sont maintenant couchés sur les parcelles dénudées par le vent et l’eau. Une couleur brune remplace le vert habituel.

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De notre projet SECAL, il ne reste pas grand-chose : quelques patates (patates douces) et du manioc, pas encore pourris en terre. Les bœufs ont résistés. Tout comme les connaissances et l’expérience que les gens ont pu retirer du projet. Pour le reste : rien.

Les quelques cocotiers encore debout ont un feuillage bizarre, comme s’ils avaient été aspirés vers le haut. Les noix de coco sont tombées et servent de nourriture et de boisson en attendant mieux. On a tenu à me montrer la station de monte qui avait été construite. Quelques bois et des tôles chiffonnées comme du papier aluminium, c’est tout ce qui reste.

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Madame Justa Lamisère

Je vous présente Madame Justa Lamisère. Cette photo a été prise en janvier 2016. Madame Justa Lamisère était alors dans son champ de patates. Vous voyez derrière elle la verdure de quelques arbres.

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Avec Mme Lamisère, je suis retournée dans son champ de patates. Son champ est balayé. Derrière elle, on voit l’horizon, plus de verdure luxuriante. Le vent a réussi à déraciner trois gros arbres au milieu du champ.

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Madame Lamisère nous confie : « On avait déjà récolté les patates. Il restait encore le manioc, mais il est maintenant couché. Ce matin je suis venue voir ce que je pouvais récolter mais la plupart du manioc est déjà pourri, j’ai quand-même récolté quelques morceaux. J’ai récupéré quelques plants pour pouvoir les mettre près de ma maison. » Pourtant, sa maison a été détruite. « Avec mon mari et nos 4 enfants, nous avons été accueillis pendant quelques nuits chez un voisin qui a une maison en béton. Mais on est retourné chez nous maintenant. » La destruction est totale… et pourtant, le couple Lamisère me donne de l’espoir.

« Ayisyen se wozo, yo pliye, yo pa kase »

Voici un couple qui a quasiment tout perdu. Ils avaient des chèvres, elles sont toutes mortes. Ils ont perdu à peu près tout ce qu’ils avaient planté. Leur maison est dévastée. Leur fille a été blessée au bras par une tôle volante pendant le cyclone. L’école des enfants est dévastée. Et pourtant, Mme Lamisère est allée chercher des restes de plants pour les planter près de la maison. Elle a improvisé une toiture sur une chambre. Les enfants sèchent leurs cahiers et livres d’école,…

Il aurait été tellement plus facile d’aller vers la famille à Port-au-Prince ou d’attendre que l’aide vienne. Mais non. Ils se battront et se redresseront, comme une liane quand on essaye de la casser, elle se plie mais elle ne casse pas, elle se reprendra.

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Pourtant, en parlant avec le Père Max Mathieu Montherland, curé de la paroisse et, en même temps, Directeur de la Caritas Diocésaine des Cayes, j’apprends que l’exode vers la capitale a commencé. Il y a des gens qui n’en peuvent plus, qui veulent éviter la famine actuelle mais aussi celle à moyen et à long terme si on n’intervient pas rapidement. On les comprend mais est-ce qu’ils trouveront vraiment un « mieux-être » à la capitale ?

Qu'est-ce que nous voulons faire ?

Nous croyons que l’aide alimentaire d’urgence doit se déployer parallèlement à l’accès aux moyens de production afin que les gens puissent se reprendre en main en préservant leur dignité, mais aussi pour éviter la famine à moyen et à long terme. Après constats sur place et après concertation avec notre partenaire, nous voulons nous concentrer sur trois choses :

  • aide à la reconstruction et à la réparation des maisons ;
  • appui à l’agriculture et à l’élevage ;
  • prévention du choléra et autres maladies hydriques.

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