Ecouter les histoires de femmes réfugiées pour penser les politiques d’asile et d’intégration !

Caritas International  Ecouter les histoires de femmes réfugiées pour penser les politiques d’asile et d’intégration !
08/03/2016

Tout quitter, être déraciné et trouver refuge dans un nouveau pays causent d’innombrables problèmes pratiques mais surtout émotionnels. En cette Journée Internationale de la Femme, les conditions des migrantes et réfugiées requièrent une attention toute particulière. Il est important que nos dirigeants entendent les histoires qu’elles ont à nous raconter, pour pouvoir rédiger des politiques d’asile et d’intégration plus justes et humaines.

« En décembre 2012, j’ai quitté l’Erythrée avec 64 hommes, femmes et enfants, des membres de ma famille pour la plupart. Notre voyage a duré plus de 11 mois et nous avons traversé 5 pays. J’ai été kidnappée trois fois et violée par des trafiquants de la région. J’ai survécu de justesse lorsque que le chalutier du passeur s’est retourné. J’ai nagé entre les corps des 350 passagers noyés et j’ai finalement atteint le rivage. Seulement trois d’entre nous ne sont pas morts durant le voyage et ont mis pied en Suède ».

M., réfugiée d’Erythrée. (Source : Caritas Suède)

Historiquement, les femmes ont toujours assumé un rôle essentiel dans la décision de migrer, qu’il s’agisse d’une migration forcée ou volontaire, une décision prise en toute autonomie ou conjointement avec leur partenaire et leurs enfants. Le nombre de femmes et de filles en exil vers l’Europe a dramatiquement augmenté ces dernières années. Selon les sources de l’UNHCR, depuis le début de 2016, les femmes et les enfants représentent 55% des arrivées en Grèce, et par conséquent des demandes d’asile en Europe.

Le phénomène de « féminisation de la migration » recouvre des populations aussi larges que diverses. Certaines femmes ont été contraintes de quitter leur domicile pour des raisons de brutalités domestiques, de persécutions ou de pauvreté, de survie ou de sécurité, des raisons économiques et sociales. Certaines tentent de sauver leur vie en demandant l’asile, espèrent bénéficier de programme de regroupement familial. D’autres enfin cherchent des opportunités d’emploi après avoir vu leurs ressources économiques et sociales se détériorer dans leur pays. Plus vulnérables, notamment à cause de la pression à devoir impérativement subvenir aux besoins de leurs enfants, elles deviennent plus facilement les victimes du trafic humain, de la prostitution ou d’autres formes d’exploitation.

Malgré leur courage de tout abandonner et l’espoir d’un avenir meilleur pour elles et leurs familles, les femmes et les filles sont souvent confrontées à de multiples défis sur la route vers l’Europe, aussi bien dans les lieux de refuge, qu’à leur arrivée. La façon dont elles sont reçues dans le pays hôte a un impact fort sur leurs opportunités, et par extension, sur la manière avec laquelle elles s’adaptent et s’intègrent à la société où elles vivent désormais.

Alors que les politiques d’intégration et d’asile restent la responsabilité des membres de l’UE à un niveau national, elles deviennent chaque jour un peu plus une préoccupation à un niveau supranational, où les efforts pour répondre à la « crise » des migrants sont devenus une priorité. A cet effet, il est impératif que les membres de l’Union européenne commencent à prendre en compte la situation spécifique des femmes et des filles dans toutes leurs politiques, en particulier dans les domaines de la migration, de l’asile et de l’intégration, notamment sur les questions sociales et d’aide à l’emploi, qui affectent les chances de succès et d’autonomie.

Pour veiller à ce que les femmes puissent, par exemple, jouir d’un accès plus égal à l’asile, les membres de l’UE ont besoin d’interprètes et d’intervieweuses féminines disponibles pour écouter leurs requêtes. Une équipe responsable devrait être formée à comprendre la situation particulière de femmes et de filles en demande d’asile. Les témoins survivants à des évènements traumatisants, comme la guerre et la violence, se sentent souvent en perte de sécurité, causant régulièrement des troubles mentaux.

Les femmes et les filles souffrent souvent de violences spécifiques : violence sexuelles et/ou domestiques, mutilation génitales,… des violences qui sont parfois plus difficiles à prouver quand on demande l’asile en Europe. La protection de leur intimité devrait être garantie pour veiller à ce qu’elles puissent expliquer leur histoire de façon complète. Des gardes d’enfants devraient pouvoir être assurées pendant les interviews ; de façon à ce qu’elles n’aient pas à raconter leurs histoires devant eux. Les femmes et les filles devraient être informées de leurs droits, en particulier sur la possibilité de demander l’asile elles-mêmes.

Les Etats membres de l’UE doivent également assurer aux femmes et aux filles en demande d’asile qu’elles bénéficieront de conditions d’accueil en toute sécurité, que les familles resteront ensemble. Dans le cas contraire, les hommes et les femmes devraient être logés séparément ; et ces dernières devraient avoir accès à des sanitaires privés, une condition nécessaire pour les protéger de la violence, sexuelle notamment, dans les centres d’accueil.

Selon certains stéréotypes, les femmes seraient plus vulnérables que les hommes. Or, certaines d’entre elles nous montrent le contraire. Elles sont capables de s’adapter à de nouveaux contextes sociaux, surtout lorsqu’elles sont propulsées sur le marché de l’emploi. Pour ce faire, la reconnaissance de leurs qualifications et de leurs compétences, en ce compris leurs qualités humaines et leur éducation, est primordiale. Les femmes et les filles doivent avoir accès à l’éducation, aux cours de langues, aux soins de santé, notamment aux soins psychosociaux si nécessaire. Un logement adéquat et sécurisant est l’une des composantes de l’intégration des femmes et des filles. Des politiques ambitieuses et efficaces contre les discriminations, sensibles aux inégalités existantes entre les hommes et les femmes, entre les riches et les pauvres, et à travers les générations, sont plus que jamais nécessaires.

Enfin, pour protéger les femmes et les filles du trafic humain, du sexe de survie, du mariage forcé et d’autres formes de violences, les Etats membres de l’Union européenne devraient ratifier et mettre en oeuvre la Convention d’Istanbul, la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et contre la violence domestique. Tout aussi important, les institutions européennes devraient développer la sécurité et la légalité sur les routes vers l’Europe, en prenant en compte la situation spécifique des femmes et des filles qui les parcourent.

Shannon Pfohman,
Head of Policy and Advocacy
Caritas Europa

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