Caritas International L’histoire d’André
30/08/2016

« Des camps de réfugiés en Belgique, c’est inouï »

En région liégeoise, trois propriétaires de camping ont accepté d’accueillir des réfugiés comme locataires. Sur les trois sites, ce sont plus de 705 personnes qui devraient à terme y être logées. Face à la crise actuelle de l’accueil, l’indifférence n’est pas de mise! De nombreux volontaires ont frappé à la porte de Caritas International pour proposer leur aide. C’est le cas d’André. Ce jeune retraité est présent à mi-temps au camping Spa d’Or. Il y est devenu l’un des acteurs centraux. Présentation !

« La retraite, c’est l’époque du temps choisi », comme André se plait à le dire. Son temps, justement, il a choisi de le donner à Caritas, et plus précisément de prêter main forte à l’équipe qui prend en charge l’accueil de demandeurs d’asile. « J’ai prévenu Caritas que j’avais des disponibilités et Monsieur Cornet m’a recontacté. Il m’a dit : « on ouvre en urgence des campings du côté de Theux. » Ni une ni deux, André embarque dans l’aventure.

Pour cet homme cartésien, devenir volontaire aujourd’hui, c’est une question de cohérence. « Je suis chrétien et je trouve qu’à ce titre, je me dois d’aider les réfugiés. En plus, dans ma vie, j’ai travaillé dans de nombreuses situations d’urgence. J’ai par exemple été amené à  enquêter sur le génocide du Rwanda. Une de mes filles en est une victime. Dans notre société, des phénomènes de migration comme celui qu’on connaît aujourd’hui nourrissent les craintes et les peurs de certaines personnes. Aller vers l’autre, celui qui est différent n’est pas une démarche naturelle, mais c’est tellement enrichissant. C’est ça la retraite ! »

André arrive au camping un mardi. Il est loin d’être le seul pour qui tout ceci est neuf. Florence Lobert, Responsable du ‘service accueil’ briefe l’ensemble de l’équipe. A la grande surprise d’André, tout le monde est fraichement arrivé. « Au début, ca m’inquiétait un peu. Mais je dois dire que ça tourne bien ». Certes, l’équipe a rencontré des écueils les premiers jours, mais les choses s’organisent peu à peu. André se souvient : « Le premier soir, c’était assez catastrophique : il fallait distribuer tous les médicaments à chaque personne – les prescriptions avaient été délivrées à la pelle, le pharmacien avait tout livré en bloc, sans posologie, sans indication, sans rien pour nous aider – c’était évidemment très compliqué. Heureusement, depuis, une équipe de cinq infirmières volontaires est venue nous prêter main forte ».

André se rend disponible à mi-temps. « Je pense que deux journées et demi, c’est raisonnable. Ce sont des journées de 12 heures, c’est très fatiguant et il faudra tenir sur la longueur ». Tenir sur la longueur, c’est clair puisque les journées sont bien chargées : répondre aux besoins primordiaux en allant chercher à manger (« je dois dire que je n’ai jamais fait d’aussi grosses courses de ma vie ! »), recenser, avec l’aide des enseignants volontaires, tous les enfants en âge d’aller à l’école ou encore préparer l’arrivée des prochains réfugiés : « En fonction des arrivées (souvent annoncées dans le courant de l’après-midi pour le soir), on équipe les caravanes ou les tentes avec des sets rudimentaires : ce qu’il faut pour cuisiner, une brosse à dent, un essuie, … S’il y a moins d’arrivées que prévu, il faut évacuer tout le matériel, sous peine qu’il ne disparaisse très vite », ajoute-t-il sourire aux lèvres.

Les tâches sont nombreuses, mais surtout variées : « Depuis quelques jours, je m’occupe d’un jeune à qui on a volé le portable. Plus qu’un simple objet, ce sont ses photos, ses souvenirs, ses contacts qu’on lui a volés. J’estime que comme quiconque d’autre, il a le droit de porter plainte. Je suis allé à la police avec lui et un ancien avocat syrien qui a travaillé à Paris et qui parle le français. Il a joué les interprètes ». Certains gèrent les stocks, par exemple, une tâche énergivore et chronophage : « ils commencent à 8h et termine à 22h. Ils sont très précieux ». D’autres font les navettes entre le camping et les différents rendez-vous des personnes accueillies ici.

Des récits de vie, André en a entendus depuis qu’il est là. « Un jour, je suis allée conduire un jeune homme dans un autre camping. Il m’a un peu raconté son histoire, et plus particulièrement son passage très difficile par la Hongrie. Quelle horreur ! ». Mais plus que tout, notre volontaire est touché par les conditions de vie dans lesquelles doivent vivre la plupart des gens. « J’ai dû installer des enfants et des femmes enceintes dans des tentes, en plein automne. Et puis surtout, voir des camps de réfugiés en Belgique, c’est quand même inouï. Je n’ai jamais imaginé voir ça, un jour dans ma vie. ».